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Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

Ecriture automatique – 4 octobre 2019

Il ne faut appeler un chat un chat. Il faut appeler un chat une porte. Une porte un amour. Un amour un pantalon un pantalon un frigo un frigo une fleur. Ah non pas la fleur. On ne touche pas à la fleur. On touche à tout mais pas à la fleur. On dit appeler un chat un chat mais que dit-on de la fleur ? Il ne faut pas dire les choses telles qu’elles sont. C’est délicat les choses. On vit dans un monde en cristal et on ne se rend compte de rien – on vit dans la dentelle où tout peut rencontrer un fil à retordre, à dénouer, un fil conducteur et un fil d’argent et on ne dit rien, car il ne faut pas appeler un chat un chat au risque que les sorts se défassent, que le chat se transforme en citrouille et le rat te morde, il faut glisser un chat est un chat mais nul ne le sait, nul ne le voit, et à quoi bon, il ne faut pas appeler un chat un chat, il ne faut pas l’appeler, il ne faut pas l’appeler, il ne faut pas appeler un chat un chat, mais tes yeux, ton regard, ta voix, tes gestes, tes pas, tes jours, tout doit lui rappeler qu’il est chat, dans ce monde de saletés, de crasses, de gris, d’injustice, de laideur, il y a un méta monde où rien ne s’appelle et où tout se voit.

Ajout : on ne fonctionne avec les vivants qu’en fonctionnant avec les morts.

 

ecriture automatique – A Jeep Novak – 29 septembre 2019

Putain Fieu j’ai envie de faire péter la baraque. Fini les mots doux. Tu t’es ouvert les veines, et alors ? On peut plus faire ce qu’on veut avec son corps dans ce bas-monde ? (mais ça on le savait déjà). Manquerait plus que ça que là où tu n’es plus on te le reproche – Ceci dit, tes gentils mots et tes appels vont manquer – t’étais pas un ange, on le sait – je le savais, elle le savait – mais t’avais toujours un spaghetti à portée de main pour porter secours à qui, à quoi, à que.
Revenons à ces amours, revenons à ce lâcher, revenons aux mots qu’on ne peut prononcer et qu’on prononce tout de même – que tu sois là ou pas, je te le dis, ne m’en veux pas et tu le sais – : putain, salope, chienne de vie,sexe, amour, bite etc.
C’est pas à toi que j’aurais pu provoquer une attaque – du coup, t’as foutu le camps à coups de couteau – soit, soit – il faut un temps pour tout, j’arrête pas de parler quand je parle pas, et c’est sûrement pour cela que, deux fois, tu m’as tendu le micro, si on peut pas faire ce qu’on veut avec son corps, où va-t-on ? je te le demande, Jeep – soit, soit, il y a l’absence, c’est une autre affaire, puis toutes les absences qui, d’un coup, s’additionnent quand quelqu’un prend ses clics et ses claques- que je finisse dans un ressac, si on peut plus décider comment finir. Paraît que les arbres se serrent les racines par temps mauvais, je te souhaite d’aller nourrir tout cela de ton énergie légendaire. En attendant, moi, j’arrête pas de parler, même quand je ne dis mot, j’ai envie de patois, j’ai envie de verlan, j’ai envie d’argot, mais c’est pas dans ma culture à proximité, j’ai pas toujours accès à des choses qui se disent sans se dire, ni à des choses qui se vivent, on va pas épiloguer, tu es allé chercher en toi des mots qui ne se disent pas et tu es parti pour ne pas les prononcer, honneur à toi, chapeau bas. Et pour toutes actions faites et abouties, toutes les autres tu les as plantées chez tes amis, tes proches et c’est très bien, sois ce que tu penses être le mieux pour le monde disait Nietzsche, quelque chose comme ça, et c’est une réussite, avouons-le, Jeep – j’avais bien des choses à dire sur ce qui reste et sur moi, et sur des choses, et sur moi, mais ce sera pour une prochaine fois.
D’ailleurs, c’est sûrement ce que tu t’es dit avant de fermer la porte : « A la prochaine » « On fera mieux », peut-être , parce que c’est comme la musique, la vie, c’est une maîtresse jamais satisfaite avec les amants qui ont une certaine place, oui sans doute, à une prochaine fois, on fera mieux, ou autrement, ou pas, parce que les arbres seront encore là, ils crèveront pas avant nous, c’est certain, vu que sans eux, on n’est rien. Je m’arrête ici, sinon je vais commencer à parler comme une charretière – féminisation oblige – allé, Jeep, comme tu l’as fait, fais encore ça bien, les arbres, la terre, le humus, et tout le cirque, je te vois encore assis devant tous, à m’écouter dans mes premiers pas, c’était important mais ça, c’est comme la mort, on ne s’en rend compte qu’après. Ciao.

Ecriture automatique – A Jeep Novak – 29 septembre 2019

Ecriture automatique -20 septembre 2019

Je plonge dans le vide. Ma vie c’est le vide et je plonge dedans, il y en a qui ont peur du vide, j’ai peur du plein, une fois que c’est un peu plein, zou je me plonge dans le vide, je sors du bain, je file sous la douche pour enlever les couches protectrices – je suis dans le vide, je me sens Alice, je peux dans le vide, regarder les choses autour de moi, réellement, pour ce qu’elles sont, sans les artifices du trop-plein, j’aime le vide comme on ne choisit pas le chemin, je suis dans le vide, je ne me jette pas, je plonge car le vide a une épaisseur qu’on ne soupçonne pas, je plonge dans le vide, tu as peur ? , il ne faut pas, le vide c’est l’ouverture, le vide c’est ce qui nous maintient en vie, sinon tout serait en un seul point, faut pas avoir peur, plonger dans le vide, si tu tombes, c’est pas toujours comme ça, c’est pas toujours que tu tombes dans le vide, Alice, c’est pas toujours, tu peux aller et venir, te retourner, sentir l’air qui frotte ta peau un peu plus que d’habitude, sentir quand tu frôles un objet, une main, des cheveux, qui passent, un pied, le dos, les fesses, c’est pas toujours que tu tombes dans le vide, on peut y vivre, très bien, dans le vide, le vrai vide, la réalité des choses, tu as peur ? , faut pas, si tu tombes, ouvre les mains, tu as encore des choses dans les mains, ouvre les mains, laisse ces choses partir, aussi dans le vide, le vide est très accueillant, il accueille tout et tout le monde, ouvre tes mains, si tu tombes, ouvre tes mains, les choses s’envolent, dans le vide, alors le vide devient infini Jamais tu ne t’écraseras.
Ouvre tes mains.

Ecriture automatique – 26 juillet 2019 – pendant concert

La tête en creux. Les jambes en l’air. A la recherche d’un temps inexistant. La tête en creux. Le coeur plein définitivement plein, des sons comme on remplit une bouteille d’eau. La tête en creux. Les jambes en l’air qui découpent le ciel, l’air qui coupe les jambes, le coeur plein définitivement plein, tu voudrais raconter une histoire qui commencerait par je et se terminerait par nous. Tu voudrais remplir ton coeur comme tu remplissais chaque matin ta gourde d’eau. Ta vie est océan. La tête en creux car il n’y a rien à y mettre que de l’eau. Tu ne cherches plus rien. La tête en creux. Les jambes en l’air. Et le ciel découpé par tes jambes comme un signe de victoire. Tu ne cherches plus rien. Le coeur rempli définitivement. Comme la gourde du matin. Le ciel est clair. L’air coupe tes jambes qui découpent le ciel. Tu ne cherches plus rien. L’eau est là. Ton coeur est plein. Définitivement. La tête en creux. Définitivement. Il n’y a plus rien à y mettre. Tu ne sais plus rien. Tu ne cherches plus. Ton coeur est plein. Définitivement. Ton coeur est plein d’eau. Plein d’eau. Plein d’eau.
Ton coeur est plein d’eau.
Ton corps est plein d’eau.
Ta vie est océan.
Définitivement.
Il n’y a rien à comprendre.

E.A. pendant concert à UN PEU

Ecriture automatique – 24 juillet 2019

Tu m’offres un amour pur et simple
Un miroir dans lequel je pourrais me voir sans détours
Mais je  suis comme un miroir brisé dont le visage est décomposé en mille morceaux irréconciliables Mon reflet est en guerre ou en chemin. Il n’est en aucune manière paisible. Je suis comme un assoiffé qui aurait désappris à étancher sa soif. De l’image de cet amour que tu m’offres, je ne peux voir que mes failles qui sont comme les craquelures d’un tableau trop avancées pour y remédier. De cette image je ne peux voir que les échos d’un passé qui m’a menti. Je suis comme un manchot à qui on offrirait des fleurs. Il peut les respirer mais jamais les emporter avec lui.Et ton amour est comme un révélateur de mes creux, de mes manques, de mes manquements, tout ce qui compose ma façon d’aimer en somme. Je suis comme un assoiffé incapable d’étancher sa soif à la source qui vient à lui et qui cherche inlassablement la mer où sa soif lui piquera la gorge et dans laquelle sans doute il cherchera à se noyer. Ce n’est pas que l’amour n’existe pas. C’est comme deux routes qui jamais ne se rejoignent. Quelque chose qui rate indéfiniment, sans arrêt, sans repos. L’amour comme deux branches d’un même arbre, qui s’ignorent, dans l’impossibilité de se toucher, ni de se connaître. Tu m’offres cet amour pur et simple et je suis comme une poubelle où tous les déchets d’une vie traînent et ont créé, malgré eux, une cohérence, un paysage, fracturé, mais paysage quand même et qui seraient incapables de bouger sans redevenir les déchets initiaux.
Je suis comme un assoiffé qui aurait désappris la soif.
Il ne doute ni d’elle ni de ton amour, ni même du sien, il doute de la rencontre en un seul point de tous ces éléments. Il ne doute pas du visage ni du miroir, il doute que l’un puisse rendre hommage à l’autre.
Il ne doute même pas de la joie, ni de la ressentir, ni de la vivre, il doute qu’elle puisse se tenir sur une corde, les pieds en pointe, tout au long de celle-ci. L’amour est toujours raté. Comme un dessin. Vive l’amour.

Travail sur photo Frédéric Darras
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