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Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

koiÉcriture automatique -23 avril 2017

C’était irrésistible.

D’être là, res de l’autre

L’un et l’autre la res de l’autre

Pour.un.instant

Irrésistible de ne pas en rester là

Où pourtant nous étions. Bien.

L’arène de nous accueillir

Pleine de miel et de naufragés

D’être choses, nous avons ri,

Réitéré la transformation

Contre toute i-dei-tification

C’était irrésistible

Et pourtant nous sommes irréels

Ceux que nous étions là, rei au milieu de l’océan, derelicta, res-capés d’illusions, res-plendissant, res-ponsables de rester là.

Réiterons peut-être, un jour… 

:Écriture automatique – 21 avril 2017

Matière morte

Ma terre morte

Mater morte

Moitié terre

Morte moitié

Terme artère

Art ter mort

Terreur matée

Tire

Air m’aphrodite

Terre mate

Mater -(link ?)

Matière morte 

Est ce que je suis

Un tiers de moi – au moins –

Est matière morte

Je est le vivant caché

Minoritaire, un tiers-microcosme

Tu me regardes

Mais tu ne vois

Que la matière morte

Cheveux, cellules usées, prêtes à jeter, ongles, dents,

La part vivante -l’aparté de ma vie – tu ne peux la capter dans ton coup d’oeil d’expert ès sex-duction, la part vivante se cache derrière les cellules qui se sont apprêtées pour l’occasion, que sommes-nous dans cet amas ? Un oignon qui ne peut se déshabiller sous peine de disparaître. 

Tu me regardes toujours

Mais mes cellules mortes font écran – c’est le bel-étage – Après faut prendre l’escalier c’est-à-dire transpirer un peu – traverser le pire en quelque sorte – on se regarde mais on ne se voit pas – sauf un instant, quand tu descends du tram.

écriture automatique (semi-s)  – 14 avril 2017

Il y avait des trous dans ses conversations. Des trous dans ses amours. Et même un peu à présent dans ses vêtements. Elle glissait son regard dans ces trous. Elle se dit tout bas qu’elle aimait beaucoup d’hommes mais ne pouvait pas en aimer un seul, puis les trous disparurent comme une chaussette reprisée, elle aimait pourtant s’y glisser, oubli de tout ce qui doit être fait dans une vie, ça attendra, et la superposition de tous ces trous donnait à sa démarche une rugosité qui ne lui déplaisait pas, des parois sablées de silences et de manquements tapissaient son chemin de jouissance, elle se dit tout bas qu’il fallait laisser filer le tricot, laisser les trous prendre l’espace, qu’entrelacés, oui entrelacés, ils formeraient quelque chose qui lui ressemblerait, et que dans les failles de ces trous, de cet entrelacement, sûrement son corps y serait plus vivant, antre d’une peau joyeuse, souple, indéfinissable, sans fin, malléable et pourtant si ferme. 

Écriture automatique -30 mars 2017

Te revoilà. Comme on se recroise. Après tant d’années. A t’oublier. A maquiller ton souvenir. A amoindrir ta force. A m’endurcir les chevilles. A ne plus flancher. A regarder à travers le soleil. Toujours. 

Te revoilà. 

Mais je ne ferai pas demi-tour.

J’irai droit au bout du chemin. Pour regarder la peur épaisse de ta vieille peau à travers les rayons de ces années et je mettrai mes doigts sur toi et changerai tes formes définitivement. Je te l’assure comme un artiste croit devant sa création. 

E.A. 13 mars 2017

A chaque fois que je me regarde dans le miroir, c’est une autre personne qui se dresse devant moi. Elle ne s’adresse pas souvent à moi. Je garde juste une image. Elle m’accompagne. Et quand je reviens elle a disparu. C’est déjà quelqu’un d’autre. D’heure en heure je ne suis plus jamais moi. Une invention perpétuelle où parfois je perds ma pelle, mon seau, des larmes.

Je l’ai quittée il y a un instant. Et déjà je sais l’avoir perdue, et je vais vers la prochaine rencontre, je la reconnaîtrai mais quelque chose d’inconnu me dira que ce n’est plus elle.

Et cela chaque jour, à chaque fois.

Je ne cherche plus à la connaître -juste à la croiser.

Écriture automatique – 27 février 2017 

J’ai fait du nettoyage aujourd’hui, passé l’aspirateur dans la maison, fait du tri dans la mémoire de l’ordinateur et de ma tête, j’ai vidé certaines armoires et remplacé des sentiments par d’autres, j’ai enlevé un meuble du salon et l’ai monté au grenier, le jardin commence à réapparaître et il faudra bientôt enlever les feuilles presque mortes et les cadavres couverts par les branches tombées, ce faisant, mon corps se délestera du surplus de l’hiver et même de l’été dernier, j’ai rangé et même jeté certaines musiques et ouvert de nouveaux coffrets ou d’anciens oubliés, mes doigts vont se mettre au piano mais auparavant, j’ai mis des sacs poubelles sur le trottoir et des lettres d’amour à donner avec une pancarte «servez-vous» au-dessus.