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Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

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Ecriture automatique – 22 juin 2019

Jusqu’à ce que chair se passe. Je ne mords pas sauf si on me transforme en chien. J’ai le temps. Le temps je l’ai tout de suite. Il ne me fait pas attendre. Il est plein. Complètement là. Pas à moitié. Pas sous réserve. J’ai mis une bulle d’oxygène dans ma tête. Et mon corps. J’ai mis mon corps dans ma tête. Le temps et moi on passe de bons moments. Sans rien dire. On se comprend. Parfois il me déclare sa flamme. Parfois je lui fais une déclaration. Sans plus. Puis on se quitte sans trop savoir pourquoi (dénégation). Si le temps entre en moi je ne me manque jamais dans ces moments-là. J’ai deux corps, deux âmes, une vie. La corde je la laisse à l’horizontale. Je marche dessus, tout le monde joue à la corde dans ma tête. Et peut-être je joue à la corde dans la tête des autres. Tu as fait un tour de magie et j’ai dit exactement le contraire de ce que je pensais. Magie. Une espèce d’abnégation en forme de dénégation. Quelque chose de déguisé en tous cas. Les déguisements sont des oignons. En manger éloigne les serpents et les scorpions. Quand ma tête dégonfle, la vie peut y entrer. J’aime dire aux femmes que je les trouve belles, belles au fond de mes yeux, un calme absolu – même si certaines crient, le reste je l’ai déjà dit, quel amour de la répétition faut-il pour continuer à vivre ou tu parlais d’espoir ou d’espérance, c’est le filtre pour ma part, qu’on placerait entre la répétition et l’espérance, le filtre qui de figuration passerait au rôle principal, une pièce montée à 4 épingles dont les pointes auraient été arrondies, j’aime les filles rondes, elles me rappellent l’épaisseur de la vie, ma vie étant aussi fine qu’un papier de soie, mettons-nous les un.e.s sur les autres pour lui donner un peu de consistance, clémence.

Ecriture automatique – 21 juin 2019

Pourquoi mon sexe s’ouvre. Comment mon sexe s’ouvre. Où mon sexe s’ouvre. Avec quoi. A quel moment. Dans quel mot. Quel sourire. Quelle voix. Quel grain de peau. Quelle lumière. Quelle nuit. Dans quelle proportion. Dans quel rêve. Par quel fantasme. Sur quelle réalité. Au delà de quelle réalité. Par quel chemin. Entre quelle et quelle secondes. Quel instant. Quelle instabilité. Où s’engouffre mon sexe ? Dans quel tournant. Par quel tourment. Sous quelle lumière. Par quel centimètre. Sur quelle poussière. Dans quel anéantissement. Vers quelle pensée. Sur quel éclair. Vers quel microorganisme. Sans quel soleil. Sur quelle brûlure. Par quel parasite. Est-ce la vitesse de la lumière ou celle du son. Vers où va–t-il. Est-il perdu. A-t-il mal. A-t-il des yeux ? Il voit plus loin que mes yeux et que les tiens réunis. Il voit plus loin que ton propre sexe.
Il entend tout.
Il voit tout.
Mais sa voix n’est pas audible.
Son corps est dans mon corps. Je l’écoute et il me dit des choses contraires qui sont la vérité. Son espace est immense – bien trop grand je pense – il se retourne, tu ne le vois pas, tu ne vois pas qu’il voit, si tu voyais, tu fuirais.
Si tu entendais ce qu’il entend tu ne serais plus, tu serais moi, moi qui n’écoute pas, qui entends cette petite voix qu’on n’arrête pas, si tu entendais, mais tu n’es pas là, tu ne seras jamais là, où mon sexe s’ouvre, où mon sexe comprend, prend, part, regarde, s’enferme, car les mots l’ont banni, même si on ne le voit pas, les mots bannissent quoi qu’ils fassent, le sexe est sans mots, pourquoi il s’ouvre, comment, à quelle minute et pourquoi détourne-t-il le regard au moment précis où il sait que le tien jamais ne l’atteindra.

 

pensée libre

Tu ne connais pas cette impression. Non sans doute tu ne la connais pas. Celle qu’on a quand quelqu’un a cru bon de t’emporter quelque part comme un objet. Celle que l’on ressent quand on se rend compte que les mots d’une personne ne représentaient que ses propres fantasmes. Celle qui assaille d’un coup parce que l’on est pris pour un objet. C’est une impression d’avoir été violé.e.
Une impression qui nous rejette de nous-mêmes et des autres. On ne sait plus où aller ni où se mettre. C’est une impression d’une extrême violence en soi-même. Quelque chose qui ne sort pas. Une nausée sans maladie.
Et toute une partie du monde devient insupportable. Tu as toi-même du mal à supporter ce corps qui te trahit à chaque fois, qui te ment, qui te divise, puis qui t’abandonne. Tu dois quitter ce corps qui ne peut pas vivre. Alors que veux-tu que ça me fasse quand tu viens me dire ton désir pour mon corps ? M’expliquer ta misère sexuelle ? Que ta femme et toi ne vous touchez plus depuis des années ? Que veux-tu sinon une espèce de don de quelque chose que l’on m’a déjà pris ? Ce corps touché sans qu’il le veuille, ce corps jaugé, ce corps toujours en sous-entendu dans chaque parole ? Que veux-tu que je fasse d’autre que de le reprendre pour moi, de l’exposer pour moi, de l’aimer moi-même ? Ce corps, violé, vidé, que veux-tu que je fasse d’autres que l’étaler pour éviter qu’il ne soit exposé ? Que veux-tu que je fasse de ton désir sans ailes ? Où veux-tu que je mette tout cela ?
L’abandon je le connais.
L’abus aussi.
Y mettre ton désir serait obscène.

Cri automatique

Ceci n’est pas une écriture automatique mais un cri sorti automatiquement d’un trop-plein. Des mots en trop, des gestes déplacés, des abus, des insultes, de l’envie de disparaître, d’effacer ce corps, qu’on le cache, qu’on ne le cache pas, qui ne suscite que l’envie de possession, des paroles bien entendues malheureusement, des envies sourdes, des corps utilisés puis jetés, des corps abusés, des vies mises au placard, des corps exposés comme autant d’objets possédés, des corps associés à de la marchandise ad nauseam, des sourires commandés, exigés, des contraintes de montrer son corps, de le cacher, des corps utilisés pour tout, pour rien, pour un oui ou un non, tout cela est acceptable, même respectable, du moins respecté par la majorité. Mais. Mais qu’une femme montre son corps, l’utilise selon ses désirs et ses propres fins, sa propre liberté et son propre plaisir, cela est insoutenable pour nombre encore de personnes. Narcissisme, hystérie, égocentrisme, exhibitionnisme, voire nymphomanie. Quand cela va-t-il cesser ?

Ecriture automatique – 25 mai 2019

il est temps d’être moche
C’est le moment sinon après ce sera trop tard
Il est temps de se donner le droit d’être moche. Il est temps d’avoir une sale gueule, d’être moche, d’être pas comme on veut, même pas comme tu veux, il temps.

Elle savait tout cela. Elle voulait s’attarder des petites choses, elle voulait accrocher son cerveau sur des détails extérieurs – qu’il s’éparpille, butine, ressuscite, brûle, se pâme, disparaît dans le microcosme. Elle n’en pouvait plus du monde grandeur nature. Elle voulait de l’infime, elle voulait des mondes en miettes elle voulait des gestes qui ne se voient pas elle voulait quelque chose de si petit qu’on ne peut le vouloir, il était temps d’être moche, il était temps d’être ce qu’on ne veut pas, il était temps d’être poussière, après il sera trop tard.

Elle savait tout cela. Les bulles que l’on crée et qui éclatent sans raison apparente, c’était le microcosme qui voyage, comme des doigts sur une peau glissent et partent ailleurs, elle savait la paroi fine, les couleurs qu’elle fait naître et leur éphémérité.

Il était temps d’être moche, présente, ailleurs, d’éclater la bulle, d’en voir sortir de ses mains, de plonger la tête dans , et d’être sourd au monde grandeur nature.

Ecriture automatique – 29 mai 2019

Déclaration à un vieil ami

Nos montres n’étaient pas de la même année
Nos heures couraient les unes après les autres
Le temps des amours décalés avait sonné

Tu étais à midi, j’étais à minuit
Illusion de la superposition
Nos heures couraient les unes après les autres
Après la pluie, la pluie
S’en allait vers ton après-midi
J’étais encore dans la moiteur de l’aube
Le temps des amours décalés
Avait sonné
On pouvait se toucher – le décalage aidant –
nous serrions des ombres et des futurs
Nos montres ne pouvaient se parler
Qu’entre deux éternités
C’était le temps
Le temps des amours décalés

Tu glissais dans mon passé
Je m’accrochais au futur
Nos montres se regardaient
En haussant les épaules

C’était le temps
Le temps des amours décalés

Mon corps était ailleurs
Mon coeur traînait derrière
Un vieil amour
Non déclaré
Pendant que le tien réglait
L’heure de sa montre

C’était un leurre
De vouloir accorder nos sentiments avec un temps
A jamais ils claqueront à contre-temps
Dans un espace sans gravité

C’était le temps
Le temps des amours décalés.

Ecriture automatique – 28 mai 2019

On dit A bientôt. Mais on sait ce que c’est. On dit rien à foutre. Mais on sait ce que c’est. On dit je ne t’aime pas. Mais on sait ce que c’est. On dit libre. Mais on sait ce que c’est. On dit si on veut. Mais on sait ce que c’est. On dit Je suis là. Mais on sait ce que c’est.  On dit mon amour. Mais on sait ce que c’est. On dit je t’aime. Mais on sait ce que c’est. On dit pas de souci. Mais on sait ce que c’est. On dit ça va. Mais on sait ce que c’est. On dit comme tu veux. Mais on sait ce que c’est. On ne dit rien. Mais on sait ce que c’est.