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Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

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Écriture automatique – septembre 2017

Je ne te demandais pas la lune de miel. Je ne te demandais pas de décrocher la lune de miel et de la déposer par terre. À mes pieds. Les jours de pleine lune sont lointains. Ta présence a complètement déserté mon lit. Il n’y reste plus aucune cellule cellule de ta lune, pleine, et c’est un grand appel d’oxygène. Je ne gêne pas la demi-lune, moi qui suis , je la protège, la mets contre moi. Je ne demandais pas la pleine lune. Mon corps en demi-lune, ma foi dans la lune, mon amour distrait. Tout ce qui ne sera plus. Je voudrais vivre lentement. Dans une extrême lenteur. Tous mes gestes. Sentir chaque muscle dans son trajet. J’aimerais vivre lentement, patiemment, sans pression qui me pousse en avant, sans cesse, inlassablement. Je ne demandais pas la lune, juste une vie, les nuages je les aime comme on aime la faim et l’assouvir. Je ne veux pas la demi-lune, je la veux pleine comme une vie saturée d’émotions. Je ne te demande plus rien car il n’y a plus rien. On a tous les mains vides et des idées derrière la tête. Pour une fois je me laisserai bercer dans l’oubli de ces pleines lunes manquées, que ne ferions-nous pas pour voir la pleine lune ? 

/

Tout le monde ferme les yeux pour se glisser dans un monde protégé, les paupières sont les gardes ancestraux de notre équilibre. Derrière les paupières se trouve un monde où l’on oublie le monde. Un monde où je touche du doigt ton torse. Mille. Mille. Mi-elle mi-lui. Mille pour fermer un visage, deux yeux, une bouche et un nez. 

/

Je veux expirer le monde

Qu’il n’y ait plus rien en moi de lui

Comme un embryon avorté.

/

Au commencement était la tristesse, sache-le. Je ne te demandais pas la lune de miel. Mi-grave mi-raison, juste un voyage. Au commencement était le vide qui ne se remplit que de la tristesse. Pourtant la joie aveugle celle-ci. Si tu  bouges, si tu remplis un espace avec ton corps, la tristesse n’aura plus de place, tu la projeteras sur un écran et tu deviendras spectateur joyeux. Au commencement était la joie masquée de la tristesse. Tu le retires avec la force de tes bras comme on arrache une mauvaise peau et tu la colles sur un tableau et tu l’étales. Au commencement était la tristesse que la joie de faire repeint, superpose. Je ne te demandais pas la lune de miel mi-elle mi-lui, mi-rage mi-sère. Juste un voyage profond dans la terre. Un peu de nourriture terrestre. Au commencement était la triste réalité que tu peux recouvrir de ta semence joyeuse, que je peux fertiliser  et de laquelle la joie peut être enfantée. Je ne te demandais pas la lune, la demi-lune ni un croissant au petit-déjeuner, juste un bon café suave, amer pour rester contre mon palais de glace, au commencement était, le commencement était là, comme une lune pleine, perdue, pleine d’amertume, une maison de miel qui regarde la lune comme un réverbère. 

Ecriture automatique – 3 septembre 2017

Tu vois, je ne pourrai plus être la femme pour qui on craque. Je suis la femme qui craque. Je suis la femme parfois qui croque, parfois qui craque et cela rien au même. Je craque de partout au-dessus des genoux. Je ne pourrai plus être celle qui croque point à la ligne. Car tout est craqué, tout est truqué, je vois tous les trucs, tous les futurs cracs, je suis la femme sans doute qui montre trop les crocs, tu vois, je ne pourrai plus être la femme pour qui l’on craque, absurdement comme on tombe dans un trou, en ville ou en forêt, comme un piège à animaux ou une bouche d’égoût, je ne porte plus en moi le jeu de l’innocence, je ne porte plus en moi ni sur moi, ni d’aucune façon que ce soit. Je suis la femme qui craque les convenances, les rêves, les illusions et les croyances. Je suis la femme qui craque les droits des hauteurs amoureux. Je suis la femme qui est juste un contour que tu peux dessiner avec tes simples doigts. Ce qui la remplit est invisible. Ce qui la remplit et se déverse parfois comme un torrent, comme un taureau blessé, est sans bruit sur les contours ça glisse et reste à l’intérieur. Je suis la femme qui craque comme une vieille peinture, un vieux tableau délaissé. Parfois je suis cette femme-là.  Parfois elle est devant moi. Toutes ces femmes-failles, qui craquent et font comme une musique, des feuilles qui croquent sous le pas des randonneurs et du garde forestier. Il y a plein de sanglots en elles qui se devinent sur leur visage. Je suis, tu es, elle n’est peut-être pas, la femme qui craque, la femme-sanglot, la femme qui a son lot de sang, je tombe dedans, je suis la femme qui croque ces sanglots, qui les brade à bas prix, je déteste cette femme, je déteste ces sanglots, son sang qui coule hors d’elle, je suis un artbre, je ne craque pas même si écorce–moi, je suis un arbre, je ne suis plus un arbuste, j’ai le tronc dur pour avancer, je suis un artbre fort qui prend le vent et se nettoie avec lui, mon écorce craque mais je ne m’ouvre pas, Tu vois, je ne peux plus être cette femme, tu t’adresses à moi et je transmets la lettre à quelqu’une d’autre, nue de tout cela, la lettre tombe, tout tombe, plus rien n’est stable, demain l’artbre aura nettoyé ma carcasse, il me nourrit comme je le nourrirai un jour, tout cela est absurde comme un jeu de société, j’ai toujours détesté, quelle perte de temps, si au moins on pouvait mimer, les jeux contenus dans une boîte, une boîte ! , comme si c’était possible d’y trouver la moindre vie, j’ai envie du contraire, toujours le contraire, encore un petit effort et ma tête sera vide comme un verre sur le comptoir, les bienfaits du recommencement, finie la peur de se répéter, être un verre vide sur le comptoir et attendre le prochain tour, ma neige permanent, je vais m’endormir et laisser mes doigts continuer à écrire, essayer de dissocier mon sommeil et ma main, la laisser continuer le chemin seule, elle connaît la sortie, on la connaît tous, je ne rien dit aujourd’hui, rien n’a craqué en moi je peux laisser les artbres tranquilles et les sanglots comme une sève, attendre le printemps – plus loin l’hiver. Je voulais vous parler, vous expliquer quelque chose de moi, quelque chose de vous, mais il n’y a que l’hiver qui est sorti. Un avion atterrit en moi il est vide. Viol. Vide. Viol. Vide. Viol. Vide. Viol. Vide. Viol. Vide. Pas craqué. Un artbre. Penser. Je cherche en moi avec ma main et ma lampe de poche, je ne trouve rien qui explique le manque d’éclairage mais mes yeux s’habituent à l’obscurité. Mes boyaux s’habituent à l’obscurité. Mes veines s’habituent à l’obscurité. Je la sens venir cette phrase sortie de nulle part faite d’onomatopées, aglatero, aglatero, rakt ou de je ne sais quelle chose des mots qui seraient plus que des mots, jaaaaaaaaa ummmmmté des mots doux comme la soie, des mots terreux, des mots imprononçables que ma bouche pourrait garder en bouche indéfiniment comme une gorgée de vin

une gorgée de vin

qui me rendra femme-artbre

qui craque ?

Qui fera sortir ces mots – umra – de ma bouche – Et ça c’est juste pour ne pas être emmerdée.

 

Pensée

​Comme je l’ai déjà dit, ma grand mère que j’aimais beaucoup et qui, derrière ses yeux bleus océan, avait vécu la honte et le manque et était bonne comme le pain frais, disait des choses qui me reviennent parfois. 
Elle disait : 

Un cul vu n’est pas perdu. 
Elle​ disait:

On n’est pas Louis D’or
Elle disait aussi : 

Pauvreté n’est pas vice.

Écriture automatique – 28 août 2017

Une tristesse me vient de tous les impossibles. Les chemins empruntés comme des culs-de-sac. Des culs dont on se lasse. Le mien. Le tien. Lequel peut se vanter d’être sans fond ? Ce qui l’est, ce sont les chemins qu’on creuse avec les doigts – les ongles remplis de saleté du genre humain. STOP. Aucun chemin. Aucun ongle sale. Aucun creux. Rien. Strictement rien. Strikkkkkk-te-ment rien. Juste toi comme une mouche qui grésille autour d’ampoules grasses. Semblant. Semblant. Sang blanc. Je le saigne à blanc, à sec. Pour rien. Rien que du néant car je suis néant. Tous. Sang blanc Sang noir. Noir ou blanc. Jamais. Noir et blanc. Sang blanc comme le point de vue que l’on n’arrive pas à quitter, vissé à son point de vue vicié, sa peau, son histoire, sa langue. Et quand le silence revient, après l’avoir quitté un instant, tirée par la langue, l’histoire, le point de vue de l’autre, on y retombe aussi sûrement qu’un tas de graisse qui tombe sur le sol. Mais ces moments où je me glisse en toi, où tu te fonds en moi, où on se touche dans la recherche d’un trésor enfoui quelque part dans le néant, ces moments où mon sang blanc rencontre ton semblant, mon semblable, caché, ces moments où «ça» se crée. 

Ecriture automatique – 26 août 2017

J’ai envie de dire : ne compte pas sur mes jambes pour tenir debout. Puis il y eut ce geste de fermer le cahier et de me taire. Un chat passe. Les dieux me font rire à croire qu’ils sont immortels et intouchables. A vivre dans leur monde inaccessible. Et chacun croit être le dieu de l’autre alors que c’est juste son regard qui ne porte pas assez loin. Ne compte pas sur mes bras pour porter ta mémoire, ton fardeau. Car mes bras sont faits pour serrer des corps vivants et non des cadavres évanescents. Ne compte pas sur moi pour faire bonne figure, contre mauvaise fortune bon coeur, je ne connais rien d’aussi laid que la bonne figure repassée par la société – celle qui s’excuse d’être lâche, celle qui veut que tout se passe pour le mieux sans rien lâcher de sa lâcheté.
A part cela, les fleurs sentaient bon, il y a du pain sur ma planche, je ne mourrai pas de faim demain.
Mes mains s’ouvrent et laissent filer entre leurs doigts les mots qui blessent mais dans leur chute, ils disparaissent dans la terre pour rejoindre les nappes phréatiques et y laver leurs traces de sang.

Ecriture automatique – 25 août 2017

Je n’existe pas. Ce n’est jamais elle qui parle. Je parle toujours en empruntant la voix d’autres. C’est toujours la voix d’une autre que j’entends et qui me fait parler. Ma voix n’existe pas. Je ne sais pas qui je est.  Et là il faut que je me déshabille mais en moi il y a plusieurs corps, plusieurs visages et une multitude de voix que je ne maîtrise pas.  Chacune son tour prend ma parole et l’étale devant les autres. Mais celles qui parlent ce ne sont pas elles. C’est encore d’autres que je ne nommerai pas. Je n’a pas de nom. C’est une nébuleuse. Un conglomérat. temporaire. Une occupation temporaire et demain je ne sais avec qui je me réveillerai. Je ne sais jamais quand l’une part, quand l’autre revient et le manège de faire croire qu’elles sont toujours toutes là me fatigue. J’emprunte vos voix, amis, amies, je les entends, elles me parlent et je prononce leurs mots, si elles me quittent, il ne me restera la peau et les os, je m’endormirai profondément car aucune d’elles ne me réveillera.