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Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014

Écriture automatique – 27 juin 2017

Je remplirai tous les espaces. Sans laisser une seule goutte à des larmes de regret. Demain peut être laid. Je ne veux pas de morale -de mots râle – je ne veux que du respect – il fait chaud en moi, ça bouillonne – ça brûle m’a dit le médecin – c’était peut-être un sorcier – il n’y a pas de prisons, qu’intérieures

A part ce que la loi interdit, tout est permis – tout est possible – tout est possible dis-toi cela tous les matins je suis tous les possibles de ce qui est en moi, en moi tout est permis, c’est un champs à perte de vue, une longue longue longue plaine – comme une peau étalée – sais-tu qu’elle est aussi grande qu’un terrain de foot ? – tout est terrain de foot – tout un terrain de foot pour toi t’étaler dans chacune de tes cellules – creuser chacune de tes parcelles, y mettre le ciel. Oui oui tout est possible et tu as de la chance

Tous les matins tu as de la chance. Arrête de compter tes centimètres ou ceux qui t’échappent ou ceux qui t’oublient, tu as de la chance. Tu as de la chance même si la chance ne dure qu’une minute, même si la chance ne dure qu’une seconde, même si. Aime ton carré de vie et tais-toi. Mes mots sont simples et se répètent, comme une enfance à la campagne – ils sont bons ils ne cherchent pas à te troubler. 

Tu as de la chance – tout est possible – dès maintenant – lève-toi et ouvre ta fenêtre. Lève-toi. Saute. Tu as de la chance. Tout est possible. Les mots sont bons. Lève-toi. Tu as de la chance. Tout est possible. Les mots sont bons. Lève-toi. 

Écriture automatique – 26 juin 2017

J’aimerais que les murs soient des éponges qui absorberaient la réalité, j’aimerais que tu sois nu devant moi mes mains des aimants tendus vers ta peau électrique, j’aimerais que mon désir ne soit pas suspendu à la corde du hasard, j’aimerais que tes fesses rebondissent face à

ma

tristesse, j’aimerais pouvoir soupirer comme les planètes, j’aimerais te voir en squelette, j’aimerais que ma langue joue autant que mes yeux et passer entre chacune de tes côtes, j’aimerais que tu sois un infini de tois j’aimerais baillifourner, fantasmaimer, écrassusciter des moments où j’aimerais absolument et sans hésitation, mordre dans la chair qui se présenterait à mes narines affolées, j’aimerais torturer la torture et lui faire avaler ses outils nauséeux, j’aimerais tuer la mort à coup de faux, puis j’aimerais m’en laver les mains à ta source quand tu ouvres les yeux, j’aimerais boire la tasse de ton étant entendu que peut-être, j’aimerais ne jamais arrêter une phrase sans fin sempiternelle ni terne ni sensée, longue comme ta langue qui voyage sur moi, une rivière de nos pulsions vers la mer de nos désirs.Et je me t’es. 

Ecriture automatique – 25 juin 2017

Encore une fois la fin. Combien de faims dans une vie ? Rien ne glisse en moi – je suis un terrain accidenté où l’eau coule seule. Les incendies se font rares. Avec ou sang je ne sais pas. Je suis un spéléologue de l’espoir. Un spes-éologue qui a changé de vocation, qui ne cherche plus, qui est. Les fourmis sont là quand mon corps m’appelle. M’entendent-elles ? Accordéon sur le plancher. Accordéons-nous sur le plancher. Accord-déi. Accordéons-nous sur ton inexistence, sur ta lâcheté, sur notre absurdité, une bonne fois pour toutes, toutes les fois où c’est la fin, la faim, qui menace, qui gronde l’enfant que je reste, l’enfant que je suis.

En travers de la gorge il y a tellement de choses que seul l’oubli est l’ami. J’ouvre toutes les veste, pas la peine de te cacher. J’ouvre toutes les vérités même si elles me dégoûtent. Après je vais me rafraîchir dans le regard d’un animal. Je ne tends plus aucune main, c’est mon corps qui parle, il effraie, et fraye des chemins, les plus grandes déchirures, qu’on n’y changera rien, comme les fourmis dans mon corps, dans mes yeux, dans ces mains qui ne se tendent plus depuis qu’elles voient.

Écriture automatique – 22 juin 2017

Il y a plein de bouts de. De bouts de phrases. Debout. Debout. Tu sortiras peut-être de la terre. Une odeur. Une ôde-heure rien que pour toi. Rien qu’une heure alors. Il y a une force, je ne sais si c’est la joie. 

Le point à la ligne ne vaut plus. Je rêve que tu m’appelles et me creuses en pleine nuit. Je rêve que tes rêves soient en pluie, remplis -glisser sur le macadam. Pourquoi on se dit ? La vie n’est que du sable. Où tombes-tu ? Où va ton sang ? 

Facile, facile tout est facile. La terre boit, le ciel trahit, ne peux-tu pas parler d’autre chose ? AUTRE chose. Que ce qu’il y a devant mes yeux. Qu’ils se retournent, confrontent la nuit peut-être, qu’ils aillent ailleurs, vraiment ailleurs, dans des mots inexplorés, s’écorcher les genoux dans les montagnes de ton corps, et les mots, qu’ils aillent avec mes yeux, comme de fidèles assistants, se retourner dans ta tombe, qu’ils aillent chercher dans ta langue des langues inconnues, mortes et ressuscitées, mes yeux, qu’ils se retournent quand je pars, qu’ils me laissent partir, mes yeux, ineffable, acrobate,pisseuse de peu, que les mots qui les regardent soient comme des chiens, des anges gardiens, mes yeux ta langue, à jamais retournés, ficelée, mes yeux ta langue, mes mots sur tes genoux, tes yeux en abcès, absolument disparus dans mes phalanges,  vive cette guerre-là, cette mort-là, rocambolesques dérivés sur les rives de mes rêves de ta résurrection – et mes yeux se posent sur cette épaule nue, toute prête, comme un nid de grives, gratte gratte, il n’en restera rien.  

Écriture automatique – 18 juin 2017

Il fallait que ça arrive. Que ça vienne me claquer dans la gueule. Que crois-tu ? Tu te croyais épargnée ? Le bonheur est chèrement payé. Le bonheur est chairement payé. Le bonheur est payé de ta chair étalée. Tu as payé l’addition de ce bonheur. A chaque fois. Jusqu’à la nausée alors que nous y avions à peine goûté. Mais que crois-tu sale bête au fond de toi, que les gens que tu aimes peuvent s’en tirer tout seuls ? Je t’ai laissé un peu de temps, un peu de répit, je n’allais pas te laisser PASSER sans te foncer dessus. Toi, le bonheur, je t’écrase. Tu es insupportable. A chaque fois insupportable, je n’ai pas à te porter, à te porter bonheur, je n’ai pas à t’expliquer, je n’ai pas à te donner une chance, d’abord je n’y crois pas alors je te l’enlève – je te soulève de terre pour te plaquer au sol de la misère, confronte-le à présent ton bonheur, confronte-le avec le gravier qui écrase ta gueule, confronte-le ton doux bonheur avec la dureté du bétonné. Que croyais-tu, vraiment ? Que tu allais m’échapper ? Que tu allais pouvoir vivre des jours paisibles ici-bas sans que ce soit compté ? Je te le dis haut et fort: ce que tu penses est dépassé, tout est fini, déjà transformé, ton bonheur avarié, ton bonheur devenu avare, ton bonheur bavard, je le fais taire, je le trais, je tire un trait sur lui, un trait gros comme le caoutchouc d’un pneu, ton bonheur de peu. 

Écriture automatique-13 juin 2017

À un moment DONNÉ, on a commencé à PATINER. NOS PIEDS ONT GLISSÉ. LE TEMPS s’est refroidi. Il faisait tout-à-coup GLACIAL. On avait changé de saison –  L’espace était devenu une PATINOIRE où nous étions de piètres danseurs. Rester en piste était une question de vie ou de mort. Car l’air s’était également raréfié. C’était ÉTONNANT. INATTENDU. Je n’avais plus aucun SOUFFLE pour faire redémarrer le manège. La foire touchait à sa fin. Le cirque avait assez duré. Plus personne ne riait entre toi et moi. C’est les pieds GELÉS que j’ai quitté le navire. Embarquement immédiat vers un moi flou, changeant, lunatique, qu’importe. Le cul entre deux chaises, ce n’était plus un numéro de clown, c’était au bord d’un vide qui se dit rempli mais où il n’y a rien. Je tournai les talons. Ce n’est pas de la poésie. C’est de la crudité d’un jour: le départ. Le cul par terre d’avoir glissé sur le bord d’un espace où l’on se sent étranger – à ramasser toutes les crasses des jours qui défilent, son territoire saturé de tristesse, quitter le pays est une renaissance après s’être laissée crucifier – parfois  on glisse et rien ne casse – parfois on casse pour se sauver – la porte refermée, spectacle ajourné, faillite de l’entreprise, recouvrement de mon corps jusque-là oublié. 

Écriture automatique – 12 juin 2017

L’autre amène le mot. 

L’autre amène le mal. 

Je passe un doigt sur ton bras. 

L’autre amène le désir, le plaisir, la vie. Tout cela est faux.

L’autre n’apporte rien. Il arrive nu et tu l’habilles. 

Après, c’est trop facile de lui reprocher de ne pas avoir la bonne taille. 

Je cherche un corps. Pour oublier le mien. C’est faux. Je cherche un corps pour connaître le mien. C’est faux. Je cherche un corps pour rien. Que le plaisir d’un autre corps. C’est faux. Je cherche un corps pour pousser le mien dans ses derniers retranchements. Je cherche un corps pour mes yeux. Dans lequel ils pourront se vêtir. Je cherche un corps pour ma bouche. Dans lequel elle pourra se mettre à nu. Je cherche un corps pour mes mains. Dans lequel elles pourront se remplir. Je cherche un corps pour mon ventre. Qu’il sache où il est. Je cherche un corps pour mes cuisses. Qu’elles connaissent leur force. Je cherche un corps pour mon corps. Dans lequel il piochera un instant.