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Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

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Ec.Aut. 20 janvier 2019

Que veux-tu mon âme ? Un corps de plus ? Encore un ? Mais où le mettre ? Dans quel pli ? Dans quel creux ? Encore un pour vous faire jouir ? Plus ? Autrement ? Son souvenir ne te suffit-il pas ? Modulable à merci, taillé à la mesure de votre désir ? Que veux-tu d’autres ? Accumuler les corps comme un charnier de la sensualité – A défaut, un cimetière de la tendresse, cette cérémonie que tu dois toujours refaire une seconde fois, seule souvent, pour en tirer toute la substance – ?
Et, pendant ce temps, que mon corps jouissait au souvenir d’un autre, je te maudissais de m’avoir laissée partir et d’avoir ainsi sauvé ma peau.

Photo retouchée par Frédéric Darras

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E.A. 16 janvier 2019

50061722_2432762150128779_2544808010241277952_oSi tous les animaux se mettaient à marcher sur deux pattes deviendraient-ils des hommes ? Je rêve – parfois – que tu sois doux. Elle dit :  » Ne joue pas avec mon cœur » et je suis stupéfaite par ces mots. Jamais je n’aurais pu formuler une telle parole. Il y a plein de mots qui attendent depuis des jours, j’ai préféré fermer les yeux. Je vois les cœurs en l’air, sans doute jongle-t-il avec plusieurs et paf, un qui s’écrase par terre et ça fait une grosse tache. L’éviter à tout prix. Je la regarde prononcer ces mots simples  » ne joue pas avec mon cœur » et cette image vient comme une lame dans l’œil. Ne joue pas avec mon cœur, c’est peine perdue. Elle aimerait étendre un peu cette corde sur laquelle elle marche, qu’elle puisse ressembler, de loin, à un chemin ou du moins un trottoir – on n’échappe pas à ce que l’histoire devait être sauf à la vivre vraiment jusqu’à plus soif, plus soif, plus soif, – cette foi qu’on ne place qu’en nous-mêmes et qui allège les autres, tellement qu’ils s’envolent – tu me voudrais éthérée mais je suis tout sauf e-terrée, tout sauf hors de la terre, tout sauf enterrée, tout sauf sans terre, – les mots sont des rêves sur lesquels on ne revient plus, j’ai rêvé d’empoisonnement, de mort terrible et de folie, peut-être rien que de l’ordinaire.
Ce sera la passion. – alors ce sera la passion – ni l’amour ni la douceur – il n’y a rien à faire contre cela – ni même contre le mensonge, la duplicité ou que sais-je encore – je me sens un feu de glace. 

photo Céline Lory/retouche Frédéric Darras

E.A. 28 décembre 2018 – (in)digestion

J’aimerais mâcher mes mots
Comme une chique sans saveur
Les prendre au fond de ma gorge,
entre mes dents 
qu’ils se logent
remplaçant toutes les lèvres tièdes
les mots comme unique liqueur
Alors ils descendraient vers mon estomac
Pour faire le ménage
Une essence qui réduirait ma faim et mes naufrages
Ils s’attaqueraient ensuite à mon sang
après avoir traversé les douanes nécessaires et si répugnantes
pour filtrer ceux que tu y auras laissés
ils les remplaceraient comme une cellule en élimine une autre – pendant ce temps, peut-être, je me laverai les dents,
puis ayant rempli leur office
et mis comme il se doit tous les déchets en lieu sûr
ils leur indiqueraient le chemin vers la sortie
Ainsi va la vie des mots que je n’ai pas recrachés
mais voilà mon corps renouvelé et allégé
la faim de mots vrais et de mots denses,
comme une journée qui toujours recommence
j’ouvre la bouche et des yeux y tombent –
j’aime la vie – peu m’importe – tout m’emporte.

celinelory.worpdress.com
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E.A. 24 décembre 2018

Elle savait toujours que la relation était perdue bien avant que sa conscience ne le formule. Pour être plus précis, le moment de basculement – et peut-être y en avait-il plusieurs – mais disons le tout premier – celui qui arrive toujours – où la relation est perdue était souvent précoce – très précoce – par rapport à la fin de celle-ci. Elle devait arriver à faire correspondre la rupture avec ce moment-là – la rupture intérieure – celle où tout se remet en place – prendre même plaisir à détecter ce moment car c’est à ce moment sans doute que tout pouvait peut-être commencer – elle eût un énorme haut-le-coeur à ces pensées – ça touchait à quelque chose qui ressemblait à de la gélatine – pour s’en sortir « caramba, encore râté » lui vint en tête, la fit sourire, parfois ce moment où la relation est perdue était fait de choses infimes, indétectables à l’oeil nu, que seule son âme dépouillée pouvait percevoir, percevait, mais au lieu de profiter de la détente que ce basculement entraînait, elle se tendait et le tout pour le tout tenait un fil voué à se casser. Elle avait mal dans toute moitié de son corps. Celle-là qui avait tenu malgré tout – C’était pourtant si beau une relation quand on acceptait qu’elle était perdue. Mais au-delà de ces considérations, ce qui la fascinait, la fascinerait dorénavant c’était ce moment de basculement. C’était d’observer les mouvements de son âme, de ses tripes, de sa peau en réaction, en totale perception de l’autre et de ce moment de perte, quitte à devenir dingue, cela lui semblait la façon la plus juste de l’être.

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Ecriture automatique – 21 décembre 2018

Les autres ne font que prononcer des mots. Rien de plus. Regarde-toi plutôt que les écouter. En fait on baise rien de plus. C’est toi qui entends des choses. La mer ne fait pas de musique.
 
pars loin en toi – là où personne ne peut frapper à la porte – et crie de jouissance –
 
Tu as mal partout mais tu vis – chaque jour tu apprends un nouveau mot ça agrandit ton ciel- ce que les autres disent, les mots qu’ils prononcent devient un brouhaha qui n’a pas plus d’effet qu’une musique d’ambiance dans une station de métro.
 
Tu es loin – mon.ma cher.e ! Bravo ! Tu as réussi à escalader le mur de l’indifférence. Et ce doigt dans ton cul n’y changera rien. J’ai la main douloureuse de n’avoir rien fait.
 
Je mange cette chanson comme un crouton de pain. Tout est loin. On croit toujours que c’est le temps qui est angoissant mais c’est l’espace qui l’accueille.
 
Bien sûr, tu me croiserais dans la rue tu ne me reconnaîtrais pas – à quoi bon ?
 
On m’a dit : toutes les C. ont les yeux qui sourient – c’était drôle – ça m’a fait rire – ce cul à l’envers, c’est pas mal, faudra que j’y repense – puis aussi de ne plus m’offrir qu’à moi-même – sais-tu qu’être seul.e – non rien.
 
Boris Vian avait dit j’irai cracher sur vos tombes. Artaud: chier ? Une idée qui passe. Sans doute nos numéros de téléphone seront interprétés comme nos identifiants plus tard – pourquoi y mettre encore un nom ? Y a-t-il autant de noms possibles que de numéros ? Sais pas – peut-être pouvons-nous oublier nos noms ? Jusqu’à nos noms ?
 
Se tromper de chemin et y aller quand même. Etre là comme une voleuse. Voleuse de pas. Voleuse de poussières. Voleuse de regards. Voleuse d’oxygène.
 
Tout est plus simple si on part que l’on est rien. Après ça, c’est facile, suffit de construire, d’emboîter, d’empiler, comme et autant qu’on veut. ou pas. Alors qu’être. Etre quelque part. Etre signifie qu’on ne sera plus tôt ou tard – je ne parle pas de la mort – ou alors je parle de ces petites morts qui s’accumulent tout au long de la vie et sur lesquelles on se plante comme un coq en mal d’inspiration. Putain faut arrêter. Un jour un ami (il y a longtemps) m’a dit : tu as deux chemins. Un ensoleillé, clair – l’autre noir, sombre – lequel tu prends ?
 
Et moi d’hésiter en riant…
(hommage qui ne sera pas reçu, l’ami disparu dans les méandres de la vie depuis longtemps)

Ecriture automatique – 20 décembre 2018

Combien de fois dans ma vie n’ai-je posé la question « y a-t-il quelque chose à sauver ?  » et je connaissais la réponse – tout en ne sachant pas l’objet concerné – je me suis dit mille fois il n’y a rien à sauver – On me dit « sauve ta peau »  et je n’arrive qu’à en sauver la moitié – Je me promène à moitié nue – « ne reste donc pas toute nue tout le temps » – l’éternelle ritournelle d’être là où l’autre n’est pas et de ne plus y être quand il y vient – j’ai énormément chanté la comptine « lundi matin, le roi, sa femme et le p’tit princeeeee… » et le plaisir de dire  » laissez-moi me reposer » à la toute fin … comme une claque mais les claques, c’est à la main que ça fait mal. Donc il n’y a rien à sauver. C’est la seule solution. Celle qu’on peut diluer dans chaque minute , chaque heure que l’on passe à ne rien sauver – à sauver en ne sauvant rien. Ce sont des atomes qui sont inaccrochables –  Arrête de lancer toujours plus loin – l’autre moitié de ta peau se déchire – j’ai lu la peau, c’est le moi profond – quand on dit « ça s’enfonce comme des ongles dans la peau ». Et les ongles ? On dit le contraire de ce qu’on pense – comme ça, c’est plus drôle – et on regarde les autres danser – moi en l’occurence – c’est un jeu auquel ma fille adorait jouer plus petite – Dire oui quand c’est non, non quand c’est oui, la danse des oui-oui-non-non, jamais de peut-être c’est trop tiède.

Ca fait une semaine que je dois écrire cette phrase « combien de fois me suis je dit il n’y a rien à sauver » et le calme et le sommeil que cela procure ce n’est pas pour rien qu’on dit « sauve ta peau » ce moi profond, c’est pas pour rien qu’on se maquille, si jamais je touche ta peau je te pique, ma peau touche ta peau, moi profond contre moi profond, et parfois le néant, parfois du faux, la peau comme le jeu du contraire, la peau un mensonge volontaire, alors glissement, force gravité anéantie, il y a toutes les autres peaux qui font comme un tambour, ça fait boum boum, ce sont les coeurs,  ça berce ma peau, ma moitié de peau, mon quart de peau, ma peau de vache à ne pas sauver, tendus nous nous efforçons de ne rien sauver – comme des assoiffés qui arrêtent de creuser la terre voient leur soif disparaître, mec, c’est ça, ça disparaît, c’était juste un mirage, ma soif, car je vis dan l’eau, mec, je vis dans l’eau, je vis dans l’eau, je vis dans l’eau.

FIN DU CARNET

Photo JNG – https://www.instagram.com/jngphotographer/8O4A9921 copy

Ecriture automatique 8 décembre 2018

Tu m’as dit « mon amour » puis qu’il ne fallait pas que tu dises cela, qu’on te prendrait pour un fou. Tu avais raison. Je voyais ma mère se réveiller quand j’étais petite Elle ressemblait à une enfant. Les lèvres gonflées de sommeil. Toi aussi tu as parfois les lèvres qui gonflent. Et mes mains qui passent sur toi voudraient aussi ressembler à une enfant. Et que ta peau gonfle. Je ne sais être que moi. C’est-à-dire trop. Je pense avoir rêvé d’une araignée mais ça n’en était peut-être pas une. Les mots sont difficiles ce matin. Comme à chaque fois que je me trouve dans un tunnel trop étroit. Partir. Oublier le manque et le non-manque.  Je n’ai pas ma langue dans ma poche. Elle se ballade dans la tienne. Je n’y vais pas de main morte. Non mes doigts sont vifs et ma main les remercie. J’aimerais quelque chose que je ne sais définir. Ma mère a toujours eu cet air d’enfant. Je pense que c’est pour ça que je l’aimais autant quand j’étais petite. Elle était ma mère. Elle était ma soeur. Elle était très belle. Je reviens sur tes hanches qui me touchent. Parfois un corps entre complètement dans le corps de l’autre -je ne dis pas ce qui est – je dis : c’est possible. Toutes nos activités se résument à faire l’amour avec soi-même. Si ce n’est cela, à quoi bon ? Je deviens un appareil photographique car des images se sont imprimées en moi. C’est un vieil appareil. Parfois les images sont déformées. Parfois elles jaunissent. Je suis devant mon âme comme devant un précipice. C’est pour cela que j’aime toucher ton corps. Il y a un horizon. Et d’autres corps. C’est l’arbre qui cache la forêt. Je pense avoir aimé passionnément ma mère, enfant, moi, pas elle. Nos enfants s’aimaient passionnément. Il y avait quelque chose d’irrationnel dans cet amour-là. Quelque chose de l’ordre de l’incommunicable, quelque chose qui ne se construit pas, qui n’a aucune raison, qui est.
C’est pour cela que j’ai répondu que je ne savais pas pourquoi je t’aimais bien. C’est aussi pour cela que je ne t’ai pas traité de fou.