à la Une

Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

Écriture automatique – 20 juillet 2017

Ouvrir le carnet se faire du bien par les mots par les caresses sur le papier mâché de mes désillusions, englouties, terre ce mot qui revient quand je parle, peut-être je le comprends mal et la terre me crie taire, vas-tu te taire, finalement la maladie c’est cela, et la mort sa victoire, qui nous ensevelit sous terre, les choses souterraines à mettre sur le sol, est-ce cela que je cherche, je m’amuse à mettre dessus ce qui est dessous, sous moi, sous moi il y a la promesse de tes mains qui déjà me chatouillent, oui les mots sont toujours les mêmes, qu’importe, chaque main est, elle, différente, et façonne mes maux différemment, la mort disait-on, sonne faux, il est vrai d’autant plus quand on s’en approche, irréelle, elle vacille, maintenant ce sont tes lèvres qui se promènent, ta salive comme une laisse qui m’attache, ton sexe un pont entre nous où se comprendre – peut-être- en-dessous y passe ma fontaine, claire, joyeuse, je perds le fil de la promenade en regardant cet os près de ta bouche qui me rappelle à ma nature, quand mes mains toucheront ta nuque, les travaux seront finis, on s’endormira sur le bord du chemin avec vue sur la mort. 

Écriture automatique – 19 juillet 2017

Comme parfois auparavant je regardai devant moi, ciel et terre fondus. De tels îlots existaient ici-bas. Fallait-il s’en approcher ? Sur moi ta sueur glissait. A bas les édifices qui nous bouchaient la vue de cette union. Je me sentais glisser dans la vie comme dans un vêtement ample. Le presque rien m’atteignait en plein cœur. Quelques fois, la foi me tentait, en quelque chose que l’on pourrait prendre en pleine main. Ma langue ne veut plus tourner en rond. Elle veut explorer le monde. Ceux qui gardent leur langue à l’intérieur d’eux-mêmes savent-ils encore parler ? Est-ce que sortir sa langue ne manque pas à tous ou quasi ? Le monde ne s’en porterait-il pas mieux ? Si chacun, chacune explorait le monde avec sa langue, la sortait de son microcosme, lui faisait voir autre chose ? Toutes les langues ne sont pas claustrophobes – invention de curé. 

En attendant certains ont la langue comme d’autres le bras long. Sortez vos langues ! On ne va pas les manger ! C’est elle qui pourra nous goûter, nous redessiner un visage humain, un monde à langue vivante. Je ne veux pas vous obliger. Si vous ne voulez pas. Vous ferez de vous une langue morte, morte de ne pas en aimer d’autres. Langue langoureuse, langoureuse langue, attente longue de votre langue, quel étrange mot pour une chose aussi méconnue. Si ma langue se frotte à la tienne, je suis sûre qu’en naîtront de nouveaux mots. 

Ecriture automatique – 18 juillet 2017

Nous jouions avec le feu mais avec quoi pouvions-nous jouer d’autre, nous humains sur une planète perdue ? Le feu nous avait appris le soleil, je tirai les rideaux. Et le soleil nous éblouissait à chaque fois, ânes que nous sommes, nous n’arrivions pas à le contourner. Puis le feu arrivait parmi nous. Entre nous. Nous séparait parfois et parfois nous brûlions ensemble. Nous jouions avec le feu car nous ne connaissions pas l’eau. Nous avions soif sans le savoir. Alors nous préférions nous brûler que de sentir cette sécheresse au fond de nos entrailles. Tu allais ma flamme, j’allumais la tienne et à notre surprise, un jour, en jaillit une fontaine. Nous jouions avec le feu, nos mains brûlées de nos extrêmes, nous courions ainsi sur une terre désertique, quelle était-elle, cette terre qui buvait nos pieds, nous les allumettes dans les yeux, tout de rouge et d’ocre, la fontaine revenait et nous restions assoiffés de jeux et de délier nos pieds de la terre, on montait dans les arbres et nous nous prenions pour ses racines, le jeu était sans fin, notre faim était notre pain quotidien, celui qui nous levait tous les matins.

Écriture automatique – 17 juillet 2017

Je suis devenue ce que j’étais. Décousue, arrachée, je me retrouve, je pense, si on traçait le chemin de chacun pendant une journée, vu du ciel, quel joli dessin. Feu ! dit le désir. Que se passe-t-il ? répond l’intrus. Je suis devenue à l’extérieur ce que je suis à l’intérieur. Ma peau s’est retournée elle est opportuniste du désir, je retourne mes organes et rentre ma peau à l’intérieur, je fais peur, je bois et je perds le je. Il n’y en aura plus, promis ! Elle promet mais ne sait pas ce qui l’attend. Ce qui se tend entre tous, autant que vous êtes, comme des fruits tendus à ses mains grandes ouvertes, elle -mort. Les fruits tondus. Contournement de l’histoire, elle n’est pas finie tant que sa peau sappho sa faux sera seront, serront l’étau pour que le désir dure. Sauver manger retourner, tout cela, ce ne sont que des verbes. Mais désirer. Mais vivre. Ce ne sont pas des verbes. Ils prennent corps rien que de les prononcer, ils sortent de notre ventre et se gonflent de tout ce qui passe. Et les fils, vus du ciel, continuent à s’étendre, formant une toile dont personne ne connaît l’araignée. Ça forme de petites cases où chacun entre mais ça forme aussi des figures inconnues, et ton visage, dans toutes ces lignes, se reconnaîtra-t-il ? 

Ecriture automatique – 17 juillet 2017

Tu as de fameuses fossettes – j’ai de fameux fossés. J’ai de faux fossés comme tu as de fausses fossettes. A quoi joues-tu ? On fausse le jeu, on fosse le jeu, on crée un fossé entre nous. On joue au vrai en sachant que c’est faux, faux dedans, en plein dans le mille, mille faux valent bien un mort, PAN, pour une vie sans, je plâne dans de l’air que tu caresses, sans cesse, ne cesse pas, tes fossettes chatouillent mes fossés, mes fossés se creusent devant le creux de tes fossettes, mes fossés font semblant, ils sont verdoyants, je ne les connais pas, je les regarde juste de temps en temps, les yeux dans les yeux, on évite de parler, de faire fausse route en pensant dégager le terrain, ce serait en vain, j’aime mes fossés comme tes fossettes et sans doute n’y sont-elles pas pour rien. Mes fossés sont là mais l’herbe y pousse à présent, bientôt peut-être le printemps, bientôt qui sait l’été ? Mes bras sur mon corps préparent la moisson, moi – son, son de blé ou son de toi, son faux qui n’existe pas, je tire le fil il ne s’arrête pas, qu’il dure toute la nuit, en aurais-je la force, je chanterai sans doute, pour étendre tes fossettes, les entendre ding-donguer d’un côté puis l’autre. Il n’y a pas de fin, la longueur de mes mots est kilométrique.

Ecriture automatique – 15 juillet 2017

Il n’y a pas moyen de savoir. Il n’y a pas moyen de voir ça. De savoir en face, les yeux dans les yeux. Il n’y a pas moyen de voir sa vision. Ça, il n’y a pas moyen. Ça devrait le faire sans voir, sans savoir, sans voir ça, du moins complètement. Ça se cache, toujours en partie. Ça se glisse en dehors du lit. Savoir ça, non. Voir ça.  Vous avez de la chance. Si je pouvais je crierais comme ça (et je crie) mais très longtemps. Parce que c’est ça que tout ça m’inspire. Un long cri que personne ne peut faire. Toutes ces misères. Tous ces enfants tristes. Tous ces animaux éjectés. Tous ces coups. La bêtise. Parfois enfant ça me collait à la peau. Le soir je n’arrivais pas à dormir tellement ça prenait de l’ampleur dans mon lit j’étouffais, j’étais couchée, collée au lit par toutes ces horreurs que je ne pensais pas traverser la nuit et que mon corps s’en détacherait le lendemain. Ça m’écrasait. Le torse. Les jambes. Le cou. Tchac les enfants. Tchac la pauvreté. Tchac la mort d’un oiseau. Tchac et ils se tueraient les uns les autres. Tchac la famine. On fait mine de ne pas voir ça et ça et ça, j’étais plaquée dans mon lit de misère et me levais le lendemain avec 100 kg en plus. Car je voyais ça, je savais ça, j’étais en lien avec ça, complice, ma vie était ça, et après que s’est-il passé me demanderez-vous. Après ça, que s’est-il passé ? Moi. Il s’est passé moi, il m’est passé ça. J’ai compris qu’il n’y avait pas moyen de savoir, de voir ça en face, le plan était trop large, ma caméra, ma ça-mère, trop petite, ma fente trop fragile,  trop fragile pour accueillir tout ça. Il me fallait grandir, m’agrandir avant de savoir, de porter, toujours guettée par l’oubli. Et tous les gens normaux normés se disent que ça suffit. Et je me dis, moi, tout bas, non ça ne suffit pas, ça ne suffit pas, ça ne suffit pas.

Ecriture automatique – 14 juillet 2017

Nous sommes des élastiques ne sachant s’il nous faut nous tendre, nous lâcher, je suis une corde qui ne supporte plus le moindre insecte mais tout-à-coup ça vibre en moi, une chaleur dans le fond de ma gorge l’eau qui monte sur le bord de mes fesses. Ce sont mes mains qui pensent à –  te toucher. Alors la corde n’existe plus, pour un instant toutes les lianes sont souples et mes mouvements ont la chaleur de ton corps. Parfois je n’en ai pas besoin. Parfois je vis pleinement ma température est suffisante sans avoir recours au corps d’autrui. Mes mains glissent dans des chemins souterrains, asexués, limpides, caverneux, c’est la fête de la vie sans personne. Juste parce que je sais que demain on ne sait pas. Ca fait appel d’air. Mais quand je pense à mes mains qui pensent à ton corps, il n’y a pas de demain. La chaleur envahit tout l’espace sans que rien ne puisse s’y glisser. C’est un corps-monde. C’est un corps-espace. Il y a juste une petite ouverture, une porte entrouverte, une fenêtre pour me rappeler au lendemain qui dévorera aujourd’hui. Festin auquel j’assisterai, fascinée, prenant note et musique, et la quinzaine suivante, j’irai chanter sur les tombes de nos corps perdus.