à la Une

Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

Publicités

Écriture automatique – 13 avril 2018

J’ai des troubles de la vision. Je vois grand ce qui le lendemain m’apparaît petit. Je vois petit ce qui s’avère grand un temps plus tard. Et cela dans tout. Toute toute petite ma vision déformée du monde. J’avance à tâtons alors, ne sachant vers quoi je me dirige. Ma vision a des troubles de la perception, ma perception a des trous de mémoire. Miroir déformant ma vie. Alors je ferme les yeux. Et ça se déforme en moi comme des tas de métastases qui voudraient me dire – me dicter- la vérité. La vérité est grande et petite. La vérité est petite et grande comme les cuisses musclées d’une danseuse. Tout est proch, tout est lointain, de seconde en seconde, la vie la mort main dans la main, je remplirai ma vie de sable car il neutralise le sale, le ridicule et comble toutes les failles. Je suis tout près du papier et pourtant si loin de l’écriture, je suis tout près de la vie et pourtant si loin des jours. J’aimerais remplacer tous les mots, l’arbre par les feuilles, l’attente par la dévoration. Mes oreilles ne sonnent pas bien que dégagées. J’ai des troubles de perception, un perce-oreilles dans un abricot tel dans l’univers les mots sont beaux à tracer et je continuerais rien que pour cela, cette ligne qui s’interrompt et reprend sans cesse, rattrape le temps comme un circassien ne craint pas de lâcher sa corde, son cerceau, comme une gymnaste, mais je ne suis qu’assise à ma chaise – avec cette réalité qui va et vient comme si elle essayait en vain de me faire l’amour, quelque chose authentiquement pathétique et moi, patiente comme un siècle, je la laisse à son jeu jusqu’à ce que d’un geste tranchant, je lui ferai avaler sa salive tournoyante. 

Écriture automatique / 11 avril 2018


Enfant, on a fait taire mon utérus. Au bout de moi un tunnel un tu né je ne sais comment, la nausée a la forme de billes qui roulent sur le bord du trottoir. Mes yeux touchent par terre. Mon utérus s’éveille et la douleur. Je n’avais jamais entendu sa voix. Je ne sais pas qui je suis. Je ne me connais qu’endormie. Je me porte éveillée comme un présent coupable. Le reste m’importe peu et je lui donne la plus grande place possible. Au bout de moi un tu né, jamais moi, jamais moi, jamais moi. Je dépose tout – les armes, les larmes, les mots et je m’engouffre dans la maigreur et le silence – si peu confortables à mon organe nouveau né. Mais il le faut. Chut, le silence, il faut y retourner. Là où tu t’es tu. Tu t’es tue. Tu t’es tuée. Car c’est la seule existence que l’on t’offre, où l’on te tolère. Vous ne voyez pas mon visage quand j’écris. Et c’est tant mieux car vous ne me reconnaitriez pas. Enterré mon utérus comme on enterre le placenta. Parce que c’est une vie antérieure. Chut tu parles encore. Je …

Plus loin j’aurai appris le silence. J’aurai apprivoisé le jour muet.et je serai heureuse de cette ablation bien que morte.

Chut. Tu n’obéis donc pas. Tu ne respectes donc rien. Le silence est ta survie. 

Oui c’est ma mort et ma survie. 

Écriture automatique – 9 avril 2018

Dans son lit j’accouchai bien malgré moi. Les diamants perlaient sanguinolents. Je ne savais que dire. De l’avoir vue dormir peut-être je me réveillai dans un corps transformé. Elle m’avait invitée à y entrer et cela m’avait semblé naturel, naturel aussi d’y voir pousser de l’ail et d’autres épices. Les oiseaux se cachent pour mourir avait révélé son secret. Je ne suis que viscères, sang, boyaux – je ne peux plus le nier – et cela ne sert enfin plus à rien. C’était un étalement – complet – le premier – et ça prenait de la place – un étalement après errements. Et pourtant je ne dormais pas. Et pourtant l’accouchement se faisait sans moi. De sa main elle m’avait couchée à côté d’elle, contre elle et sans mon étonnement, juste une hésitation. Pour une fois,je n’avais pas envie de casser, de rompre, l’ennui ne m’effrayait pas, et qu’importent les regards ennuyés,que je les ennuie, qu’ils s’endorment à la lecture, j’étais éveillée bien au-delà. Le lendemain il y avait ces plantes, poussées, apparues en une seule nuit de tendresse, un réveil violet, avais-je saigné ? , Rien à manger, rien à boire et l’indifférence par rapport aux besoins du corps – je regardais les plantes étonnée de les avoir accouchées, elles étaient laides comme la vie et je les aimais. J’attendais la nouvelle tombée du jour pour que tout recommença. Je n’arrivais pas à sortir de cet état, à le briser, comme j’en avais l’habitude, l’habitude du coup donné là où il faut pour abattre le voile, mais là rien. Mes bras, ma force, étaient suspendues. Je pense que j’avais rencontré ma maîtresse. 

Ecriture automatique – 6 avril 2018 –

Le train déraille dans mes veines. La nuit a été sur le fil de la violence. Elle me prenait par les bras et me faisait tourner, les bras entrecroisés avec les siens, je pense au jeu de la marelle, en me criant « Sale Pute », de l’eau sort de sa bouche, j’essaie de répliquer mais je n’arrive qu’à cracher lamentablement sans l’atteindre. Depuis le temps que les hommes meurent, la terre a une indigestion. Il faut arrêter là et arrêter de donner à la terre cette nourriture infâme qui la remplit de pourriture. On a tourné ainsi jusqu’à ce que je me dise qu’à tout instant elle pouvait me lâcher , j’ai alors ouvert les yeux. Peut-être que je jouais tous les rôles. Je me suis dit : « et maintenant tu ouvres les yeux et tu te réveilles ». Et j’ai obéi à ce conseil avant que ses bras ne lâchent les miens et que je me sente partir fracturée sur les murs de cette petite relation d’une nuit. Ce constat qu’il ne pouvait en être autrement que la terre soit au bout du rouleau et qu’elle ne pouvait plus réellement donner naissance qu’exceptionnellement – que la plupart du temps, c’était déjection. Qu’elle avait fait de son mieux. Son possible. Et que là n’y avait plus que l’impossible. Je ne sais pas très bien comment les animaux s’en étaient sortis, comment ils avaient fait pour ne pas être pervertis par la terre infestée d’hommes, comment ils continuaient à faire leur nid. Envers et contre tout. Il y a une chose dont je ne me souviens pas c’est le timbre de sa voix quand elle disait « Sale Pute » – je ne sais pas si elle était caverneuse ou suraigüe, c’était un « Sale Pute » sans voix, juste une image, quelque chose qui tourbillonnait autour de moi, une femme sans son. Le train déraille dans mes veines et je l’arrête en ouvrant les yeux.

La femme-artbre (2)

La femme-artbre (1)

La nature reprend toujours ses droits. Droit vers la nature tordue pour accueillir nos creux – Aristote a-t-il raison dans sa théorie des fluides ? La sève n’est-elle pas plutôt le lait maternel que le fruit du désir – on dit qu’il faut sept mille calories pour survivre à moins deux degrés – combien en faut-il pour survivre dans le fluide glacé des échanges humains ? C’est la femme qui cache l’être humain, la femme toujours en trop, toujours trop, pleine, que ma forêt ne peut cacher, elle est là, et je conçois qu’elle soit écoeurante, étouffante, comme la mère trop aimante,haïe-me-hante, l’artbre est toujours là debout dans le paysage, est-ce pour cela que les hommes s’escriment à les abattre, sans relâche, ils abattent les artbres comme s’ils castraient la vie, et les femmes en transparence. La femme apparaît toujours pourtant, crèvera-t-elle un jour ! , peut-être renaîtra-t-elle en eux un jour, elle grandira à travers leur corps, une racine qui les transpercera, et peut-être aussi les figera-t-elle, cette grande peur qui font des hommes des guerriers depuis si longtemps, ils combattent la femme qui pousse en eux, comme un pénis mal placé, et ils se tuent et tuent les femmes et enfants, et les artbres, qu’ils abattent, peut-être un jour, un guerrier viendra se mettre à la place de cet artbre arraché, dans le cratère qu’aura laissé l’oeuvre des autres, il se plantera, à la place des bites à perte de vue, peut-être un seul se plantera et se laissera traverser, caresser, par une artbre qui poussera, le transperçant, sang, peut-être est-ce cela la religion du christ, mais qu’en avons-nous fait, de cette homme-femme, peut-être un deuxième viendra et se plantera, là où tous les autres auront déraciné, il se plantera pour retirer la race des genres et la mélangera, peut-être que cet homme-femme arrivera, alors peut-être ne craindrons-nous plus le soleil.