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Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

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Ecriture automatique – 11 octobre 2017

Et l’image de nos corps entassés après l’amour dans le lit rectangulaire s’imposa à moi comme un plat laissé à l’abandon sur une table de restaurant, un bout de viande oublié au milieu. Toute cette énergie dépensée, par nos cellules, par les cuisiniers, perdue sans accomplissement. Nos maux croisés ne produisaient plus de sens. Nos corps étaient trop encombrés, les restes de viande trop encombrants pour que nous puissions les engloutir pour de bon. Nous étions dans un NO MAN’S LAND de la nourriture gaspillée. Il fallait commencer à se prendre au sérieux. Penser en terme de dépenses et de profits. A avancer les pions sur les dessins de nos maux. A choisir parmi eux lesquels correspondraient le mieux. A avaler les restes froids, les sélectionner pour nos repas à venir. Nous étions un tableau de natures mortes. Nos maux croisés ne formaient rien ne tissaient rien ne s’accrochaient pas. De là où je nous observais, nous ne bougions plus, ou si peu, en attendant que l’on vienne nous débarrasser.

Ecriture automatique – 29 septembre 2017

L’eau, ça crée l’espace. Ca gonfle les corps qui ne seraient que poussières. L’eau ça pénètre entre tes côtes et mes mains la suivent j’écarte tes côtes et me baigne dans l’océan de ton corps – un je ne sais quoi de différent du mien – je n’y suis pas chez moi et pourtant j’y reste. Mes mains continuent leur voyage interne en suivant l’eau qui gonfle ton corps à présent, elles traversent le désert de ta peau et t’assoiffent – je deviens poisson, je glisse entre tes jambes, l’eau me rappelle que je ne suis que poussière, dans un mois, dans un an, j’en dépose quelques extraits, sur toi, en me couchant, sur toi, mes mains toujours dans la traversée de l’océan, le mur de la réalité, une dimension qui nous apparaît parfois, par éclair, je continue l’exploration de tes côtes inhabitées, avec le délice de la soif inassouvie pendant qu’une main étrangère entre dans les miennes en amont d’un amour toujours perdu, et, écartelés, dans l’impossibilité d’appartenir, nous jouissons de notre histoire.

Écriture automatique – 25 Septembre 2017

La folie, je la sens. Ne me demande pas pourquoi. Je la sens arriver comme l’orage et le printemps. Je la sens comme on respire une fleur. Son parfum flotte dans l’atmosphère il est inquiétant car il ne se pose pas là où tout le monde est. Il part ailleurs. La folie, je la vois, je la regardais tous les jours auparavant yeux dans les yeux du miroir et je ne sais pas pourquoi elle m’a quittée, la folie je la respire à pleins poumons comme un bol d’oxygène dans le monde de la gêne la folie je l’habille je la porte, tous les jours dans mes mains, je me calfeutre avec elle car elle tient chaud, la folie ce n’est pas la bêtise ni la méchanceté, s’il y a bien une chose que je ne suis pas c’est folle, pourquoi la folie m’a-t-elle laissée tomber dans le ruisseau de la clairvoyance qui fait si mal aux yeux la folie reprends-moi reprends mon corps comme habitat, je te sentirai, te cajolerai, mais à ma porte, on frappe, la bêtise du monde s’invite à ma table et dehors, la folie claque des dents. Si, au moins, elle m’avait écoutée.