Ecriture automatique – 8 décembre 2019 – narration

Elle était arrivée à la soirée, elle avait directement senti – comme un fluide qui passait entre tous ceux qui étaient là – quelque chose qui faisait que même ne connaissant personne ne parlant avec personne on s’y sentait bien – ils étaient tous beaux – du moins les filles.
Qu’est-ce qu’elles étaient jolies ! – Elles se ressemblaient toutes chacune à leur manière. On aurait dit qu’elles étaient nées avec les vêtements qu’elles portaient tellement ça leur collait à la peau – A ce moment-là, son regard glissant d’une épaule à un sourire, à un cul glissé dans un jeans qui passe, elle regrettait pour la énième fois de ne pas être lesbienne franchement – même si elle connaissait la perfidie des femmes, elle pouvait encore s’illusionner d’un duo étanche à tout sentiment de compétition. Elle resta un certain temps, assise, debout, respirant à fond comme un shoot, l’air ambiant pour remplir ses poumons qui viraient à l’anorexie ces derniers temps. Ensuite, comme cela lui arrivait souvent, il fallait qu’elle parte ailleurs. Elle avait pourtant décidé d’y passer la soirée mais comme à chaque fois qu’elle décidait quelque chose, elle changeait les plans. Brusquement. Quand elle ne décidait rien, c’est simple, elle ne faisait rien. Elle pouvait passer la journée à lire sans rien faire. Juste cap’ de bouffer du texte. Des centaines de pages. Après évidemment ses sorties étaient comme la 3D de ses lectures. Cette fois, ça collait particulièrement bien. Elle partit comme elle venait de le décider. La nuit ne lui faisait plus peur. Dès qu’elle y était, la peur se volatilisait. Elle ne comprenait pas la possession. Elle faisait un lien avec ses changements de programmes soudains et jamais intempestifs juste parfois un peu chaotiques – Elle comprenait la possession mais savait d’expérience qu’elle s’y fatiguait très vite. Comme une mélodie répétée 100X la même journée. Elle enviait un peu ceux qui aimaient la possession – s’y plongeaient avec passion, violence et disputes. Elles aurait voulu avoir le cran d’exiger cela mais elle ne s’en sentait pas capable – Sans doute les autres avaient raison, c’était peut-être le seul jeu où l’enthousiasme était encore, à certaines conditions, admis. Pour le reste, c’était persona non grata. Les gens cultivaient l’indifférence – ou son apparence – comme s’il s’agissait de leur hygiène dentaire – même au bord de la tombe, on aurait dit qu’ils allaient juste lever un sourcil comme si au fond ça leur était égal ou qu’en fait la mort n’était pas assez classe pour eux – comme s’ils avaient le choix !

Tout ça pour dire qu’elle ne savait pas pourquoi elle avait envoyé ce message et qu’elle ne se l’expliquait que par des accès d’enthousiasme qui la prenaient depuis toute petite et que malgré l’ennui ou la gêne que celui-ci suscitait (à croire qu’il avait une couleur éternellement démodée) elle n’avait pu au fil des années que très peu contenir – Seule son expression changeait – au fond, elle était restée la même – il y avait toujours eu des choses qui lui donnent envie de grimper au plafond, de se mettre à l’envers et de hurler en langage araignée – mais ça, c’était pour le privé uniquement, elle l’avait compris, c’est-à-dire entre elle et elle exclusivement.

Elle allait rentrer chez elle, il était tard, elle avait du texte qui lui sortait par les oreilles et elle n’avait rien pris pour écrire – frustration habituelle -elle ferait mille choses en arrivant – elle avait faim, devait effacer certains choses sur son ordinateur, faire une lessive, écrire pour arriver à ce que ses pensées s’endorment et elle aussi par la même occasion. Cela faisait quelques jours qu’elle expérimentait un état qu’elle ressentait comme un cocon relativement étanche et solitaire –  un état où elle se persuadait que ça n’existait pas – elle ne savait même pas ce que c’était que ce « ça » mais en tout état de cause, ça lui faisait du bien de mettre « ça » hors de son quotidien. Pour cela elle avait évoqué, comme on le ferait pour un dieu ou des déesses, une sensation qu’elle identifiait appartenir au passé, même si elle ne pouvait mettre ni date ni lieu, évoquer cette sensation était issu du même geste que celui que l’on fait l’hiver dans son lit : celui de tirer la couverture jusqu’à la pointe des cheveux et ne plus entendre le brouhaha du monde.

Ecriture automatique – fragments – 18.11.19

Je ne sais pas si on peut mettre la fragilité en images… Je ne peux tomber ni d’un côté ni de l’autre. Ni déborder … Ni disparaître … La peau de l’autre, c’est un océan, s’il n’y a pas d’océan dans la peau de l’autre, laisse tomber. En tous les cas, sans océan, c’est pas la peine de plonger dans la peau de l’autre… A force de nier la nausée on ne sait plus très bien où on se situe… De propositions en mains tombées par hasard aux mauvais endroits, toutes ces choses que l’on feint ne pas comprendre ou prendre pour des erreurs et que finalement on se retrouve seule à devoir gérer, nausée comprise… Entre tout ça il y a l’océan. Petit bout d’espace où l’on pense pouvoir poser les mains, ne fût-ce qu’un instant – mais de l’océan au mirage… Oublions cela…. Ça crée des vagues de rencontrer l’océan, une peau, et on ne peut rien expliquer, ça tu le comprends bien, que l’océan ça ne se provoque pas … Et quelque part j’en parle parce que ça rejoint la fragilité, l’océan – ça rejoint les choses qui ne peuvent se dire et qui heurtent les choses qui ne se disent pas. L’océan, parfois, tu en es exclu.e. c’est cette expérience là qui te fait prendre conscience qu’il existe, cet océan. L’exclusion, c’est un regard…. Le matin, le jour, la nuit, le soir – ça fait comme si les jambes se détachaient du sol – une légère nausée de réminiscence – comme si tout n’était jamais complètement faux, ni complètement vrai.
Et que ça tu le sais – tes jambes te le rappellent – que l’océan peut partir dès que tu voudrais l’agripper de tes mains ou juste parce que le jour se lève – c’est ainsi – la peau est océan pendant un jour aux heures indéfinies – mais tout cela, tous ces mots te viennent en paquet d’un coup, comme une vague, en un millième de seconde, toujours la même et jamais similaire, celle où ton corps rencontre l’autre corps – il y a tant de mots dans un geste…

Ecriture automatique – 13 novembre 2019

Je te le dis tout net: vivre sans les autres est illusoire. Moi aussi je peux être folle.
C’est aussi simple que ça. Tu ouvres la porte. Tu fais l’amour. Tu la refermes. Tout le reste on ne sait pas. Faut juste prendre le temps. J’écris légèrement. J’écris aéré. Mes écrits aérés. Mes airs écrits. Je déteste mes airs étriqués. Je me regarde parfois je vois des murs. Moi aussi je peux être fou. Sauve qui peut le fauve. Sauve le fauve. Fauve qui peut. Dol je peux être. Juste ne pas le vouloir et ça viendra tout seul. Tout seul comme une grande. Et cette demande de voir ma main qui me poursuit. J’écris pour quitter les mots. Une fois les mots quittes, je pourrai être fou. Tranquillement. En attendant la conscience du monde m’assiège. Et mon regard se pose trop pour pouvoir partir. Vivre sans les autres – non, je te dis. Vivre avec les autres – non plus. Vivre dans l’eau – peut-être. Dans l’eau on n’entend plus. Dans l’eau tout est f.l.ou. Dans l’eau on ne touche jamais vraiment il y a toujours un filtre. Dans l’eau on ne peut se faire mal. Dans l’eau de là – c’est là qu’il faut vivre avec les eautres. Parfois quand les mots ne quittent pas alors j’ai envie de leur faire mal j’ai envie de les triturer, de les torturer, de les vomir, de leur donner la nausée parce qu’ils m’enferment, putain de dieu, ils enferment mes mots, ils enferment mes dires, ils enferment mes… mes… mes… je peux pas dire. Il y a aussi toujours un filtre et c’est insupportable – on prendrait bien un scalpel pour entrer dans la tête d’un autre, juste une fois, pour voir si c’est comme chez nous – mais on ne sait pas – quoi qu’on fasse, études, voyages, réflexions, silence, on ne sait jamais. Mais sans les autres, non. Un peu d’eau.tres. Je ne joue pas avec les mots les mots se jouent de moi j’essaie juste d’aller plus profond que les mots en moi et je n’y arrive pas. Je pourrais mettre l’alphabet en désordre ça ne changerait rien, dis. Mes pensées sont dictées par les mots et si pas je n’arrive pas à les capter. C’est un frisson. Un Ssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss. Ach ! Même ça, non. Onomatopées, zut ! Je veux aller plus loin.
C’est tout ce que je peux dire.

 

 

Ecriture automatique – 7 novembre 2019

Cette dame, elle m’avait demandé de lui montrer ma main. Bien souvent je pense ne plus pouvoir écrire. Que c’est fini. On pense souvent que c’est fini. C’était dans une librairie où j’étais en train de faire des copies. Elle s’était approchée de moi. Je devais avoir entre 10 et 13 ans. J’ai pensé. C’est lui ou moi. Et toute la vie passe à pencher entre les deux. Car on n’a jamais choisi. Parfois je pense à des questions et ce que je répondrais. Mais on ne les pose pas. Juste montrer ma main. Tout est dégueulasse parfois. C’est lui ou moi qui domine, surplombe, écrase. Et on refuse obstinément. On refuse le truc binaire. On veut une faille où se glisser. On veut créer la blessure qui ouvrira sur autre chose. Mais l’autre chose tarde – obstinément aussi. Et la main aussi on refuse. On la montre mais pas du bon côté. Le regard et le sourire de la femme alors. C’était aussi le binaire et la main tendue dans le mauvais sens, la faille. Car ça ne pouvait plus juste être un interstice. non. Le binaire était bien trop dominant pour qu’un simple interstice puisse advenir comme ça, je dirais, sans guerre. Mais la guerre c’est binaire. Une guerre sans guerre. Une guerre intérieure. immense. pour ne pas glisser dans le regard et le sourire de la dame et accepter sans broncher ses prédications, les laisser même venir jusqu’à mon oreille, c’était un refus de tout ce qui pourrait m’être imposé, bonheur, malheur, ou que sais-je encore. Un instinct de survie de la joie peut-être. De ne pas savoir si c’était lui ou moi, finalement. Le refus du final – avant le final, et même au final, le refus du final, point. Pourtant. Pourtant souvent il faut un gagnant. ça ne veut rien dire mais on le dit quand même. Et ça empêche de vivre. Je suis sûre que si je lui avais donné ma main elle l’aurait coupée. Et ma joie aussi. La joie de l’incertitude. Quelque chose comme ça. Même si c’est dégueulasse et que souvent tout semble dégueulasse. La seule chose dont tu es sûre hormis la mort c’est que toi seule pense en toi-même, tu es seule en toi-même, seul tu es en toi et que tu peux ne pas choisir le binaire en toi. Autour tu t’en fous. Même si ça crée une faille en toi, abyssale, le binaire peut-être mais dehors. Après il y a toutes les autres pensées, l’insulte, le cri, les pleurs, la fatigue, mais tu es avec toi. Et c’est déjà pas mal.

Ecriture automatique – 4 octobre 2019

Il ne faut appeler un chat un chat. Il faut appeler un chat une porte. Une porte un amour. Un amour un pantalon un pantalon un frigo un frigo une fleur. Ah non pas la fleur. On ne touche pas à la fleur. On touche à tout mais pas à la fleur. On dit appeler un chat un chat mais que dit-on de la fleur ? Il ne faut pas dire les choses telles qu’elles sont. C’est délicat les choses. On vit dans un monde en cristal et on ne se rend compte de rien – on vit dans la dentelle où tout peut rencontrer un fil à retordre, à dénouer, un fil conducteur et un fil d’argent et on ne dit rien, car il ne faut pas appeler un chat un chat au risque que les sorts se défassent, que le chat se transforme en citrouille et le rat te morde, il faut glisser un chat est un chat mais nul ne le sait, nul ne le voit, et à quoi bon, il ne faut pas appeler un chat un chat, il ne faut pas l’appeler, il ne faut pas l’appeler, il ne faut pas appeler un chat un chat, mais tes yeux, ton regard, ta voix, tes gestes, tes pas, tes jours, tout doit lui rappeler qu’il est chat, dans ce monde de saletés, de crasses, de gris, d’injustice, de laideur, il y a un méta monde où rien ne s’appelle et où tout se voit.

Ajout : on ne fonctionne avec les vivants qu’en fonctionnant avec les morts.

 

ecriture automatique – A Jeep Novak – 29 septembre 2019

Putain Fieu j’ai envie de faire péter la baraque. Fini les mots doux. Tu t’es ouvert les veines, et alors ? On peut plus faire ce qu’on veut avec son corps dans ce bas-monde ? (mais ça on le savait déjà). Manquerait plus que ça que là où tu n’es plus on te le reproche – Ceci dit, tes gentils mots et tes appels vont manquer – t’étais pas un ange, on le sait – je le savais, elle le savait – mais t’avais toujours un spaghetti à portée de main pour porter secours à qui, à quoi, à que.
Revenons à ces amours, revenons à ce lâcher, revenons aux mots qu’on ne peut prononcer et qu’on prononce tout de même – que tu sois là ou pas, je te le dis, ne m’en veux pas et tu le sais – : putain, salope, chienne de vie,sexe, amour, bite etc.
C’est pas à toi que j’aurais pu provoquer une attaque – du coup, t’as foutu le camps à coups de couteau – soit, soit – il faut un temps pour tout, j’arrête pas de parler quand je parle pas, et c’est sûrement pour cela que, deux fois, tu m’as tendu le micro, si on peut pas faire ce qu’on veut avec son corps, où va-t-on ? je te le demande, Jeep – soit, soit, il y a l’absence, c’est une autre affaire, puis toutes les absences qui, d’un coup, s’additionnent quand quelqu’un prend ses clics et ses claques- que je finisse dans un ressac, si on peut plus décider comment finir. Paraît que les arbres se serrent les racines par temps mauvais, je te souhaite d’aller nourrir tout cela de ton énergie légendaire. En attendant, moi, j’arrête pas de parler, même quand je ne dis mot, j’ai envie de patois, j’ai envie de verlan, j’ai envie d’argot, mais c’est pas dans ma culture à proximité, j’ai pas toujours accès à des choses qui se disent sans se dire, ni à des choses qui se vivent, on va pas épiloguer, tu es allé chercher en toi des mots qui ne se disent pas et tu es parti pour ne pas les prononcer, honneur à toi, chapeau bas. Et pour toutes actions faites et abouties, toutes les autres tu les as plantées chez tes amis, tes proches et c’est très bien, sois ce que tu penses être le mieux pour le monde disait Nietzsche, quelque chose comme ça, et c’est une réussite, avouons-le, Jeep – j’avais bien des choses à dire sur ce qui reste et sur moi, et sur des choses, et sur moi, mais ce sera pour une prochaine fois.
D’ailleurs, c’est sûrement ce que tu t’es dit avant de fermer la porte : « A la prochaine » « On fera mieux », peut-être , parce que c’est comme la musique, la vie, c’est une maîtresse jamais satisfaite avec les amants qui ont une certaine place, oui sans doute, à une prochaine fois, on fera mieux, ou autrement, ou pas, parce que les arbres seront encore là, ils crèveront pas avant nous, c’est certain, vu que sans eux, on n’est rien. Je m’arrête ici, sinon je vais commencer à parler comme une charretière – féminisation oblige – allé, Jeep, comme tu l’as fait, fais encore ça bien, les arbres, la terre, le humus, et tout le cirque, je te vois encore assis devant tous, à m’écouter dans mes premiers pas, c’était important mais ça, c’est comme la mort, on ne s’en rend compte qu’après. Ciao.

Ecriture automatique – A Jeep Novak – 29 septembre 2019