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Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

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Ecriture automatique – 11 juillet 2018

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Le démon. A l’époque je ne l’avais pas vu depuis vingt ans.  Je ne l’aimais pas au premier coup d’oeil. Je m’en souviens. Puis il y a eu les quelques jours passés ensemble, son attention, ses approches, son désir – il disparut ensuite, alors que j’avais découvert le mien. Alors le démon était apparu – une troisième fois – et des mois durant j’avais lutté avec lui. Dans ce combat, mon désir avait pris le visage de l’ennemi. Pour le reconquérir, j’ai un jour demandé à le revoir lui. C’était la seconde fois que nous nous revoyions. Le rendez-vous fut pris dans un lieu de notre activité commune – un lieu fait de statue, de marbre et de plastique, un mélange hideux d’art et d’administration. Le démon s’est invité aussi. De toute ma vie je n’eus jamais un tel délire. Il consistait en cette situation : J’arrivais dans l’entrée du bâtiment, une cour précédant l’immeuble avec un carré de jardin où des plantes fleuries me dépassaient. Et lui, cet homme, serait à une des fenêtres du bâtiment et me viserait avec une arme à feu avant de tirer.
En réalité je le vis. Nous passâmes un doux moment ensemble. Lui rempli de désir comme 20 ans auparavant. Je refusai. Mais mon désir était revenu. Si le démon a fait son apparition c’est que mon désir était apparu comme dangereux.
Si le démon devait mourir, mon désir porterait-il le deuil ?

Je gardai mon désir. Je fis disparaître l’homme. Le démon, lui, dort mais sa fin est proche.

 

Ecriture automatique – 3 juillet 2018

Histoire d’eaux. De ta bouche à mon désir. De nos failles à nos rencontres. Histoire d’eaux. Chercher la source, s’y abreuver sans cesse quand on la trouve.
Devant nos yeux nul autre ciel.
Histoire d’eaux – mon corps en expansion dans la rue – Histoire d’eaux, toi pour qui le chemin vers elles est si simple. Histoire d’eaux – sans corps il n’y a rien à dire – Histoire d’eaux – Toujours au bord de la noyade – Toujours au bord de l’assèchement – Un pont passe au-dessus de ton flot – quand Michel Ange dessine le doigt de Dieu qui touche le doigt de l’homme. Quand Michel Ange dessine le doigt de Dieu qui touche le doigt de l’homme. QUAND MICHEL ANGE DESSINE LE DOIGT DE DIEU QUI TOUCHE LE DOIGT DE L’HOMME. QUAND MICHEL
ANGE
DESSINE
LE DOIGT
DE DIEU
QUI TOUCHE
LE DOIGT
DE L’HOMME
Qu’est-ce à dire ?
Quoi ?
Et tes doigts qui cherchent mes doigts sur le bord de la falaise
Et ton sexe qui essaie d’attraper le mien sur une pierre qui tremble
Et, peut-être, tes yeux qui se répandront dans les miens
Et, peut-être, tes lèvres qui n’auront plus d’autres fonctions que de répondre aux miennes.

N’est-ce rien ?
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Ecriture automatique – 27 juin 2018

25791065_1754804324591235_3255843143333496550_oJ’ai l’habitude de pousser à bout. Aller voir jusqu’au bout. Je ne garde pas ma langue dans ma poche. Par exemple je pousse les gens à bout en les aimant. Rares sont ceux qui résistent, qui supportent que, dans ma poche, j’y mette plein d’eau, que je les abreuve. Ma langue, je la sors cash. Et ça, c’est dégoûtant pour beaucoup. Je pousse directement jusqu’au bout pour voir la résistance, comment ça tient. S’il craque, tout s’évanouit. C’est le début de l’été et c’est déjà la fin de l’été. L’été recommence tous les jours. Sans hésitation mais à chaque fois sur un autre continent. C’est le début de l’été et c’est déjà la fin de l’été. Une saison de l’être. Je pousse à bout pour pouvoir m’assoir tranquille et contempler. Bouger. Me balancer. Partir. Et l’autre aussi. Je pousse aussi à bout en m’échappant. Toute une technique de papillon. Quand l’eau coule, rien ne paraît impossible. Ni l’infini du ciel ni cette promenade avec cette autre promenade. Je pousse à bout comme on va voir derrière la porte. Derrière la mienne. Quand l’eau coule, tu as soif. Le début de l’été et sa finitude, comme on on étanche. ça. Va et vient. Pousser à bout et sentir qu’il est extrêmement souple, qu’il ne rompt pas, juste se transmet d’une personne à l’autre. Toucher la soif. Pousser l’eau. Toucher le bout. Être sereine. Être calme. Parce que le bout est une étendue.

Ecriture automatique – 26 juin 2018

La Belle aimait la Bête. C’est la Bête que la Belle aimait. Je n’arrive pas à ne pas me dire qu’elle n’a pas été déçue lors de la transformation. On a abusé d’elle. Et de son amour. La Bête meurt. Inexorablement. Et la Belle aurait été heureuse de recueillir un homme ? On ne lui laisse même pas une seule nuit. La Bête, par le baiser, se transforme en un petit garçon déguisé en adulte. C’est à ce moment-là que le sort est jeté ! Et la Belle n’a qu’à s’en contenter et s’en mordre les doigts – que le petit garçon adulte n’osera mettre dans sa bouche ou ailleurs et qu’il se contentera d’embrasser délicatement du bout des lèvres. Quel malheur pour la Belle ! C’est la Bête qu’elle aimait. Pourquoi le lui avoir enlevé ?36227164_2015300381874960_6278213353106046976_o

Ecriture automatique – 23 juin 2018

Des heures se présenteraient à nous. Comme à chaque fois. Les secondes seraient violentes et les minutes profondes. Nous fermerons les mains pour les retenir comme on presse le sexe désiré. Les minutes seraient légères et les secondes brûlantes. On les mangera, munis de nos yeux et de notre peau – Proches, tout sera aboli, l’instant seul trouvera grâce à nos yeux – et puis, tout s’envolera, il nous faudra à nouveau voir à distance, il faudra que la bouche cède la place, que nous retournions là où nous existons, cette petite mort qui sera comme le paradis, cette éternité enfin supportable, cet espace infini dans une chambre – nous n’en savons rien – on y laissera peut-être une main – au cas où – pour caresser la joie et nourrir ces secondes – la porte refermée, nous nous perdrons peut-être, heureux de s’être découverts.

Ecriture automatique – 17 juin 2018

Tu vas t’asseoir et écrire ta putain d’écriture automatique. L’habitude et l’ordre se ressemblent, sont complices, se confondent. Il va falloir aller le chercher ce mot qui se cache dans mes viscères. Mon désir est dans tous mes pores et non seulement dans mon sexe. Le remplir demande une patience d’ange. Coupure de courant entre ma pensée et ma main – elle court seule sur le papier les mots restent dans mes oreilles, c’est insupportable, assourdissant, tout à l’heure, je suis passée dans la madeleine de Proust ma madeleine de Proust à moi est un long couloir où règnent une odeur de gauffre et une résonance particulière, et je sentais mon visage se contracter au fur et à mesure des émotions qui y prenaient leurs vacances je n’y étais pas allée depuis tant d’années, dans ce couloir et ces émotions, plein de phrases me rendent visite en coup de vent, je n’ai pas le temps de leur offrir un verre ni même de leur expliquer mes réelles intentions, je m’endors avec des frissons de musique dans le cou, mes jambes sont hautes, ma tête est basse, la tristesse passe sa langue sur la joie, et la joie lui rend ses caresses, frissons, je ne suis pas femme à aimer un homme, ce serait tellement plus simple mais rien en moi ne supporte les choses simples, il faut toujours un noeud où ronger son os comme dans les intestins de la petite fille, demain je m’attache – au piano – ça calmera les baisers incessants des deux qui ne me lâchent pas – Hé toi ! Tu m’as bien lue – je suis nue comme tu n’imagines pas – c’est mon désir qui me déshabille – quoi qu’en pensent ceux pour qui je peux aller me rhabiller – mon énergie, c’est ma force et ma faiblesse, elle me dépasse d’une tête – au moins. Je me rattrape sur les fraises sucrées qui sont d’une obscénité sans non – je les aime et je les mange – on ne m’aime pas, je ne me laisse pas manger – c’est donnant donnant – done done down dawn, freedom – Que les choses soient compliquées ! Je sens bien que je m’échappe au lieu de rester là, plantée, tranquille, non, je m’échappe, j’ai peur de m’attraper, la pièce vide, en même temps il y a des moments où je me repose, COMME une princesse, c’est pas voulu, je n’en suis pas, je fais pas exprès, après, dès qu’une feuille morte ou pas passe, je peux pas m’empêcher de la suivre pour qu’elle me caresse.
Chaque nuit différente et qui ne déborde pas sur le jour – I WANT.pasmal2