Ecriture automatique -18 février 2019

Ta peau entrait dans ma peau
Celle d’un cadavre se ramollit avant de se figer
Ici rien de la mort que cette capacité de la peau à fondre pour entrer dans un autre état, se figer dans la peau de l’autre.
On ne maîtrisait rien et c’était délicieux de ne jamais aller là où nous avions décidé d’aller.
J’avais envie de saisir des blocs de chair – tel Shylock amoureux – pour les mettre en moi, entre mes côtes, mon ventre, – le sang coulerait mais le mien. 
C’était de la douce dévoration.
Nous ne nous gavions pas.
Après, nous voguions sur un bateau en pleine mer calme – un peu perdus – les pieds bien sur terre – chacun jouissait de soi en l’autre – c’était infiniment doux malgré la violence de nos gestes – la terre restait humble – la distance parfaite – pleine lune dans un jour ensoleillé – mes doigts entraient à ton insu dans ton corps, à l’intérieur de tes bras, ce n’était pas des caresses, c’était une fouille de laquelle mes mains n’espéraient sortir qu’elles-mêmes. Ma langue que ma langue. Plus haut il n’y avait rien. On pouvait tout y mettre.
Je t’enfonçais profondément en moi – me cherchant – il n’y avait rien à dire d’autre que m’enfoncer en toi, mes doigts, mon ventre, mes épaules – complètement intégrés, comme dans un bain chaud.

 

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Ecriture presque automatique – 16 février 2019

Fable.

On dit que nul n’est prophète en son pays. L’accord au féminin de ce proverbe ne révèle, comme je vais l’illustrer, aucune exception.

L’exhibitionnisme compulsif, c’est quelque chose ! Il permet au moins de remplir le cerveau des cons et des connes qui aimeraient imposer à toutes et à tous la honte d’être une femme – sciant la branche sur laquelle elles sont assises, c’est un détail, vu que jamais elles n’auraient osé s’y balancer le cul à l’air ! 
La honte d’être une femme contre l’exhibitionnisme compulsif, qu’importent les parties au procès. Les génitales sont accusées – d’ailleurs : levez-vous ! Le juge est une femme – on ne refait pas le monde, à la condition de mettre dans les mains des victimes de quoi devenir, au moins une fois dans leur vie, bourreaux ! Ce qui est dommage – pour l’inquisitrice, je veux dire – c’est que je plaide coupable – pas besoin de procès ! Coupez-moi la tête, le cul restera. Que d’autres en rigolent – ceux qui remplissent leur vie par la médisance des autres – non seulement je m’en amuse – avec eux mais à leur insu – mais en plus cela me donne une occasion de spectacle – courage, le statut n’est pas loin ! – il y aurait bien des choses à dire sur la haine en général et la haine en particulier, celle qu’une femme peut subir de la part d’une autre femme. Lacan disait : il n’y a de sentiments que réciproques. Soit. Il faudra que je m’y résolve. Pour le reste : un seul mot d’ordre ! Par beau temps par mauvais temps par tous les temps, exhibez-vous ! Sortez de vous-mêmes ! Sortez le cul à l’air ! Notez : je ne vous oblige pas ( encore une fois) – mais ne m’obligez pas à avoir honte du mien, ni d’être une femme ou féminine – on vous propose de la merde sur une assiette, vous ne dites rien, mais qu’un cul, à manger ou pas, pointe son nez et vous voilà déshabillée, si j’ose dire, de toutes vos idées féministes. Soit c’est à la mesure de votre angoisse d’être ou pas. Si j’oubliais que nous ne sommes que de minuscules miettes, je terminerais ce texte à la manière de César, tragédie oblige. Allé non. Allé si. J’en ris d’ailleurs car sans doute votre poussée de haine n’a été motivée que par votre déconvenue – comme toute femme – de ne pas être Cléopâtre.
Donc : Tu quoque « sister ».

Ecriture automatique -28 janvier 2019

Je pensais à ces enfants qui couraient le long de la piscine mus par le désir de recommencer toujours le plongeon du haut de l’installation à quelques mètres du niveau de l’eau. Quitte à se péter la gueule, à glisser, ils ne voyaient, ne sentaient rien d’autre que le moment du contact renouvelé de leur peau avec l’eau chlorée mais eau tout de même. Le moment où des pieds à la tête jusqu’aux mains, ils allaient se sentir submergés par le liquide. Alors il couraient, se précipitaient pour recommencer encore et encore, riant à l’idée de la sensation. Je m’empêchais de courir. Non par peur de glisser et de me péter une dent – ça m’est arrivée tant de fois ! – mais parce que l’eau ne m’attendait peut-être pas – parce que je voulais prolonger le moment …. ce n ‘est pas moi, je me précipite quitte à péter dents, jambes, tête, jamais le désir ne m’a fait marcher lentement, sauf  à m’habiter déjà, si l’on pouvait plonger lentement, au ralenti, quel délire ! Si on pouvait vivre les accélérations au ralenti, bien plus que le présent, ce serait une autre dimension – mon désir court comme les enfants – c’est ainsi – ma main qui atteint l’eau la première se rappelle d’avoir plongé dans tes cheveux.

Dans les yeux des enfants s’agite le souvenir des terrains de foot, de jeux de bataille, de goûters sucrés où tu ajouterais bien un peu de sel, immense plaine que ce regard qui jamais ne s’arrête, jamais ne dérape au bord d’une piscine qui n’a pas voulu de lui, il l’englobe, ma main et tes cheveux également, dans le souvenir du contact de sa rétine avec ton eau.

Photo EN CORPS Y-BRIDE

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Ec.Aut. 20 janvier 2019

Que veux-tu mon âme ? Un corps de plus ? Encore un ? Mais où le mettre ? Dans quel pli ? Dans quel creux ? Encore un pour vous faire jouir ? Plus ? Autrement ? Son souvenir ne te suffit-il pas ? Modulable à merci, taillé à la mesure de votre désir ? Que veux-tu d’autres ? Accumuler les corps comme un charnier de la sensualité – A défaut, un cimetière de la tendresse, cette cérémonie que tu dois toujours refaire une seconde fois, seule souvent, pour en tirer toute la substance – ?
Et, pendant ce temps, que mon corps jouissait au souvenir d’un autre, je te maudissais de m’avoir laissée partir et d’avoir ainsi sauvé ma peau.

Photo retouchée par Frédéric Darras

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E.A. 16 janvier 2019

50061722_2432762150128779_2544808010241277952_oSi tous les animaux se mettaient à marcher sur deux pattes deviendraient-ils des hommes ? Je rêve – parfois – que tu sois doux. Elle dit :  » Ne joue pas avec mon cœur » et je suis stupéfaite par ces mots. Jamais je n’aurais pu formuler une telle parole. Il y a plein de mots qui attendent depuis des jours, j’ai préféré fermer les yeux. Je vois les cœurs en l’air, sans doute jongle-t-il avec plusieurs et paf, un qui s’écrase par terre et ça fait une grosse tache. L’éviter à tout prix. Je la regarde prononcer ces mots simples  » ne joue pas avec mon cœur » et cette image vient comme une lame dans l’œil. Ne joue pas avec mon cœur, c’est peine perdue. Elle aimerait étendre un peu cette corde sur laquelle elle marche, qu’elle puisse ressembler, de loin, à un chemin ou du moins un trottoir – on n’échappe pas à ce que l’histoire devait être sauf à la vivre vraiment jusqu’à plus soif, plus soif, plus soif, – cette foi qu’on ne place qu’en nous-mêmes et qui allège les autres, tellement qu’ils s’envolent – tu me voudrais éthérée mais je suis tout sauf e-terrée, tout sauf hors de la terre, tout sauf enterrée, tout sauf sans terre, – les mots sont des rêves sur lesquels on ne revient plus, j’ai rêvé d’empoisonnement, de mort terrible et de folie, peut-être rien que de l’ordinaire.
Ce sera la passion. – alors ce sera la passion – ni l’amour ni la douceur – il n’y a rien à faire contre cela – ni même contre le mensonge, la duplicité ou que sais-je encore – je me sens un feu de glace. 

photo Céline Lory/retouche Frédéric Darras

E.A. 28 décembre 2018 – (in)digestion

J’aimerais mâcher mes mots
Comme une chique sans saveur
Les prendre au fond de ma gorge,
entre mes dents 
qu’ils se logent
remplaçant toutes les lèvres tièdes
les mots comme unique liqueur
Alors ils descendraient vers mon estomac
Pour faire le ménage
Une essence qui réduirait ma faim et mes naufrages
Ils s’attaqueraient ensuite à mon sang
après avoir traversé les douanes nécessaires et si répugnantes
pour filtrer ceux que tu y auras laissés
ils les remplaceraient comme une cellule en élimine une autre – pendant ce temps, peut-être, je me laverai les dents,
puis ayant rempli leur office
et mis comme il se doit tous les déchets en lieu sûr
ils leur indiqueraient le chemin vers la sortie
Ainsi va la vie des mots que je n’ai pas recrachés
mais voilà mon corps renouvelé et allégé
la faim de mots vrais et de mots denses,
comme une journée qui toujours recommence
j’ouvre la bouche et des yeux y tombent –
j’aime la vie – peu m’importe – tout m’emporte.

celinelory.worpdress.com
photo autoportrait/08/18

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E.A. 24 décembre 2018

Elle savait toujours que la relation était perdue bien avant que sa conscience ne le formule. Pour être plus précis, le moment de basculement – et peut-être y en avait-il plusieurs – mais disons le tout premier – celui qui arrive toujours – où la relation est perdue était souvent précoce – très précoce – par rapport à la fin de celle-ci. Elle devait arriver à faire correspondre la rupture avec ce moment-là – la rupture intérieure – celle où tout se remet en place – prendre même plaisir à détecter ce moment car c’est à ce moment sans doute que tout pouvait peut-être commencer – elle eût un énorme haut-le-coeur à ces pensées – ça touchait à quelque chose qui ressemblait à de la gélatine – pour s’en sortir « caramba, encore râté » lui vint en tête, la fit sourire, parfois ce moment où la relation est perdue était fait de choses infimes, indétectables à l’oeil nu, que seule son âme dépouillée pouvait percevoir, percevait, mais au lieu de profiter de la détente que ce basculement entraînait, elle se tendait et le tout pour le tout tenait un fil voué à se casser. Elle avait mal dans toute moitié de son corps. Celle-là qui avait tenu malgré tout – C’était pourtant si beau une relation quand on acceptait qu’elle était perdue. Mais au-delà de ces considérations, ce qui la fascinait, la fascinerait dorénavant c’était ce moment de basculement. C’était d’observer les mouvements de son âme, de ses tripes, de sa peau en réaction, en totale perception de l’autre et de ce moment de perte, quitte à devenir dingue, cela lui semblait la façon la plus juste de l’être.

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