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Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

Ecriture automatique – double passage – 26 juillet 2021

Je. Puuuuuuuuut. Qui sait ? Puuuuuuuuuut. Où suis-je ? Puuuuuuuuut. Peut-on en être sûre ? Puuuuuuuuut. Une peau. Puuuuuuuuut. Un désir. Puuuuuuuuut. Merde je montre mon corps. Puuuuuuuuut. Et le poids du monde me tombe dessus. Puuuuuuuuut. Comme le sexe intrusif. Puuuuuuuuut. T’avais qu’à pas. Puuuuuuuuut. T’avais qu’à pas. Puuuuuuuuut. T’avais qu’à pas te déshabiller. Puuuuuuuuut. Comme la jupe dans la rue. Puuuuuuuuut. Tu es coupable par principe. Puuuuuuuuut. Tu es coupable de la lubricité. Puuuuuuuuut. Qui dit ça ? Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. La ligne est parasitée. Puuuuuuuuut. Qui dit ça ? Puuuuuuuuut. Allô ? Allô ? Puuuuuuuuut. Le corps est coupable. Puuuuuuuuut. Nu, il n’a droit à aucun procès. Puuuuuuuuut. Ainsi va le monde beau. Puuuuuuuuut. D’un côté les méchants. Puuuuuuuuut. D’un côté. Puuuuuuuuut. Et d’un coup tu peux tomber de l’autre côté. Puuuuuuuuut. Si tu enlèves le haut. Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut . La ligne est parasitée. Si tu enlèves le haut. Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. Tu entends ? Puuuuuuuuut. J’entends plus rien. Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. Attends ! Puuuuuuuuut. J’entends plus rien. Puuuuuuuuut. A toi. Le monde qui fonctionne mâle.
Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. La ligne est brouillée. Désolée. Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. Pffff j’entends rien. Puuuuuuuuut. Plus rien n’a de sens. Puuuuuuuuut. Tu es coupable. Puuuuuuuuut. Tu sauras pourquoi. Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. Discours. Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. Puuuuuuuuut. T’enserrent. Puuuuuuuuut. Lions. Tu es rentrée dans la cage. Puuuuuuuuut. Coupable. Puuuuuuuuut. T’as rien à dire. Tu coupes la tête ou on te la coupe. Puuuuuuuuut. Tu n’as plus de défense. Puuuuuuuuut. Plus de melodie. Puuuuuuuuut. Plus d’humour. Puuuuuuuuut. On peut te cracher dessus. Puuuuuuuuut. Allé ! Crachons dessus ! Puuuuuuuuut ! Puuuuuuuuut ! Puuuuuuuuut ! Qui ne crache pas ? Puuuuuuuuut ! Puuuuuuuuut ! La coupable suivante ! Puuuuuuuuut ! Ça nous changera les idées ! Puuuuuuuuut ! Putain de ligne brouillée ! Puuuuuuuuut ! Les idées suicidaires ! Puuuuuuuuut ! Changer d’air ! Puuuuuuuuut ! Rien ne se crée. Puuuuuuuuut ! Puuuuuuuuut ! Rien ne disparaît ! Puuuuuuuuut ! Tu seras ! Puuuuuuuuut ! Tu es ! Puuuuuuuuut !

Écriture automatique – 13 juillet 2021

Aujourd’hui je n’allume pas la lumière.
Se définir en négatif.
Oser le faire.
Mettre bas les pensées fécondées in vitro dans un trou béant. Comme une chienne. Les laisser crever. Je suis une mère. Je peux accoucher de la mort. De la haine. De la bêtise. Je ne suis pas grande. Je ne suis pas top model. Je ne suis pas belle. Je ne suis pas un visage poupin. Je ne suis pas pleine de mystères. Je ne suis pas femme fatale. Je ne suis pas méchante. Je ne suis pas cruelle. Je ne suis pas époustouflante. Je ne suis pas olympique. Je ne suis pas une brise du vent. Je ne suis pas inatteignable. Je ne suis pas jeune. Je ne suis pas pulpeuse. Je ne suis pas sublime. Je ne suis pas renversante. Je ne suis pas exotique. Je ne suis pas classique. Je ne suis pas porcelaine. Je ne suis pas androgyne. Je ne suis pas compliquée. Je ne suis pas folle. Je ne suis pas sympa. Je ne suis pas photogénique. Je ne suis pas jolie sur tous les plans. Je ne suis pas sexy quoi que je porte. Je ne suis pas frêle. Je ne suis pas ça ni son contraire. Je ne suis pas craquante. Je ne suis pas drôle à tout moment. Je ne suis pas douce. Je ne suis pas sûre de moi. Je ne suis pas fragile. Je ne suis pas inoubliable. Je ne suis pas longiligne. Je ne suis pas reine. Je ne suis pas princesse. Je ne suis pas diva. Je ne suis pas indifférente. Je ne suis pas libre. Je ne suis pas libérée. Je ne suis pas experte. Je ne suis pas sportive, et gracieuse, et intelligente, je ne suis pas le bon numéro. Je ne suis pas inaccessible. Je ne suis pas une beauté incendiaire. Je ne suis pas une beauté froide.
Et je ne suis pas toute cette merde que le monde nous met dans la tête.

Ecriture autofoliante – 05/07/2021

Déjà ce matin, tu m’aimais moins. Nous ne savons pas à quoi ressemblerait le omnde si chacu.Ne laissait sa folie prendre la parole, prendre l’espace, kidnapper le temps. Vraiment on ne sait pas – notre cerveau est rempli de frontières, de barbelés et on se pAnse libres ? Par exemple, si ma folie m’habillait, je pense que je ne sortirais jamais sans une plante dans mes bras – sur ma tête ) ou grimpant le long de ma jambe. Si ma folie habitait tout mon être, j’appellerais chacun chacune à ne plus sortir, non pas sans vbêtement ou sans cmasque mais sans une plante. On se salu.r.erait par plantes interposées – on pourrait, en signe d’a·m·ffec·ti·our·on·itié, donner de là-h·eau·t à la plante que chacune chacun porterait à ses côtés, la plante serait notre mise à nu au monde, si la plante est vive, dressée vers la lumière, en appel de chaleur, si la plante est triste, si la lptane ne parle plus, … non on ne sait pas du tout ce que serait la monde si on ac·cueillait notre folie – On dit le monde est fou mais s’il a une chose pas du tout folle ici-bas c’est le monde, le monde est carré comm un jardin des villes – si vraiment on touchait du doigt la folie, on n’en serait pas là, à ramer nos contra·ts·dictions, à articuler, à mijoter nos misères, à exclure, exclure, exclure, ce maître-mot de la survivance de bas-étage, vraiment si on faisait un peu de place à notre folie, ça exploserait dans toutes les sens, les couleurs, ça r·irait partout, on n’aurait plus besoin des béquilliiiiiiiiiies de la rationnalit’esrien des théo·ries, et que je te mette tel CIStème dans la gueule, non plus rien de tout ça, le monde deviendrait exponentiel, tu sais ça ? La terre aurait une tête de plus au moins, elle souririait, si notre folie pouvait parler, ce serait une musique formidable, d’une puissance qui rejeterait ce mot même, si la folie pouvait habiter ce monde, sion acceptait d’en être une parcelle, on ferait exploser nos cerveaux explosés, nos cervelles barrica.f.dées, tu sais ça ?, le monde appar·tiendrait à notre folie, on accepterait d’être propriétaire de Rien, notre corps boirait à la source, tranquille, jo·yeux, sans crainte, oui, tu sais ça ? , va arracher une brindille, mets-la en pot et reviens vers m·oi.

E.A. 30 juin 2021.

H(ors) S(érie)
Il aurait dû se voir détaler ! Je ne vais pas me taire il y en a marre que l’impunité de tous les tripoteurs de rue soit le vomi de ce monde, à peine qu’il avait mis sa main que je lui retirais d’un coup que j’aurais voulu bien plus violent, quelques pas et je me suis dit : je peux pas le laisser continuer son chemin tranquillou – je recommence à l’apostropher, à marcher après lui, lui tournant à la première rue perpendiculaire pour m’échapper, moi continuant à lui crier dessus, et lui dire d’avoir le courage de ses gestes et de revenir pour qu’on s’explique, marchant vite, lui finalement prenant ses jambes à son cou, tu aurais dû le voir, c’était drôle, si drôle, même pas pathétique, mon dégueuli, tu étais drôlement ridicule, et je te laisse rien du tout, tu vois, je te laisse même pas le plaisir de te masturber après tes méfaits, y en a marre, je te laisse même pas me faire regretter quoi que ce soit, y en a marre, mon corps est explosif, j’en jouis et j’en ai rien à foutre que ça te tente, je me suis mise à courir après toi, je t’aurais rattrapé c’est sûr, et je t’aurais mis mon poing dans ta tronche de débile, oui, c’est violent, et c’est le miroir de ce que tu fais subir à toutes tes victimes – monsieur le juge, vous vous êtes déjà fait tripoter les fesses par un inconnu dans la rue ? non ? ben alors vous avez juste le droit de vous taire – parce qu’en fait y en a marre de devoir en même temps subir les diktats du corps de la bonne meuf d’un côté et d’en plus ne pas pouvoir jouir de son corps en rue, j’ai ri mais j’ai ri en te voyant détaler, mettre tes mains dans tes poches d’imbécile et commencer à courir, j’aurais voulu être un pavé détaché du trottoir pour pouvoir te voir t’étaler en voulant détaler ta propre lâcheté, y a rien à dire, faut tout faire péter, j’en profite pour dire que c’est fini les spectacles où on donne à voir sans troubler, où on donne à voir ce qui veut être vu, tout exploser, tant pis si certain.es n’y comprennent rien, ce qui doit se montrer c’est l’incompréhensible, c’est justement ce qui ne se montre pas, tout faire exploser, c’est ça, et si j’avais pu faire fi de ce qui me reste de surmoi, j’aurais mis ta gueule dans le panier, parce que si je l’abîme, c’est à l’image de cette impression de dépossession quand ta main a touché mon cul, grand dégueuli de merde, y en a marre d’être soumise à toute cette merde, j’en ai rien à foutre de te gueuler dessus en pleine rue et que les gens se retournent , moi j’étais là et si t’avais eu un morceau de cerveau, je te l’aurais arraché vite fait, dans la rue, c’est fini d’être la victime, c’est fini d’être dans la peur, je suis violente et oui, je suis violente parce que c’est la seule réponse valable à ta violence d’imbécile que je peux donner moi toute seule en rue, je suis comme un chien oui, un sale cabot qui voulait mordre pour faire mal, ah mais j’ai ri à la place, j’ai ri, j’ai ri, j’ai ri en te voyant détaler avec tes petites jambes de non-être, j’ai ri parce que rien de tes délits ne pourra enlever un millième de ma jouissance d’être au monde, HOUHOUHOU, j’étais le fantôme de ta mère, le fantôme de toutes ces femmes qui ont subi tes violences, HOUHOUHOU, et t’as peur, putain, t’as détalé, t’avais peur là, ahahaha, j’ai joui de ta peur, mon vieux connard, oui, tu veux savoir, j’ai joui bien plus que tu ne pourras jamais jouir dans ta vie, et c’est bien parce que je suis encore une femme bien trop polie et soumise que je n’ai pas continué à te courir après pour t’arracher ce qui te reste de tes organes reproducteurs, et sur scène c’est pareil, y en a marre de devoir produire du sens et du compréhensible, putain, si on savait ce que les gens aimeraient qu’on arrête de leur bassiner des leçons, si on savait comme on est en manque de chair, et qu’on est là comme apeurées de ce que les imbéciles pourraient penser, faire, comme toi espèce de crouton, y en a marre. Nous.es On va tout faire exploser. Et ce n’est pas fini.

Écriture automatique – 26 février 2021

Et d’un coup tu te rappelles que tu n’as jamais aimé le maquillage “de filles”. Sur toi. Que ce maquillage là non, vraiment ça ne t’allait pas. Que tu as toujours détesté tous les codes qui t’étaient donnés de l’extérieur pour être femme. Que ce que tu cherchais c’était bien autre chose. Une autre femme. Peut-être toi. Peut-être un fantasme. Mais pas ce maquillage là. Qui ne faisait qu’alourdir tes traits et te donner un visage que tu ne connaissais pas. Augmentait ta tristesse et te donnait l’impression d’être une clo(w)ne sociale. Tu préférais te maquiller en chat. En cow-boy. Ou en rien du tout. Que les élucubrations de tes pensées. Que tu préférais ce ridicule là à celui convenu du maquillage parfaitement formaté cadré. Que les yeux de biche ce n’était décidément pas pour toi. Les yeux bien poudrés en couleurs. Double s’il vous plait. Non. Alors tu en as fait des triangles et des rectangles. Des formes dans lesquelles tes yeux se retrouvaient mieux. Se reconnaissaient. Qui ne leur donnaient pas envie de se crever. Et le reste avec. Le maquillage c’était de la pâte à modeler, c’était de la peinture, tu étais un mur, tu avais envie d’écrire quelque chose sur ce mur – et non y laisser s’inscrire , à même la peau, tout ce contre quoi tu luttais chaque jour, ces murs et ces questions qui te poursuivaient à chaque instant, cette seconde peau qui t’allait si mal qui te faisait si mal ce que tu voulais dans ces formes et ces couleurs c’était la liberté. Juste ça. Et s’il fallait tout gribouiller alors tu gribouillerais toute ta vie. Le maquillage c’était une fête et non un formatage. Tout était fête. Tu voulais ça. Que tout soit fête. Que ta volonté soit fête.

Essai d’une description – 2 – écriture automatique- 22 mai 2021

Non je ne me calmerai pas. Ce qui est important pour un alcoolique, ce n’est pas qu’il boive mais qu’il ait soif ! Je crache la douceur et j’offre la révolte – le monde des apparences nous a gavées jusqu’aux yeux, hors de question de taire avec nos langues ce que nos pupilles sont obligées de voir ! C’est sur la haine que se bâtissent les histoires d’amour, c’est sur cette conscience que l’on peut espérer un jour aimer et vivre mieux !
Tout le monde est fou et tant mieux. C’est notre seule porte de secours, l’exception étant regardée comme une tare dans cette société.
Qu’on ne se calme pas, oui !, de regarder toujours au-delà. Rien n’est noir ou blanc , cela ne veut pas dire que tout est gris. Si je fais l’amour avec toi et que tu t’en moques, il me reste l’amour – c’est déjà pas si mal.
L’amour a une double porte – entre les deux, c’est le paradis – y rester est un art – mais je mélange tout – pour les unicistes de la pensée – quand je tire sur un mot, c’est toute la vie qui vient, qu’on me pardonne ! Le désordre n’est plus un mot d’ordre : c’est notre pain quotidien , l’apéro, le plat principal et le dessert, aucun autre menu disponible et nous ferions la fine bouche ? Ben non. Le désordre c’est notre chance – aux imbéciles aussi, c’est incontestable – mais si la folie et la bêtise fleurissent ensemble, faisons contre mauvaise compagnie, bonne résistance : notre soif ne s’éteindra jamais pendant que la sieste fera ronfler la bêtise des rassasiés.

nouvelle écriture automatique / 3 avril 2021/ Céline lory/ la préparation du matin

Aller au jardin
Surveiller le chaton
Écrire pour les autres
Mais d’abord faire l’amour.

La peau de l’écriture me manque comme une encre
Tous les mots dont on connaît l’existence
Au point de ne plus oser les répéter
Mais d’abord faire l’amour.

Sortir dans la rue
S’asseoir à une terrasse
Écouter la musique des voitures qui passent
Mais d’abord faire l’amour.

Découvrir de nouveaux sons
De nouvelles images,
Passer en revue ce que la journée nous tend
Mais d’abord faire l’amour.

Laisser divaguer les pensées
Mettre la main dans la pâte quotidienne
Mais d’abord faire l’amour.

Militer, crier, revendiquer.
Mais d’abord faire l’amour.

Faire la liste de nos manquements
Faire la liste de tous les “il faut”
Mais d’abord faire l’amour.

Parler au voisin
Penser au futur
Regarder le passé
( ou l’inverse )
Mais d’abord faire l’amour.
Mais d’abord faire l’amour.
Mais d’abord faire l’amour.

Ecriture automatique – 5.12. 2021 et 6.01.2021 – impromptu#1 sur radiocampus

Un des souvenirs que j’ai de mon enfance, c’est être sur le dos nu de mon père, il est couché. Brûlé par le soleil, je lui retire les peaux mortes. Plus elles sont grandes plus ça me réjouit.

Les peaux mortes d’avoir été trop au soleil – celles qu’on peut retirer à la condition d’avoir été au soleil – de s’être laissé.e brûler, de s’être donné.e au soleil, comme on se donne au désir, comme on se donne à ce qui fait mal, jusqu’à pouvoir enlever d’une main experte les peaux mortes que cela nous laisse, il faut peut-être aller jusque là – laisser brûler la peau, laisser sa peau être brûlée pour ensuite l’enlever, se découvrir, la peau des genres, la peau du consumérisme, la peau de l’indifférence, toutes les peaux avant d’être devant soi, ou .. ou même brûler la peau de soi, de son soi le plus profond, pour découvrir ce qui est encore en-dessous, se mettre devant le soleil et brûler volontairement pour faire partir toutes les peaux. Toutes. De la féminité à la parentalité, celle du quotidien, être nu sans peau, sans rien savoir de soi, les avoir enlevées, les peaux mortes, une à une, comme on efface de sa mémoire, on gomme, et plus je retirais les peaux mortes sur le corps de mon père, plus je quittais l’enfance, plus j’étais loin de savoir qui j’étais, si on enlève toutes les peaux, de nos conditions sociales, économiques, de nos relations, de notre fonction, de notre place, un tas de peaux mortes sur le bord de la terrasse du jardin, si on enlève la peau du statut, du capitalisme, de notre système social, de nos amours, de nos liens familiaux, que nous reste-t-il ? Que reste-t-il ?


J’ai 6 ans. On me dit que je dois apprendre comme il faut.
J’ai 13 ans. On me dit que si je continue à avoir mauvais caractère je ne trouverai jamais de mari.
J’ai 16 ans. On me le repète.
Si je n’accepte pas la pédagogie. Si je ne l’appliquais pas aux autres, ma vie serait foutue. Foutue comme un foutoir. Comme un bordel.
Je hais la pédagogie. Pour moi ou pour les autres.
Je suis pour la sauvagerie.
Je suis pour l’apprentissage par le sauvage. La sauvagerie du désir.
Laisser aller tes oreilles où elles veulent.
Laisser ton corps désirer ce qu’il désire.
Mettre les mains sur le piano comme deux animaux face à un troisième.
Mettre les hommes dans le bain parfois froid de la vie d’une femme. Sans précaution. Sauvagement. Sans pédagogie. Leur jeter au visage les seaux de de bave, de sang, de cyprine, d’eaux d’accouchement, d’eau éjaculatoire, d’insultes, de larmes, de souffrances, de sautes d’humeur, de menstruations déréglées, de moyens de contraceptions ineptes, de joie et de jouissance, de présence à la vie intense.
Je veux du son qui me soit chair. Je veux parler de tout en même temps sans qu’on me dise que mon propos est incohérent. Sans les conditionnels qui tuent par petits coups. Une pédagogie sauvage pour tou.te.s. Prendre les désirs par les cornes.
La pédagogie n’a jamais servi que l’ennui – je n’ai jamais appris, je n’ai fait que désirer.
Et pour garder le désir des désirs c’est un combat, sauvage.
Plonger dans le désir, c’est refuser des heures et des heures d’apprentissage laborieux et inutile, je hais la pédagogie, maîtresse de la répétition du même mâle. Je veux toucher à la sauvagerie, à nos désirs, à nos creux, nos puits sans fond, nos pieds qui se dérobent – Et d’abord :
Aucun amour perdu n’a jamais changé la couleur du ciel.


A écouter dans la (toujours très belle) Matinale du 7 janvier de @David Mennessier – programmation 100% féminin: https://www.mixcloud.com/radiocampusbruxelles/le-matin-du-jeudi-7-janvier-2021/

Ecriture automatique – 01.01.2021

Je m’étonnais d’une fatigue exceptionnelle qui était devenue une habitude, voire une distinction de caractère, depuis une année, quand une prise de sang révéla une ferritine en dessous des normes.
De même ma propension à l’inquiétude concernant mes réserves de chocolat devait être issue de la même origine. On pouvait y ajouter une carence manifeste en cuivre qui m’aurait fait lécher, dixit le pharmacien, tout câble passant devant mon nez. En terme de câbles, j’en avais fait péter quelques-uns cette année, câbles que j’avais essayé de brancher avec le genre humain. Quelques jours avec deux félins m’ont appris que mon mode de communication est plus proche du leur, fait de ronronnements et de mots doux à peine chantés, que celui truffé de double sens des humains.
Ainsi, en pleine séance d’accommodements sensuels avec ma chatte, je me posai la question de ce qui, nous bipèdes, nous faisait tenir debout. Après une année longue et noire comme le tunnel sous la manche, qui s’étire comme une séparation, la réponse fusa: les portes qui restent ouvertes.
Ce qui nous fait tenir debout, ce sont les portes ouvertes. Que ce soit l’espoir – d’un paysage meilleur – ou simplement la curiosité, ce qui nous fait tenir debout, avec nos jambes, ce sont nos yeux et nos oreilles. Je me baladais ainsi nue et préoccupée par mes pensées sous le regard taiseux du chaton noir. Étonné mais qui ne disait mot – bien plus attentif à mes mouvements nus qu’aucun homme ne l’avait jamais été. Pas étonnant que tant d’hommes s’écroulent. Les portes se referment devant la peur au ventre ou l’indifférence. Je ne sais pas trop. Je retenais ces mots des jours durant et je ne sais pas trop pourquoi non plus.
Le carnet se remplissait selon mes dispositions et ma hâte.
Quoi qu’il en soit, à l’annonce de ces carences, dont j’ai omis de mentionner le zinc et le magnésium que je prends à haute dose mais qui était à l’image d’un mur qui s’effondre à chaque tentative, la montagne sisyphique, et hautement métaphorique de mes relations humaines, j’eus l’image de moi-même comme d’une matière où rien ne s’agglomère, de ces matières sur lesquelles on a beau essayer de coller quelque chose, rien n’y reste.
Je ne me voyais pas transparente, quoique nue, mais d’une matière qui fondamentalement manquait de métaux – ceux-là même qui permettent aux aimants de s’y attacher et de ne plus en décoller.
Une année noire comme un aimant sans aimant.


Écriture automatique 01/01/2021

Ecriture automatique – 4 décembre 2020

La chute.
Combien il nous est important de chuter
Comme nous nous élevons dans la descente Comme tout nous paraît petit quand nous sommes à terre
L’éthique de la chute,
c’est celle de se savoir fragile,
de savoir les autres toujours plus grands qu’on ne le pense,
l’éthique de la chute
c’est aussi se laisser tomber,
ne s’accrocher à rien,
faire confiance au sol ,
aimer se rapprocher de ses frontières
et laisser s’y inscrire une faille.

A vingt ans, j’ai eu une période « chutes » – chuuuut –
j’avais besoin de voir où était la terre ferme.
La chute ce n’est peut-être que ce besoin là.
Sentir la terre sous ses doigts,
sous son crâne,
remettre la main sur ce qui est palpable
Un semblant de réalité
et, tête contre terre,
Terre contre bitume,
Constater l’étendue de toutes les directions,
Se trouver à terre comme dans un ciel
Prendre le choc comme un envol
Voir de la grandeur à même le sol
Aimer les petites amours
Comme des petites choses qu’on collectionne,
L’éthique de la chute
C’est l’aimer dans tous ses retranchements
Ne pas se protéger
C’est mettre ses yeux à niveau d’homme.

É.A. 4 décembre 2020