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Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

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Ecriture automatique 8 décembre 2018

Tu m’as dit « mon amour » puis qu’il ne fallait pas que tu dises cela, qu’on te prendrait pour un fou. Tu avais raison. Je voyais ma mère se réveiller quand j’étais petite Elle ressemblait à une enfant. Les lèvres gonflées de sommeil. Toi aussi tu as parfois les lèvres qui gonflent. Et mes mains qui passent sur toi voudraient aussi ressembler à une enfant. Et que ta peau gonfle. Je ne sais être que moi. C’est-à-dire trop. Je pense avoir rêvé d’une araignée mais ça n’en était peut-être pas une. Les mots sont difficiles ce matin. Comme à chaque fois que je me trouve dans un tunnel trop étroit. Partir. Oublier le manque et le non-manque.  Je n’ai pas ma langue dans ma poche. Elle se ballade dans la tienne. Je n’y vais pas de main morte. Non mes doigts sont vifs et ma main les remercie. J’aimerais quelque chose que je ne sais définir. Ma mère a toujours eu cet air d’enfant. Je pense que c’est pour ça que je l’aimais autant quand j’étais petite. Elle était ma mère. Elle était ma soeur. Elle était très belle. Je reviens sur tes hanches qui me touchent. Parfois un corps entre complètement dans le corps de l’autre -je ne dis pas ce qui est – je dis : c’est possible. Toutes nos activités se résument à faire l’amour avec soi-même. Si ce n’est cela, à quoi bon ? Je deviens un appareil photographique car des images se sont imprimées en moi. C’est un vieil appareil. Parfois les images sont déformées. Parfois elles jaunissent. Je suis devant mon âme comme devant un précipice. C’est pour cela que j’aime toucher ton corps. Il y a un horizon. Et d’autres corps. C’est l’arbre qui cache la forêt. Je pense avoir aimé passionnément ma mère, enfant, moi, pas elle. Nos enfants s’aimaient passionnément. Il y avait quelque chose d’irrationnel dans cet amour-là. Quelque chose de l’ordre de l’incommunicable, quelque chose qui ne se construit pas, qui n’a aucune raison, qui est.
C’est pour cela que j’ai répondu que je ne savais pas pourquoi je t’aimais bien. C’est aussi pour cela que je ne t’ai pas traité de fou.

E.A. 29 novembre 2018 – explication

Quand j’étais enfant, j’aspirais à la liberté. L’enfance était une prison. Je pensais que l’âge apporterait ce à quoi j’aspirais: libre de mes mouvements, libre de mes choix, libre de mes actes, comme un cadeau que l’on me donnerait implicitement, arrivée à l’âge raisonnable.  Quand j’ai découvert la sexualité, en fait, je ne l’ai pas découverte,c’est elle qui m’a couverte, moi je la connaissais depuis toute petite, disons, quand je l’ai intégrée à ma vie sociale, je me suis rendue compte de deux choses. La première était que jamais on ne m’offrirait la liberté. Qu’elle n’était pas un dot de l’âge adulte. Qu’il me faudrait batailler sans cesse, sans cesse tenir à distance les murs de la prison – et que – la sexualité  s’y mêlant – en tant que fille, j’allais encore plus galérer. Que j’allais sans cesse devoir naviguer entre les risques du jugement – voire de l’exclusion – et le risque de crever vivante. Enfant, les années à venir me semblaient un immense paradis où je n’allais devoir que tendre la main pour cueillir ma liberté, je me suis alors rendue compte que le monde était un immense champ de bataille et qu’il me faudrait creuser la terre et crever le ciel pour mettre mon désir à sa juste place  – avec les années, je me suis aussi rendue compte que c’était depuis l’enfance que le monde m’avait envahie, insidieusement pour me faire ingurgiter son ciment infâme, que tous mes membres s’immobilisent et que le désir me quitte. Qu’en quelque sorte j’étais des deux côtés malgré moi et que la première bataille était intérieure. Il y a quelques nuits, j’ai rêvé que je rampais en-dessous d’un cheval, nue – j’avais pris un peu de poids, j’aimais bien – je me voyais ramper et je regardais cela comme si je faisais l’amour avec ce cheval – j’étais juste inquiète qu’il ne déplace un de ses sabots sur mon bras – La peau du cheval se confondait avec une peau humaine – et j’étais, moi, très blanche  nous étions sur du sable. Je ne me souviens plus d’avoir joui. Cela prenait du temps de ramper ainsi sous le cheval. Mes bras avaient un peu la forme de ses membres – mes muscles le même dessin. J’étais cheval. On rit. On rit pas. On s’aime. On s’aime pas.

 

Ecriture automatique – 20 novembre 2018

Inventaire des derniers mois. 5 déclarations d’amour dont 3 étaient fausses. J’ai rêvé cette nuit d’un chaton tombé d’un immeuble personne ne prêtait attention à ses plaintes, j’ai voulu le prendre, lui caresser la tête mais elle est restée entre mes doigts, il m’a fallu un certain temps pour me dire qu’il était mort, vu son corps et sa tête détachés.
Il me faut toujours un certain temps pour tout, dans un monde où tout doit aller vite cela confine à la connerie. Après le rêve, je suis sortie, il y avait des pigeons sur le trottoir qui mangeaient des légumes pourris, cela m’a soulevé le coeur, et continuant encore plus loin, un des leurs en charpie, chopé par une voiture peut-être. Oui je dois toujours aller plus loin même quand la route m’indique le sens interdit.
Après tout cela, le calme est revenu. Je fais la sourde oreille, tout ira mieux et le bénéfice du doute, je l’épingle au mur pour jouer aux fléchettes. Invent-aire.
Plus tard, dans la journée, je me suis acheté un cutter, je n’arrive pas à faire glisser la lame.
Cela doit bien avoir une explication.

 

Ecriture automatique – 9 novembre 2018

Je voudrais te dire que tout est posé sur un fil.
Un souvenir, presque un traumatisme, d’un passage dans ce film muet – vu dans ces salles où on les regarde encore avec un piano – Je pense qu’il s’appelle Les amants maudits, ce film, mais mes recherches sont vaines. Pas les amants puérils. Pas les amants lumineux. Ou était-ce les amants diaboliques ? Non. Dès le début du film, le réalisateur a pris soin de filmer l’héroïne de manière à ne pas la mettre en valeur – elle est laide – et seul le regard de son amant fait penser qu’elle est très belle.
Une histoire classique. Comme je m’en souviens:  elle est gérante d’une entreprise, lui arrive comme ouvrier, ils tombent amoureux mais leur amour n’est pas accepté par la société, les expulse, ils partent vivre dans la montagne, seuls, ont un enfant et c’est l’enfer. Tout finit mal.
Mais le moment le plus terrible, c’est lors d’une de leurs disputes, à la fin, quand il se retourne vers elle, la regarde et lui dit : « je n’avais jamais vu comme tu étais si laide ».
C’est éprouvant.
Je voulais te dire que tout est toujours posé sur un fil.
A quoi que tu penses, il peut basculer. Disparaître. Se désintégrer. S’envoler.
Je me parle. Pense à cela quand tu as les pieds sur terre.

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Ecriture automatique – 13 octobre 2018

Un autre amour est possible
L’eau, les feuilles, de loin
Les familles heureuses
Une odeur de chou cuit
Dans mes narines
Meurent
Chaque dimanche une goutte
Dans l’eau glacée
La nuit
Quand j’ouvre les yeux
L’odeur
Me prend à la gorge
La solitude
Ou la cuisson
/

L’eau tiède

débarque
Tous les dimanches en fête
Paradent
Si je te disais une autre floraison
Le temps me glace
Dans ces photos en promenade
N’être ni là ni ailleurs
Si jamais il faut être
Est-ce nécessaire d’ailleurs ?
La seconde ne suffit-elle pas
Celle d’il y a quelques années déjà
ou celle d’avant-hier –

Je ne sais pas –
/
Si les chansons sont bonnes

La vie ne raconte rien
Je ne sais comment
Un autre amour est possible
Traversait mon esprit
Des lendemains
On ne veut pas
Ainsi s’accumulent les pensées
Sur le trottoir  – des putes
Juste tolérées
Un autre amour est possible
s’acharne – un poivrot
Tentative de rentrer-maison

Contre tentation
/
Si je cède

La parole
La pensée
Le pas
Le passage
L’autre n’existera pas
Qu’importe finalement
Les dimanches existeront
– eux –
Malgré le verdict
Je pleure – ou pas –
un autre amour est possible
s’évanouit
Sous mes pas.
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Ecriture automatique – 12 octobre 2018

41367574_2167606599977670_5498940126211866624_nPUTAIN. FAUT QUE JE SOIS GENTILLE. PUTAIN. FAUT QUE J’AI DE L’HUMOUR. FAUT QUE JE SOIS COMPREHENSIVE. PUTAIN. PUTAIN. FAUT PAS QUE J’ECRIVE CA. PUTAIN. FAUT QUE JE SOIS DOUCE. FAUT QUE JE SOIS JUSTE. PUTAIN. FAUT QUE J’EFFACE CES PENSEES. PUTAIN. FAUT QUE JE SOIS GENTILLE. FAUT QUE JE PENSE A COMMENT LES AUTRES RECOIVENT LE TRUC. SANS HUMOUR. PUTAIN. FAUT QUE J’AI DE L’HUMOUR. FAUT QUE JE SOIS PAS TROP. NI TROP PEU. PUTAIN LA CUISINE C’EST DUR. PUTAIN. PAS TROP SALEE. PAS TROP PEU. PUTAIN. FAUT QUE JE SOIS COMPREHENSIVE. SERVIABLE. ON DIT AMENE. FAUT QUE JE SOIS AMENE. PUTAIN. FAUT QUE J’ARRIVE A ÊTRE SANS ATTENTE. SANS DEMANDE. SANS RIEN. DES SANS A PERDRE HALEINE. PUTAIN. FAUT QUE JE SOIS QUAND MÊME VIVANTE. DRÔLE. EPATANTE. MAIS GENTILLE DOUCE COMPREHENSIVE. PUTAIN. FAUT QUE J’EXISTE SANS TROP EXIGER. SANS TROP EXISTER. PUTAIN. FAUT QUE JE SOIS ATTENTIONNEE. PUTAIN. A L’ECOUTE. PUTAIN. DOUCE. PUTAIN. FAUT QUE JE SOIS PRESENTE. MAIS PAS TROP. PUTAIN. FAUT QUE JE SOIS EN FORME. FAUT QUE JE SOIS EN BONNE SANTE. PUTAIN. FAUT QUE JE FASSE PAS CHIER. PUTAIN. FAUT QUE JE SOIS GENTILLE. PUTAIN. FAUT QUE JE SOIS JOYEUSE. PUTAIN. FAUT QUE JE SUSCITE LE DESIR. PUTAIN. FAUT QUE JE SOIS DOUCE. PUTAIN. ATTENTIONNEE. PUTAIN. GENTILLE. PUTAIN. ADORABLE. PUTAIN. DISCRETE. PUTAIN. GENTILLE. PUTAIN. AMENE. PUTAIN. A L’ECOUTE. PUTAIN. COMPREHENSIVE. PUTAIN. DE L’HUMOUR. PUTAIN. FAUT QUE JE SOIS UNE PUTAIN.

Ecriture automatique – 7 octobre 2018

ADRESSE

Mon amant,

Je te quitte
Parce que je ne te manque pas

Et qu’il m’est inconcevable d’être au monde dans un rapport autre que celui de nécessité.
Il m’est impossible de me dire que tu m’aimes si, quand tu ouvres les yeux, tes premières pensées ne sont pas vers moi, si tes premières paroles ne me sont pas adressées, si les heures peuvent s’écouler sans que tu n’aies besoin de m’entendre ou de me voir, si le soir tu ne fermes pas les yeux pour me regarder dans tes rêves, pour m’y inviter, sans quoi tu ne trouverais pas le sommeil.

Mais tout cela n’est pas. Et je n’ai pas envie ni de t’en vouloir, ni de renoncer à ce besoin-là d’être aimée, ni de m’inventer une histoire, des excuses, des raisons à tout ce qui me manque.
J’ai longtemps pensé qu’une femme quittait son compagnon quand elle ne l’aimait plus. Je me trompais. Elle quitte son compagnon quand elle sait, expérimente, le fait de ne pas en être assez aimée. Ou d’en être mal aimée.

La nuit passée j’aurais voulu être avec toi – et je ne l’étais pas – qu’importe avec qui tu étais – et ce fut comme une rupture.
Tu m’as dit que tu aurais adoré que je sois là, que tes doigts… pendant que les étoiles seraient apparues. A combien l’as-tu dit ? Et puis le souhait qui n’a de conséquence que lui-même, c’est-à-dire un peu de fumée…

Tu n’as touché qu’une infime partie de moi parce que, je ne sais pas pourquoi les choses sont ainsi faites, il y a toute une part de moi qui demande un effort – et pour la voir et pour l’accepter.
Je ne suis pas facile – comme disent les hommes pour qui les femmes doivent rester des jouets, des terrains de jeu.

Et toute cette part – noire, complexe, ambiguë, vivante – crie. Plus je l’écarte de ma vie et plus elle crie, plus elle devient noire et plus elle prend une place comme une eau qui s’infiltre malgré les colmatages.

Je suis vide d’avoir écrit tout cela. Comme si je ne voulais pas l’écrire, mais je l’ai écrit quand même – et donc, au fond de moi, pensé. Je voudrais ne pas penser tout cela. Depuis enfants, on nous dit ce qu’il est bon. bien. de penser alors que nous savons tous que s’il y a une choses qui échappe à notre contrôle, ce sont nos pensées et nos émotions. Alors oui j’ai pensé tout cela.
Je ne sais pas si j’aurai le courage ( le courage ? ) , Disons l’envie de mettre mes pensées en actes.
Écrire est si simple. Vivre si compliqué.

Longtemps cette phrase de Paul Eluard m’a poursuivie :  » je suis dans la vie comme dans un bain d’eau glacée ». Elle était partie – vers d’autres horizons – et voilà qu’elle me revient – je ne la veux pas. Je ne l’accueillerai pas avec toute la gentillesse dont je peux faire preuve. Je l’accueille mal.
Car j’ai pris goût aux matins clairs et aux soirs chauds. Je ne sais pas comment les perpétuer tout en n’étant pas exigeante – de cette exigence-même qui me conduit au soleil noir – notre besoin essentiel, fondamental, absolu d’être aimé se heurte violemment avec notre désir incontrôlable, permanent, tyrannique d’aimer.

Mon amant
Je ne te quitte pas.
Je ferme les yeux pour sentir tes doigts.

Photo La Voyeuse/terr.3

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