Écriture automatique – 5 novembre 2017

Les mots arrivent comme un seau d’eau sur la tête. Si au moins tu avais été un salaud, j’aurais pu me plaindre de ta superbe. Mais tu n’étais qu’un connard. Comme tant d’autres. Car être salaud demande un certain talent, un certain charme. Et ses victimes peuvent au moins se consoler d’avoir découvert le pot aux roses. Ici rien.
Fla, un nouveau seau d’eau , glacée cette fois, sur ma tête. On a tous un deuil qui ne finira jamais. Le deuil de soi, le deuil d’une croyance d’être. Et il ne se terminera qu’à notre mort. C’est pour cela que l’on vit, pour prolonger le deuil, pour en faire quelque chose, pour le vivre. Il y a un deuil au fond de moi qui survit. Il a la peau dure et le cœur bien accroché. Je le sais à présent. Il ne se terminera pas et il est né peu après l’enfance. Je ne peux dire son âge exact mais qu’importe, il vieillit et ne mourra pas avant moi.
Fla, seau d’eau glacée, sceau de fer de chair de mes mots. Faut-il s’oublier ou se connaître ? En face, le deuil, ce miroir. On a tous un deuil au fond de soi. Celui de notre naissance.
Fla, eau glacée, ces mots, Fla, qui me glacent et me réchauffent pourtant, qui arrivent d’un coup, qui me paralysent un instant par leur tranchant, enfants en été, on utilisait l’arrosoir branché sur un robinet et l’eau arrivait d’un coup, imprévisible, comme un serpent, mais ici c’est un seau. Un seau renversé sur ma tête, rempli.e. d’eau glacée. Après avoir vu le deuil, avoir accepté sa présence permanente, il devient une seconde peau.
Il nous protège.
Des seaux d’eau
Glacé
En hiver.

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Écriture automatique – 29 octobre 2017

C’était la première fois depuis sa mort que mon père me serrait dans ses bras. J’ai laissé passer du temps et le souvenir s’est estompé. Souvent j’ai pensé que tu n’avais pas la force de ton amour. Je l’ai souvent pensé mais peut-être, en fait, n’y avait-il que la force. Et dans mon rêve, mon père n’avait également aucune force, il me serrait mais ses bras étaient tellement fins, je ne sentais pas leur impact sur ma peau. A mon réveil il y eut une ombre. Ce premier serrement ressemblait, à y réfléchir, au dernier que je lui avais donné quand il partait sans pas. Réfléchir à ce rêve me fait sortir de moi-même et de ce monologue sans fin que nous nous adressons. Qui sait atteindre le silence ? Le réel silence ? Celui où l’on se regarde sans jugement ? Celui où notre regard ne porte plus sur rien ni personne ? Finalement il s’agit du vacarme du monde et du silence de la vie. On ne sait jamais trop bien ce qui se passe quand une main touche un corps. Si c’est le corps qui touche la main. Qui va porter l’ombre et qui la lumière. Qui va porter et qui va être porté. Qui va emporter et qui va donner. Qui se défaire et qui chérir. 

En cela, les retournements sont des marées hautes et des marées basses. C’était la première fois que depuis sa mort, je serrais mon père dans mes bras. 

Écriture automatique – 25 octobre 2017

Tu n’as point d’avis hormis tes yeux, c’est tout. Et ceux qui en ont n’aiment rien ni personne. 

Ça a commencé comme une erreur, une distraction. Comme je n’en abusais pas, je n’ai rien remarqué. Ce type de changements m’est arrivé plusieurs fois dans ma vie, et, à chaque fois, avait signifié qu’une reconquête m’attendait. 

Ici, c’était peut-être définitif et tel quel, ça ne m’était jamais arrivé. Qu’avais-je à dire sinon cette absence de goût ? Les mots ne venaient pas non plus. Sans doute trouvait-elle que ce n’était pas très important, essentiel, mais que ferait-elle si cela venait à se répandre, à s’agrandir, à envahir d’autres lieux ? Peut-être cela signifie-t-il que la douceur avait quitté sa vie ? Qu’elle était devenue guerrière à temps plein et pour les jours à venir, et que les jours précédents, telle une main qui tire vers la rivière, avaient réussi à la faire entrer définitivement dans cette eau-là. 

Ce qui l’avait quittée lui rappelait un état, celui qu’elle ressentait parfois, enfant, au réveil, dans son lit, celui qu’elle avait ressenti trop rarement, glissée contre un corps bienveillant et, par contraste, elle se souvint de tous les goûts acides qu’elle avait avalés malgré son dégoût, peut-être par indifférence, irrespect, de tous ces froids que ses os avaient endurés parce qu’il y avait peut-être, au bout, une flamme, ou que sais-je quoi. 

Non elle ne se jettera plus vers l’armoire, ne sera plus tentée de rien, flottant dans une neutralité à toute épreuve, à présent qu’elle avait, elle le savait bien, perdu le goût du sucré. 

Tu n’as point d’avis car le sucré t’a déserté. 

Ecriture automatique – 20 octobre 2017

Et alors. Je me suis trompée. Vraiment ? Je devais sortir. Grosse fatigue. Envie de péter en pleine foule comme si j’étais seule au monde. A croire que j’ai des yeux sur tout le corps. Il faut se taire. Se taire. Se terrer.
Oui ce serait plus facile si je découpais seule le contour de mes yeux.
Je suis la coupeuse de têtes. Ma profession. Ma vocation. Couper la tête du professeur. Du père. Du maître. Je voudrais rendre mon tablier tâché de sang mais non, ma tâche est sans fin. Je suis la coupeuse de têtes et je porte mon corps comme un cadeau empoisonné que je déguste à grands coups de haine et d’admirations, la première se confondant avec la deuxième dans un seul miroir vétuste mais tenace. Je suis la coupeuse de têtes. Celle qui se sait condamnée et qui continue à se lever chaque matin. Si je suis seule, c’est que les baisers étaient répugnants, maladroits, viandesques avant d’être carnivores. Hors de moi tout cela et que le vide me comble. Je suis la coupeuse de têtes et je danse le ventre vide et la bouche pleine de mots qui ne veulent pas sortir. D’autres obstruent le passage, tous les mots qui ont des yeux et devant qui on baisse lamentablement les nôtres. Je suis la coupeuse de têtes. Je porte en moi l’impossibilité des mots partagés et des ponts. Je suis la coupeuse de têtes. Tous les jours, il en sera de même. Nous savons bien que plus tard ne fais pas cela, tu es, tu es, tu es, tu ne peux pas, je ne te suis plus, tu as râté, tu le mérites, tu n’avais qu’à, pourquoi n’as-tu, je suis la coupeuse de têtes qui parlent en moi, qui sont entrées en moi, je suis la coupeuse de têtes pour qu’il n’y ait plus de paroles, plus de coupures.
Avec quelle force je m’arrache d’un rêve où je glissais onctueusement mais d’un faux pas. Je reste la coupeuse de têtes, elles qui envahissent notre espace d’un pas lourd et parce que je refuse d’effacer leurs traces, je coupe les têtes. Leurs traces persistent c’est pourquoi les têtes coupées sont indifférentes, mon professeur disait « jouer comme une poule sans tête », je lui coupe la tête, s’il me plaît de me laisser aller dans mon corps sans plan, sans carte, sans destination, sans itinéraire. Je suis la coupeuse de têtes, j’ai deux jambes qui avancent, un tronc dur comme de l’acier, deux bras pour m’agripper, je n’ai plus de visage, je suis la coupeuse de têtes, une faux l’a remplacé, et sa lame entre dans ma gorge et forme des mots. Je suis la coupeuse de têtes, la solitaire la meurtrière de la mort, libre, aurais-je choisi un autre chemin ? mais qu’est-ce que la liberté sinon un néant ou un mensonge ?
Je suis la coupeuse de têtes, celle qu’on ne voit pas et qui sourit, seule devant la montagne.

Ecriture automatique – 11 octobre 2017

Et l’image de nos corps entassés après l’amour dans le lit rectangulaire s’imposa à moi comme un plat laissé à l’abandon sur une table de restaurant, un bout de viande oublié au milieu. Toute cette énergie dépensée, par nos cellules, par les cuisiniers, perdue sans accomplissement. Nos maux croisés ne produisaient plus de sens. Nos corps étaient trop encombrés, les restes de viande trop encombrants pour que nous puissions les engloutir pour de bon. Nous étions dans un NO MAN’S LAND de la nourriture gaspillée. Il fallait commencer à se prendre au sérieux. Penser en terme de dépenses et de profits. A avancer les pions sur les dessins de nos maux. A choisir parmi eux lesquels correspondraient le mieux. A avaler les restes froids, les sélectionner pour nos repas à venir. Nous étions un tableau de natures mortes. Nos maux croisés ne formaient rien ne tissaient rien ne s’accrochaient pas. De là où je nous observais, nous ne bougions plus, ou si peu, en attendant que l’on vienne nous débarrasser.