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Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

Écriture automatique – 25 mai 2017

La chatte de l’autre est toujours plus verte. Je vais essayer de sortir les mots de ma bouche. Les maux de ma bouche. Je vais essayer de les attraper. Les attraper comme on pêche au filet. Mettre ma main dans la bouche et les tirer à l’extérieur. En gros paquet sans donner plus d’importance à l’un ou à l’autre. Je vois un verre de vin en gros plan, posé sur une table nue. Les apparences sont tellement trompeuses. Lapparat sons. Je pars. Presque. Je vais essayer de mettre les mots devant les maux devant l’émoi devant moi. Je vais essayer de m’oublier et de parler d’autre chose, que les mots qui sortent de moi ne soient pas mûs par moi, ne soient pas moi je ne suis pas en pâmoison, pas moi, son, ai-je une maison chez moi ? Je veux me mettre dans la peau d’un autre, je peux un instant mais pas plus. Tout m’échappe. La vie des autres est inaccessible. 

Écriture automatique – 23 mai 2017

Ne ferme pas l’œil.

L’autre reste ouvert

J’ai rêvé que je rêvais

D’une chute, que je chutais encore je me réveillais

Je me réveillais du rêve d’un rêve d’une chute

C’était toujours les mêmes sensations – le froid – le gris – le lisse insoutenable – des fleurs crevées par toi tant de lâcheté, de l’acheter contre lâcheté.

Puis le corps à corps revient. Le désir de se glisser – de passer entre tes rênes – de subir entre tes mains – ce toi que je ne vois qu’à l’horizontal. Les paupières m’emportent effacent toutes les blessures, essuis glacés, dessinent le temps de leurs battements irréguliers.

Oui je pense que je n’écris que pour les aveugles ceux qui ont décidé de fermer les yeux pour plonger dans le désir

Oui je pense que je n’écris que pour les unijambistes de la vie clopin clopant sur leurs béquilles de cent lieux

Oui je pense que je n’écris rien les mots aussitôt tracés s’évanouissent comme des états de vie dont nul ne se souvient et qui flottent flottent flottent dans la chute de mon rêve.

Écriture automatique  19 mai 2017

Une violence monte en moi

Une chose profonde

Que je sais se réveiller, gronder

Je pourrais gueuler du Virginie Despentes en rue, ça me soulagerait peut-être

Les plans de carrière matrimoniaux, y en a marre.

Après c’est le délire et la solitude mais ne sont-ils pas beaux, tous les deux, sur les moments intenses de vie ils ont une place de choix.

Je veux les verbes fous

Rien d’autre

Les couleurs repassées surexposées 

Rien d’autre

Ta main qui griffe

C’est cela

J’aimerais aller sur les trottoirs

Et gueuler

Comme des filles y font le tapin. 

C’est toute cette violence là

Putain

Je suis en vie et elle ne m’échappe pas

Et que tous les mots barricadés sortent, les verbes fous règnent et qu’on en finisse avec le fait d’avoir une sale gueule

Ca n’a jamais empêché personne de prendre son pied par la main de l’autre qui ne voit pas -étranges ongles qui étranglent le ciel et pire encore pourquoi s’arrêter en si bon che-main de travers champs. 

Tout le monde crie dans ce monde. Je suis à la moitié.

Personne n’entend ni n’attend personne croit tout s’accroît, tous sa croix de narcisse -s’y clouer une bonne fois pour toutes ou la jeter – telle est la question – du jour seulement – laissons ma nuit qui ne nuit pas – caméra dans la chambre – on ne fuit pas – dans le sommeil -capturés – au réveil de doux rêves mal aimés ont décampé – toi aussi et tous ceux qui resteront je les battrai de mes adjectifs barbares. 

Écriture automatique – 17 mai 2017

Ça se peut – pas à pas – je pourrais me dire aujourd’hui j’écris pas. Pas à pas je me tais. Je me t’es. Je me tu. Je me tue. Je me silence pour une fois. Il n’y aurait que des toi – des tu es – des tu as – des je ne sais pas – car tu reste un espace a priori vide – vide-toi en moi- que je te remplisse de mon amour et que tu disparaisses – et tout le charabia. Non. Je peux juste faire silence. Prendre quelques briques. Quelques bouts de bois et le construire, ce silence, ce vide, plutôt que fabriquer une relation de toutes pièces, pièce par pièce, je pourrais juste construire le silence et même le laisser se construire tout seul – il n’a pas besoin de moi. Toi non plus. Moi non plus. Alors pourquoi s’obliger à ne pas faire silence ? Il n’y a rien de plus beau que le silence. Je ne connais personne d’aussi beau que le silence. Nobody loves me. He is perfect. He is kind. Cute. Absolutely perfect. Je veux bien vivre avec lui. Je suis sûre que ça fonctionnera bien. Lui, zen, calme et compréhensif. Moi, bordélique, énergique, intolérante. Le parfait équilibre. Je l’aime déjà. 

Écriture automatique – 15 mai 2017

J’étais sur la ligne

Je hais la ligne

Il faut accepter les temps perdus

Les tant perdus dans un non, une impossibilité, je suis construite de ces non, ça m’encadre, me délimite mais je suis vers le haut illimitée, je les contourne, ça me donne juste plus de courbes, ça définit ma chute de reins, chut de rien, j’aimerais aller plus loin, pourquoi un mot plus haut que l’autre finalement ? Mon regard glisse, ne s’attache pas à pas, je ne suis pas un ange Johnny, j’ai les hanches qui démangent comme des haches devant la lâcheté. Je m’en fous, j’ai le regard qui glisse, qui glissera encore longtemps -peut-être- vers le reste, tout le reste vaste, si vaste. J’ai les mains toutes-puissantes. Je suis homme certains soirs. Je ne suis ni réfugié ni guerrier – je suis dans ce mètre carré, carrément gentil que je hache, que je taille, que je déterre, j’y enlève la terre – plus de vie pour pluS de vie – , j’arrive au centre – là je suis toujours impuissante mais mes yeux empreinte ta bouche, ma langue empreinte tes narines, on s’en fout de qui on est, là on vit – on sur-vit – on vit sur quelque chose, un tas immense de mémoires mélangées au point que nos rêves se superposent un instant, puis s’évaporent car il y fait chaud, trop chaud pour nos vies si petites, on voudrait être tout – vivre en connexion – être dans la violence des rencontres et des non-rencontres. Finalement on fume de toute part et ça fait du bien de se sentir enfumés, partir en fumée, légers.

Écriture automatique – 10 mai 2017

Je sais que tous les mots ont déjà été alignés. Tôt ou tard. Qu’importe si chez moi ils ne s’alignent plus. Nous sommes tellement engloutis. Malgré tout je fais quelques pas et mon corps reprend une épaisseur – aime ses propres mouvements et l’impact sur les choses qu’il touche. Il les fait éjaculer. Il les ouvre. Il les déplace. La jouissance dans son déplacement. Et le placement de l’autre. Le piano ouvert. La jouissance des sons éjaculés – dans un espace sans frontières – en a-pesanteur.

Ce sons/t des mots. Cette matière qui jamais ne blesse ni ne viole ni ne trahit. Le piano ouvert et je bois tout. Sans crainte. Car de lui ou de moi qu’importe d’où cela vient. Les mots ne s’alignent plus, n’entrent plus dans les tailles standards, ces tailles dont on essaie de tirer notre spécificité tout de même, laissons, les sons, les sont a remplacé le il, et l’imparfait devient un futur moins blessant. Le piano ouvert. Les points de rupture il y en a, jamais ils ne le refermeront. 

Écriture automatique – 3 mai 2017

Dé-filer les mots – arbre, boîte, feuilles séchées 

Dans la main, ce bruit de frissonnement

Où sont parties les invectives ? 

Revenez à moi, sarcasmes et injures

Pour mieux aimer

Pour se coller peau-à-peau aux murs mortels

Armure d’amour

Et ces mains qui écrasent les feuilles dans ma conscience

Tous ces mots de la langue pointée vers l’avenir, et sur chacun d’eux, quelle que soit sa couleur, inscrit : désir. 

Je le laisse comme une goutte d’eau 

Sur une toile d’araignée.