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Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

Ecriture automatique – 19 août 2017

Qui s’en charge de me décharger ? Personne. Personne se charge du déchargement des autres. Chacun se décharge. A sa décharge. Je me décharge de ta charge, décharge-toi, décharge-toi en moi, dé-chance-moi et qu’on en finisse de ces chargements incessants. Qui se charge de mon déchargement ? Qui se charge de me charger ? Faut un peu de charge pour commencer dans la vie. Faut en avoir un peu gros sur le coeur, sinon remplis-toi du vide, du vide remplis-toi, qu’il envahisse tout l’espace de tes membres et de ton tronc, comme un arbre mort, laisse le vide monter en toi comme une sève, tu sais bien, tu sais bien, pas de charge pour toi, pas de change, pas de charge, déchargement immédiat aucun embarquement, aucun embarquement, barque barque beurk, qui s’en charge vraiment de tes désirs, du fond de ta gorge, dans tes poumons, qui s’en charge de la charge sur ton dos ? Qui s’en charge ? Tu charges, tu décharges, ta vie est un dé-chargement permanent, t’en as gros sur le dos, t’en as plein le coeur, chargement charmant tu aimerais entendre mais il n’y a que la charge devant tes yeux, tu essayes de décharger, tu cours, tu trébuches sur la charge d’un autre, sur le chargement d’un plus malchanceux tu t’écroules comme une charge que le monde ne soutient plus, n’a jamais portée, tu laisses tomber ton fardeau parce que ton fardeau, c’est toi, tu le comprends en t’écroulant parterre, que la charge tu ne pourras jamais t’en défaire tant que le monde ne changera pas sa charge puisque la charge, dit-il, c’est toi.

Ca s’arrache, ça arrache, ça charge et ça arrache, ça arrache les araignées du monde chargé, ça arrache les arachnées, les arraches, les arraches, les âmes rêches.
La chaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarge. Charge. Chhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh-rage.
En-rage la charge. En-rage la charge. En-rage la charge.

Écriture automatique – xx juillet 2017

Tout l’alphabet. Tous à l’alphabet. Je me suis défait du passé. J’ai cassé l’enchantement. En moi c’est la dérive des continents du temps, je n’ai plus rien à voir avec le passé, je le vois au loin, je ne l’enterre pas mais il ne touche plus les terres de mon présent, je le regarde, lointain, comme une épreuve qu’on ne devra plus repasser, et mon présent ne tombe plus dans le même passé, mon présent est un présent perpétuel, les jours s’écoulent dans une ouateur que j’aime me rappeler, m’y vautrer, je me vautre dans le doux présent, je suis sur les hauteurs, seule, la dérive s’est faite sans déchirement, l’accouchement a eu lieu, du passé mort-né, ma vie est rose du sang versé, tous ces morts laissés derrière moi, trop lourds pour les emporter, trop lourd de marcher ensemble, ça tire, I am your man, et c’est tout, il n’y en a qu’un seul que je voudrais baiser, et c’est le temps. 

Écriture automatique – 16 août 2017

On prendrait juste des positions pour remplir mon imaginaire. Juste os contre os.

Je te vois passer dans la rue. Toujours en travail, vers soi, vers les autres. Cherchant sans cesse ton reflet, ta place, tes désirs, ton empreinte. Toujours fragile. Je voudrais vous prendre toutes dans mes bras. Je vous désire, sans objet, sans geste. Ces êtres qui marchez sur cette pente fragile, vers ce quelque chose qu’on vous a attribué et aussitôt retiré, toujours en recherche vous êtes, de ce Graal féminin, j’ai envie d’être chacune d’entre vous, vous êtes multiples, infinité, visages qui donnent l’eau à la bouche. Je voudrais me mettre dans le creux de vos gestes, être toutes et chacune, délire incarnation. Vous ne comprenez pas ce que je vous dis ? Je vous hais-me ! Je vous hais-me ! 

Fermons les yeux. Mes mains sont attirées par vos corps tout en restant immobiles. Une sensation douce-amère de ne vouloir bouger, le contraire d’un désir qui serait encore un désir. 

Écriture automatique – 16 août 2017

Je suis sur le pas de la porte. Toujours sur le pas de la porte. C’est là que je me sens bien. Le pas de la porte. La porte qui dit non. Le pas de la porte de tout ce qu’on ne fera pas. Le pas de la porte, le pas que je ne ferai pas. Le pas de la porte ouverte. Je suis sur le pas de ma vie. Le pas, ce non que je prononce sans cesse. Pas ça. Pas ça. Le pas de ça. Le pas de danse. Le pas de danse. Celui que les corps mettent en scène. Le pas de mes ancêtres. Le pas de mes animaux. Le pas de ma chatte. Elle dit «pas pas pas» passe ton chemin. Elle dit «pas pas pas» assez. Je suis sur le pas de ma chatte. Cette porte qui parfois se ferme au monde dont elle est l’origine. Je suis sur le pas de mon animalité. Je lui marche sur les pieds. Je lui fais mal. La douleur est une chose qui l’étonne. Je suis sur le pas d’une histoire, ce qu’elle ne contera pas. Je suis sur le pas de ce monde absurde, je suis sur le pas de la communauté des hommes qui marchent au pas. Pas. Pas. Pas. Pas. Non pas. Non pas. Non pas. Non pas ça. Non pas ça. Non pas ça. Passage du temps qui sauve les hommes et les perd par le même temps, passage, pas sage. Pas sage, je suis sur le pas sage de ma vie. Le temps passe trop vite avec toi. 

Écriture automatique – 15 août 2017

Dans la mer de mon amour je ne tire pas sur. Mauvais départ. Marche arrière impossible. Le blanc comme une obsession actuelle. Toutes les mères  se rejoignent. Toutes les mers se ressemblent au-delà du rivage. Je parlerai de toi. Je parlerai de vous. Le temps, je l’étale. Au-delà de moi, j’aimerais me taire. Je palpe ton corps en devenir. Je dois survivre à sa présence. Mais la mort me semble calme si elle lui ressemble. La mère indigne vient toujours frapper à la porte, tous les chemins y mènent quoiqu’on se perde. Je mettrai des refrains dans ta vie qui seront des îles de plénitude. La mort me semble belle, si je pouvais enfin l’accepter ! Mais je me bats. Je me bats pour vivre. La moindre parcelle d’un autre pays. D’une autre peau. D’un autre corps. AUTRE. Quelque chose d’étranger, d’inconnu. Pour ne pas fondre dans tes gestes, dans tes mots. Je vole. Pour voler. Je vole. Pour voler. Je vole. Je vole. Ton rire poursuit la mer indigne que je serai toujours, que je resterai malgré moi. L’eau déborde. La vie m’a ainsi faite. J’ai ainsi fait ma vie. 

Arrêt. La foule. Les autres sont une énigme. Dans l’intérêt qu’ils portent aux autres. Et toi. Comment vis-tu ? Aimes-tu ? As-tu aussi du ciment qui te lie à la terre ?

Arrêt. Je n’ose imaginer. Le poids de l’inconscience sur les malheureux. Malheureux, est ce être mal dans le bonheur ?  Heureux et mal ? Tous ces mâles heureux. Comme des imbéciles. 

Le jour J n’arrivera jamais. C’est trop compliqué. Que le bon sens règne enfin. L’esprit des hommes serait, devrait être une surface plane. Là, c’est un labyrinthe sans fin. Faisons en sorte qu’il devienne un réseau, un rhizome, une constellation, même les étoiles mortes auront leur mot à dire. 

J’écrirai une chanson triste pour qu’au monde ne reste que la joie. 

Écriture automatique – 11 août 2017

J’ouvrirai mon carnet pour écrire une chanson gaie. Tous les fils démêlés, une chose que l’on ne pouvait imaginer. Est-ce que les hommes un jour vivront différemment ? Comprendront-ils quelque chose un jour ? A quel moment le divorce où les mondes se séparent et où l’on glisse dans la noirceur ? Lâche. Lâche. Lâches. Lâche les lâches. Mes mots sont du vomi que je ne dois pas retenir ça tache tout le monde mais après l’atmosphère s’allège. Je vomis ma conscience et le contrôle de soi qui empêchent le chemin, qui tuent dans l’oeuf, et l’oeuf se transforme en bouillie. Lâche, lâche, lâche les lâches. Tu es le la, ne t’arrête pas aux si, lâche les lâches dans leur nature, enfuis-toi avec ton la, la la la, lalala lalère, lâche-toi, lâche-toi dans les prés, lâche-toi en rue, lâche-toi, regarde-toi décoller, sans laisse, lâche tes mains sur le sol englué, tes pieds sont hauts, ta tête n’existe déjà plus, tu es un assemblage, juste un assemblage, lâche, laisse-le respirer, laisse-le exploser, tes particules sur les murs, sur le trottoir, lâche ta construction sociale, comme un fragile équilibre que tu essayes de tenir, et de vanter sur la table d’un restaurant, des cartons de bière, lâche lâche lâche ne tiens que ce qui fait avancer, tracer ton chemin, ou quelque chose de joli qui ravit tes yeux, lâche les lâches, les chiens de ta conscience et de ta bienveillance, lâche-les, ne sois pas lâches, ne sois pas lassée, ne sois pas classée, ne sois pas lâche, dis la lâcheté. 

Écriture automatique – 8 & 10 août 2017

J’ai écrit tant de phrases, de longs trajets parcourus, quand mes souliers seront-ils usés ? Trempés de pluie provoquée en moi. Pluie chaude ou pluie froide. Comme tout le monde je n’aime personne et moi, à peine. J’ai une énorme compassion pour eux, ils ont à mes yeux toutes les excuses, moi, je ne m’en trouve aucune. Bêtes de somme, assommées pour des rituels qui vous agacent mais vous ne pouvez vous en passer. Votre chemin vous ennuie mais c’est bien celui que vous empruntez à chaque fois, c’est bien dans celui-là que je peux observer vos empreintes, j’avoue, que ferais-je si vous faisiez des pas de géants ? Il n’y a rien à gratter ce soir. Je cherche une lueur sous les mots mais rien. J’ai besoin d’images et les sons m’appellent. Les mots s’entassent dans un coin, dans ma tête ils se ressemblent tous, ces bouts de phrases, je suis comme une enfant gâtée qui ne sait plus que faire de ses jouets. Je suis heureuse et ne sais pas pourquoi et cela seul me rassure. 

/

Parfois tu sais que tu ne pourras pas serrer la réalité jusqu’à ce qu’elle tombe en miettes. 

(8) 

/

Nous étions formidables dans nos esprits blancs comme neige. Et cela faisait longtemps qu’il ne neigeait plus dans nos pays mentaux. 

Nous étions formidables dans notre jeunesse sans fin brillante comme une étoile déjà morte. 

Nous étions formidables et s’ouvre à moi le présent qui pourtant ne s’invite pas dans mes mots. Car je m’en fous que nous ayons été ou non formidables ou décadents – dégénérés dans nos amours étriqués comme le vêtement d’un grand frère ou d’une grande sœur, maintes fois lavé. 

J’invoque le présent, ce qui appartient à chacun sans devoir rendre des comptes, ce présent où nous sommes tous légitimes, à faire taire le passé, à l’ensevelir comme la mer vient détruire la forme des dunes et des châteaux de sable. 

Nous étions formidables dans nos châteaux de sable mais qu’importe, à présent que les vagues nous élèvent bien plus haut, bien plus loin, et offrent à nos lèvres le goût salé du présent adoré. 

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