Écriture automatique – 17 janvier 2018

De mon côté je n’ai jamais cru ni rêvé qu’un jour il y aurait un prince (charmant) pour me sauver d’une vie morne. Mon prince charmant était le temps qui m’était octroyé. 

Ou, en tous les cas, ce rêve m’a vite abandonnée. Et parfois j’aurais tendance à penser que les rêves aident à s’illusionner dans la réalité. Petite j’ai souvent rêvé de liberté, de temps, de longues journées à ne rien faire, que ce que je désirais, des journées comme des plages interminables sur lesquelles je marcherais sans fin, dans la ouateur d’un intérieur, un carnet, un piano, et où je pourrais toucher du bout des doigts ce long chemin de l’apprentissage. Mais non. Le prince charmant n’y a jamais eu sa place. Douloureusement.Egoistement. sans doute. Le privant de sa Princesse, un rôle qui me paraissait, et c’est le cas de le dire quand on songe aux contes les plus connus, mortellement ennuyeux. Du coup aucun prince charmant puisque la fonction n’existait pas. Et des hommes ne se sentant aucune obligation d’être un minimum princiers. Mais la chose est plus complexe que cela, comme toujours. Entre la princesse que je ne voulais pas être et le rôle dans lequel je me vois, sans doute, des traits pouvaient-ils tromper le tout-venant et sans doute aussi le déstabiliser avant de l’agacer furieusement. Peut-être l’attente de ce prince charmant n’a-t-elle une raisonnable vraisemblance que sexuellement – sans pour autant le rendre indispensable – qu’y a-t-il de plus insupportable que de mal faire l’amour ? 

Sauf que le « baiser » du prince n’y suffit pas.

Parler de cette absence, cette lapidation, cette décapitation, qui aurait eu lieu dans mes fantasmes, cette place non pas vacante mais inexistante, c’est soulever tout un pan d’interdits de rêver. Ou une castration. Si castration de rêves il y a eu, elle n’a abouti qu’à un désir décuplé de réalité. 

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Écriture automatique – 15 janvier 2018

D’où vient cette peur de perdre ? De tout perdre. Comme si un jour tu avais possédé quoi que ce soit.

Un instant peut-être. Oui celui-là, dans cet endroit, peut-être, une seconde ou une demi-seconde. Et puis quoi ? Rien, tu as possédé un rien une demi-seconde sur ta longue vie. 

De quoi as-tu peur ? Ce que tu possèdes, tu le possèdes de ta naissance jusqu’à ta mort, un peu de temps. Pourquoi tant d’inquiétude ? Pourquoi tant de temps perdu dans la peur ? Plonge-toi dans ton néant. Plonge-toi dans tout ce que tu nais pas. Je suis au bout du dictionnaire et je n’ai rencontré aucun mot qui te définisse. C’est dans le néant que ta peur disparaîtra comme une fleur coule au fond de l’étang. Prends-toi dans mes bras. La chair est belle, tu es fragile, tes os se donnent sous mes doigts, tu ne me consoleras pas, je ne te consolerai pas plus, nous resterons vides et de ce vide-là nous ne mourrons point.

Tu t’inquiètes pour demain, mais demain n’existe pas. Demain est inconcevable comme aujourd’hui est inconsolable d’hier. Et le passé est la drogue de tes inquiétudes. Vis la mémoire vive et le regard lointain. 

Écriture automatique – 29 décembre 2017

Tout sera à l’envers. A la fin, toute fin. Les pensées passent et n’accrochent pas mon corps. Elles flottent et mon corps balance. Si tout se retournait et que les yeux vivaient tout seuls. Loin. Des autres. Le vase est cassé mais les fleurs sont toujours là, à attendre l’eau. Je ne fracasse plus. Et mes bras apprivoisés. Mais tout sera à l’envers. Se dit la petite fille, l’enfant, le chat, l’animal, le têtard, – à l’envers, marcher. À l’envers regarder. La fille avec qui l’on n’est pas. Avec qui l’on naît. Qu’on finira par haïr. Mais comme tout sera à l’envers – on l’aimera. Plus loin c’est le déclin. Et l’envie de s’assoir sur le trottoir, regarder. Observer. En pleine vue. Non pas caché, pas comme un vice, non, regarder en plein jour, tout, dans les yeux des mains. Le jour se lève et la nuit s’en va. Mais comme tout est à l’envers, c’est la nuit qui restera et le jour fera sa prière. Qu’importe, il fera beau, à l’envers. Et si le beau est noir, on n’y verra rien et ce sera tant mieux. Tant mieux que les chaussures soient pile au milieu du chemin dans le noir de la réalité je rentrerai dedans et je marcherai, comme si de rien n’était, à l’envers, à l’envers je serai ta mère, et toi mon enfant, à l’envers, tu seras ma maîtresse et moi, ton enfant, à l’envers, je sera à la porte et je rentrerai chez moi, à l’envers, le besoin sera à la rue, et les nécessiteux à l’intérieur des maisons, les nuages sous terre, la brume dans les cercueils et les avions, la bougie se reconstituera quand elle brûlera, vivre sera toujours plus de vie et mourir aussi, mais le tram m’attend, il va tout droit sur ses roues dans les rails et je ne sais pas s’il se retournera quand je le quitterai. 

Écriture automatique – 15 novembre 2017

Je n’ai rien à apprendre à personne. Voilà ce que je me dis.  Ce que j’apprends à moi-même dans l’instant. Je me pose même des questions me concernant. Sans mot pas de musique. Sans mot je n’entends plus. Sans mots mes doigts sont inertes. Ternis. Alors j’essaie d’entendre mes mots sans les apprendre par cœur. Pour qu’ils ne me dessinent pas. Je ne peux manquer à personne car cela signifierait que je suis son bras ou sa jambe mais je ne suis le bras ni la jambe de personne, que de moi-même. Et parfois je me manque. Je me manque dans ce que je ne suis plus. Ou n’ai jamais été, qui sait ? Au fur et à mesure que les mots viennent je sens mes doigts qui se réveillent, dont l’appétit grandit enfin. Se poser la question de l’autre – ce parfait inconnu. C’est une question fascinante et sans réponse. On regarde par la fenêtre, d’un côté comme de l’autre, la foule ou la solitude mais toujours l’inconnu. A cet inconnu, je n’ai rien à apprendre. Je suis bouche bée. Mains béantes. C’est vide contre inconnu. Il y a eu un jour de grande liquidation et depuis, c’est une plaine – mais si je manque à quelqu’un, c’est que je lui rappelle son bras, je le réveille, je suis son appendice perdue, non, si je manque à quelqu’un, c’est qu’il est encore capable de se voir au-delà de lui-même. Si je manque à quelqu’un c’est sans doute que plus personne ne me manque. 

écritures automatiques 7/8 novembre

Je ne sais même pas à quoi tu rêvais exactement. Aucun être croisé. Ce à quoi chacun rêve profondément, précisément, on ne le sait jamais. C’est un nuage plus qu’un arbre. Et l’autre, ce dont il rêve, on ne peut le savoir. Le dessin de ses rêves, on ne peut pas le dessiner. Cela nous échappe totalement. D’autant plus quand on en fait partie. On est dans son pays en apatride. J’ai fermé les yeux dans ce lieu où il rêvait d’être, et tout-à-coup ce rêve, son rêve, m’est apparu une chose dont je ne savais rien. Quel rôle aurait-il voulu tenir ? Et le mien, comment l’envisageait-il ? Ou n’y étais-je pas – ou si peu ? Mais plus que sa méconnaissance, ce qui me frappa le plus, de ce rêve à lui dont je ne savais finalement rien, c’était son immensité.

De cet espace à jamais inconnu, inexplorable, immense, par définition, je resterai étrangère et l’autre, lointain, dans cet espace, dans son appréhension, il y avait ce qu’on appelle l’autre. 

***

Il faudra ouvrir toutes les portes. De celles qui s’étaient refermées dans un coup du sort à celles que l’on maintient fermées en se plaquant dessus. Tout revient, quoi que l’on fasse. Jeter le bébé et garder l’eau du bain, y décrypter l’avenir au risque d’y enfoncer des portes ouvertes. Ouvrir la porte et y jeter un cri avant de la refermer brutalement. Oserais-je vraiment ? On ferme la porte pour que toutes ces hontes d’enfant s’arrêtent, adulte on les ouvre pour les mêmes raisons. Chaque être malveillant porte leur masque. L’un sévit encore dans un sombre conservatoire, protégé par le costume des réseaux, des relations bien placées et des lâchetés sans nom. Aujourd’hui je me retrouve comme il y a vingt ans. Attention la conscience reprend le dessus. Les portes ne s’ouvrent que difficilement, le vent souffle et mon souffle est toujours aussi révolté. 

Cette prise de conscience. 

Cette petite phrase qui vient, le bout du nez dans la porte :

Ils ont voulu me tuer.

Le choc d’il y a vingt ans où, passé l’enfance où tous nous poussent à vivre, adulte, tous nous faisaient pencher vers la mort. 

Ils ont voulu me tuer. 

J’étais enfant, je marchais sur des œufs. Aspirant à l’âge adulte pour pouvoir éclore sans honte. 

Ils ont voulu me tuer. 

Ils ont voulu me tuer, me t-u-aire.

J’ai fermé les portes. 

C’est merveilleux une porte. C’est tous les possibles. Seule. Les autres. Ensemble. Comme on veut. Comme on le sent. 

Aujourd’hui je ferme et j’ouvre les portes normalement. Avec la conscience que l’assassinat n’est jamais loin.