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Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

Carnet de printemps – 9 mai 2020

9 mai 2020.

Quelle force faut-il pour résister à la norme-mâle.
On aurait pu croire qu’elle allait vaciller en ces temps incertains.
Mais elle est la mère du capitalisme : elle fait feu de tout bois, comme lui.

Je suis devenue moche le jour où j’ai commencé à dire des mots que personne n’avait envie d’entendre. Où j’ai commencé à dire des choses que seuls les “étalons” en place pouvaient s’autoriser à dire ou à ignorer.

La gauche est toujours minoritaire disait Gilles Deleuze. La raison en est que l’étalon, lui, est toujours mâle. Il n’y a nulle part où l’on se tourne autour de nous, un étalon féminin. Le mot lui-même dit la chose. Même des endroits où physiquement l’homme n’est pas, la norme mâle est omniprésente. Même dans des groupements féminins.

Je suis devenue moche le jour où l’ambition, le deuxième fils de la norme-mâle, cette avidité du pouvoir, ne m’a pas séduite et où dès lors je ne suis pas devenue un produit qu’on allait pouvoir utiliser.

Je suis devenue moche le jour où j’ai crié cette invisibilisation permanente, cette réduction au silence de toute parole que j’avais pu prendre ou prendrais encore sans y être autorisée et avant moi, la parole de tant d’autres.

Je suis devenue moche le jour où j’ai refusé que le mot travail soit systématiquement associé au mot souffrance – tous deux, des frères siamois, sortis du ventre de l’étalon monstrueux qu’est devenue notre société et portés aux nues.

Je suis devenue moche le jour où j’ai compris que même les adversaires du capitalisme jouaient de cet étalon et que vouloir marcher sans galoper, vouloir vraiment autre chose, du plus profond de mes entrailles, était obscène – comme le sont mon vagin – mon clitoris – mon sexe.

Je suis devenue moche le jour où j’ai arrêté de vouloir fonctionner bon an mal an avec cet étalon, cette norme-mâle. Le jour où mon corps a refusé. Et j’étais devenue moche avant cela, en essayant tous les jours, comme des millions de femmes, de “faire avec”, sans l’accepter, parce que dans un besoin affectif et social qui ne laisse pas le choix à la personne qui le ressent.

Je suis devenue moche le jour où j’ai vu que tous les changements qui étaient appelés étaient issus d’un même genre, d’une même norme – que c’était juste la tribu à côté – mais qu’au fond, aucun mouvement, aucune association, aucun parti, aucun pays, aucun continent, aucune culture ne rendra compte de la complexité de ce masculin-féminin mais qu’aucun non plus ne ferait ce pas de côté qui permettrait un espace à cette réalité à tout jamais impénétrable.

Je suis devenue moche le jour où, à défaut de se tuer même au sens figuré, j’ai décidé d’exprimer tout cela – par des textes, par des chansons, par des refus, par des prises de parole indues.
Je suis devenue moche le jour où tout cela m’est devenu intolérable et que le silence s’est alors installé.

Je suis devenue moche le jour où aucun porte-parole de quoi que ce soit ne m’est apparu de manière univoque, n’a été acquis pour moi dans sa légitimité.
Je suis devenue moche le jour où toutes les prises de position, toutes les prises de parole, toutes les lettres et les appels ne vaudront rien à mes yeux s’il y a derrière une personne ou un groupement de personnes dans lesquels la norme-mâle est encore là profondément ancrée.
Bien des auteures en ont parlé de tout cela – je pense à l’instant, entre beaucoup d’autres, à Silvia Federici, à Starhawk , Olivia Gazalé.

Tout ce que je vois autour de moi est encore et toujours l’expression de cette norme-mâle jusqu’à la nausée – jusqu’aux défis lancés contre ses plus forts représentants – combats de coqs – et c’est avec elle qu’on enterre, depuis des siècles, cette joie de danser dont parle l’une de ces auteures.
Je suis devenue moche sans doute mais j’essaierai de la garder intacte.

une fois n’est pas coutume : revue de presse en confinement

En confinement, je m’oblige à écouter les journaux d’informations à la RTBF radio (la première) au moins une fois par jour.

Je m’oblige à assister au vide qu’ils représentent parce qu’en fait, rien n’y est communiqué : des chiffres (froidement), une vision sempiternellement rassurante (voire paternaliste), une absence totale d’analyse (un minimum critique).

Jamais de toute ma vie je n’ai ressenti autant le fait qu’une radio publique puisse être la porte-parole idéologique de la politique. Le malheur est en France, en Italie, aux USA mais chez nous : rien. Tout va bien. Ou presque. Merci, aurevoir.

Dans les journaux, puisqu’il faut se dire que c’est ce qui est le plus écouté, aucun pas de côté n’est même ne fût-ce qu’esquissé.

A côté de cela, après nous avoir expliqué en quoi pouvoir payer jusqu’à 50 euros sans contact (sans code) était the revolution of the con-finement, cela fait 4 ou 5 fois qu’après le journal de 13h, il y a l’éternelle « Parlons Business » qui aborde le sujet de la « smart city », en en faisant purement et simplement l’apologie (voir liens ci-dessous). La Smart city, c’est celle où tout et tous et toutes sont connectés. Pour le bien de tous évidemment (ouarf). Je vous laisse la surprise de l’intérêt incroyable de cette nouvelle « ville »… pour nos libertés. Ca se passe sur la première RTBF radio publique, en temps de crise sanitaire et de confinement, et non, non, ce n’est pas de la propagande idéologique du tout…

Entre ceux qui agitent le diable ( dont la DH qui joue son rôle populiste jusqu’à la caricature) et ceux qui tentent de l’étouffer, en Belgique, il est devenu clair que notre pays souffre d’un énorme déficit de clairvoyance et d’humilité.

Je ne sais pas vous mais moi, je serais rassurée si des politiques, des scientifiques, des médecins et des journalistes osaient dire : « En fait, on ne sait pas. On n’a pas voulu voir. On n’a pas vu. »

S’ils ajoutaient « Maintenant, on est un peu dans la merde mais on va se débrouiller pour que chacun s’en sorte le mieux possible sans foutre en l’air le monde, la nature, et vos droits et libertés », ce serait évidemment un plus (on peut rêver non dans un cauchemar ? )

Mais ceci ne se passera pas. Sans doute parce que cela fait des années, des décennies, qu’on nous éduque à être toujours plus indifférent à la misère des autres, qu’on nous éduque au TINA, qu’on nous fait avaler le jeunisme à outrance, qu’on nous fait avaler la méritocratie et qu’on ne se réveille pas en un matin d’une longue nuit qu’est l’humanité enterrée.

Ils ne le feront pas non plus parce qu’il y a la peur. La peur justifiée d’ailleurs d’une colère qui se réveille et qui parte dans tous les sens. La peur d’un désordre démasqué. Ce désordre qu’est l’humanité et duquel chacun essaie de fuir à chaque fois qu’il se regarde dans la glace.

Je sais : tout cela est connu depuis longtemps. Mais il me semble qu’en ces temps anxiogènes, il faut résister d’autant plus à cet endormissement général et à la tentative actuelle de nous mettre la dose mortelle.

Voilà ma petite revue de presse du jour. Lisez et puis écoutez de la musique, prenez un carnet, écrivez, dessinez, hurlez et gardez bien toute cette énergie pour la canaliser dans un « après » qui risque bien d’être mis sous sédatif.

https://plus.lesoir.be/…/carte-blanche-la-belgique-est-deso…

https://www.bastamag.net/Covid-deces-obseques-deuil-ceremon…

https://www.rtbf.be/auvio/detail_parlons-business?id=2622575

https://www.rtbf.be/auvio/detail_parlons-business?id=2622576

https://www.rtbf.be/auvio/detail_parlons-business?id=2622577

E.A. -11 avril 2020 – carnet de printemps

Accrocher la pensée
Si haut
Qu’aucun nuage ne l’atteigne
 
***
 
Je n’ai pas l’âme poète
J’ai l’âme révoltée
 
***
 
La poésie toujours recouverte d’une fine couche de révolte
 
***
 
Couper une brindille d’herbe
En deux.
Activité favorite enfant.
 
***
 
Con fraternellement
 
***
 
Être tous
Les cent riens
 
***
 
J’aime sans allers-retours
J’aime sans raison
J’aime enfermée
Je n’aime pas enfermer – contradiction
J’aime libre
J’aime la liberté
J’aime trop la liberté
Ca me joue des détours
J’aime tout
Pour un rien
J’aime rien
Pour tout
J’aime le soleil parce qu’il y a la lune
J’aime la paix parce qu’il y a la possibilité de la guerre
J’aime tout quand je n’aime rien
C’est pour l’eau qui coulera sur lui
Que l’homme aime tant se rouler dans la boue
C’est pour le pansement qu’il déposera
Que l’homme aime tant se battre
On ne peut jamais que
regarder une de ses propres faces,
un de ses propres profils
Mon cul ne dit jamais bonjour à mon nombril
 
***
 
Pour me guérir, j’écris.
Quand je suis guérie, je peux jouer de la musique.
Ou le contraire !
 
écriture automatique – 11 avril 2020

Carnet de printemps – journal – 11 avril 2020

11 avril 2020

 

Quand je suis arrivée dans une école supérieure de musique justement appelée “conservatoire” (je me suis toujours dit que j’allais rechercher l’origine de ce titre, cela doit avoir un lien avec son actualité ! ), il y avait une phrase de prof que les élèves répétaient à l’envi : “Il m’a dit qu’il fallait refaire toute ma technique”. C’était une phrase qui avait le talent de faire hérisser les poils de mon cerveau. Un peu comme si, après avoir parlé pendant 18 ans, on vous disait : vous devez réapprendre à articuler, à parler, à faire des phrases. Aussi comme si on vous disait que la beauté de la nature sauvage ne rentrait pas dans les dimensions d’une boîte de conserve d’usine. Donc cela me révoltait. Heureusement, aucun prof n’a osé la prononcer devant moi. Ou malheureusement, chacun juge ce qu’il en est.

Aujourd’hui, cette phrase me revient, entourée de tout le mépris dont le monde artistique peut faire preuve.
Surtout elle me revient parce que c’est ce qu’on aurait envie de hurler au monde, aux politiques, aux grandes entreprises vissées à leurs dividendes, chacun ronge le frein que la nature lui impose.

 

On dirait : “faut refaire toute votre technique” ou plutôt “faut refaire toute la nature”.

 

Et il faut le dire. Cette fois. Il faut le dire.

Mais, contrairement à l’enseignement qui sévi(ssai)t dans les conservatoires, il ne faut pas le dire pour contraindre le monde à devenir contre-nature, semblable à des objets industriels, c’est tout le contraire même.

 

“Il faut refaire le temps”. “Il faut refaire la poésie”. “Il faut refaire le sauvage”. “Il faut refaire le “pas parfait”. “Il faut refaire ce qui ne rapporte rien qu’un peu de quelque chose d’indéfinissable”. “Il faut refaire ce qui ne rentre pas dans les cases”. “Il faut refaire des contacts simples”. “Il faut refaire la musique juste pour les oiseaux”. “Il faut refaire les non-plan de carrière”. “Il faut refaire le médecin de famille qui écoute pendant une heure”. “Il faut refaire le plaisir de se coucher dans l’herbe”. “Il faut refaire les musiques qui s’apprivoisent et ne se prostituent pas”. “Il faut refaire les mots qui se donnent dans la rue”. “Il faut refaire tout”.

 

Il faut refaire tout. Et en pensant cela, j’entends les mots de Rainer (René, transformé en Rainer par la fulgurante Lou Andréas-Salomé) Maria Rilke: “Sans craindre que l’été puisse ne pas venir. L’été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils avaient l’éternité devant eux.”

carnet de printemps – journal – 31 mars 2020

31 mars 2020
Aujourd’hui j’ai fait les fonds de tiroirs. Pour manger en évitant de sortir.

Serions-nous, serais-je capable de faire les fonds de tiroir de ma pensée. Fermer la porter au monde extérieur qui, aujourd’hui, dans l’intérieur permanent, est si envahissant.

 

Hongrie.
5G.
Mort d’un enfant.
Les femmes utilisées.
Retour en arrière. Non jamais. Jamais de retours en arrière. Toujours du neuf dans la destruction.

Faire les fonds de tiroir de nos histoires. Faire les fonds de tiroir de nos éternels recommencements. Faire le fond de tiroir de notre manque d’humilité. De notre esprit guerrier, d’envahisseur. Voir qu’on ne fait pas le poids. Qu’on ne fait pas le poids.

 

La bible avait raison sur un point : du paradis, l’homme a la capacité de faire un enfer.

 

Je fais les fonds de tiroirs. De la tyrannie. Individuelle. Collective. De partout.

 

Aujourd’hui, je suis restée fascinée devant un cerisier en fleurs. Mon corps disait : ne bouge pas. Le vivant est devant toi.

 

Les fonds de tiroirs. Avec le temps, nos articulations humanistes s’encrassent.

 

Mais, comme le dit Jean-Pierre Thiébaud, un jour, l’homme se rendra compte qu’il est fait pour vivre heureux.

Qu’il est fait pour vivre heureux.

Carnet de printemps – journal – 28 mars 2020

28 mars 2020

 

Je pense au début de l’épidémie SIDA. J’étais très jeune à l’époque. Mais je me souviens de la stigmatisation. Les malades étaient coupables – la responsabilité pointée du doigt : leur homosexualité. Les choses ont mis du temps. Au moment où les politiques se sont rendues compte – ainsi que la population – que ce n’était pas “que” les homosexuel.les qui étaient atteints, ils ont commencé à (un peu) se bouger. Recherches médicales (à quelle hauteur ? ), recherches de traitement. Mais lentement car “la méritocratie” pouvait quand même fonctionner. Et, contrairement au tabac, baiser ne rapportait (est-ce encore le cas ? ) rien au capitalisme (baiser réellement je veux dire). On ne pouvait plus (et on ne peut toujours plus) se toucher intimement sans protection.

 

Aujourd’hui, on ne peut plus se toucher socialement sans protection.

Certes, les politiques se bougent un peu plus. Parce que, comme me le disait un proche, un PDG peut autant être touché qu’un ouvrier. Un fumeur qu’un non-fumeur. Etc. Un riche qu’un pauvre. D’où (un peu d’) agitation dans les hautes sphères.

 

Alors il a fallu remettre de la méritocratie dans tout ça. Que ceux qui ont les moyens de se confiner le fassent – que ceux qui ont les moyens de le faire confortablement le fassent. Et que tous les autres soient verbalisés et culpabilisés.

Interdire les voyages en Italie dès janvier ?

Dans un monde où “tout le monde” a le droit à son “petit bonheur consumériste”, comment ne pas voir qu’une telle décision allait évidemment impacter ceux pour qui un tel voyage n’était pas anodin, ceux pour qui voyager est rare ? comment expliquer à la population à qui les politiques (de gauche et de droit)  apprennent depuis des décennies le consumérisme que tout à coup, pour une question sanitaire (encore floue à l’époque), on le prive de ce “petit plaisir” ?

Il n’y a pas de responsabilités individuelles – elle est collective – sur la tête de chaque politique, chaque entreprise, chacun d’entre nous impliqués jusqu’au cou dans ce “grand marché qu’est devenue la vie.

 

Ce n’est pas un appel à la désobéissance – parce qu’aujourd’hui, la désobéissance ne vaut malheureusement pas mieux que l’obéissance. C’est un constat que là où le hasard, la malchance agit, il a fallu remettre de la culpabilité. Et que le consumérisme continue son chemin.

 

On dit : on ne peut pas tout prévoir. Certes. Pourquoi avec la grippe H1N1, le matériel avait été acheté  ? Et cette décision fortemement critiquée, idem pour les vaccins ? Tirerons-nous les leçons de cette critique ? Ceux qui critiquent le manque de matériel aujourd’hui ont-ils critiqué les dépenses faites à l’époque pour ce qui n’est finalement pas arrivé ?

 

J’aimerais écrire sur autre chose.

Ma tête ne peut cependant pas aller ailleurs que dans ces questionnements.

Toi aussi tu  juges. Moi aussi.

La philosophe que j’écoutais il y a quelques jours disait : il n’y a plus de causalité. Elle voulait dire, selon moi, que la responsabilité n’est plus aussi (l’a-t-elle été un jour ? ) facile à attribuer. `Ce qui aurait le pouvoir de nous ligoter. Mais qui devrait plutôt nous libérer. Nous libérer des accusations vaines et simplistes. Nous libérer aussi de ce besoin de nous rassurer. Nous libérer enfin de ce muselage. Être sur la corde. Voilà peut-être la devise.

 

Être sur la corde – toujours. Trembler, certes mais ne pas basculer. Ni d’un côté. Ni de l’autre. Car pour être sur la corde, il faut avoir les yeux grand ouverts.

Carnet de printemps – journal – 19 mars 2020

19 mars

 

Tout dérange.

Tout dérangeait déjà mais pour une raison mystérieuse, les gens le supportaient.

 

Hier, en même temps que ma fille qui parlait, j’ai écouté une philosophe.

J’ai retenu trois choses.

 

La logique est faible.

C’est l’absence de problématisation qui pose problème et non le fait de ne pas trouver de solution. Il n’y a plus de causalité.

Nous sommes tous des êtres mutilés.

 

Ces mots résonnent en moi : nous sommes tous des êtres mutilés. Non pas par l’enfermement, mais parce que dans nos modes de vie et d’éducation, nous sommes tous amenés à devenir aveugles à une grande part de l’humanité, une grande part de la réalité, une grande part de notre esprit.

 

En ces temps, que devient le désir ?

Il y a quelques années j’avais écrit ceci :

 

L’extérieur entre à l’intérieur
je deviens terre, homme, histoire
il n’y a plus de guerre

Alors mon corps ouvre ton ventre
devient arbre, ton écorce
disparaît
Mes lèvres plongent
– ma langue peut-être –
te connaître te connaître –
touchent tes racines
ta terre intérieure

Il n’y a plus d’extérieur
il n’y a plus d’extérieur
je suis un couteau
et j’entre sous ta peau.

*

 

Je pense au toucher.

 

Ce regard en arrière doit sûrement être insupportable à certains – comme tout le devient – d’où je parle ? Je pense ne même pas parler de là où je suis. Je parle d’un ailleurs qui est moi et que je ne connais pas.
Depuis janvier j’avais choisi le silence.

 

Ma mère disait : “ne jugez point et vous ne serez point jugés”.

Chacun, je pense que c’est ce que dit Spinoza, essaie de perdurer dans son être.

 

Chacun essaie de perdurer dans son être.

Nous sommes tous des êtres mutilés.

La logique est faible.

 

Peut-être demain, je ne parlerai pas.