Ecriture automatique – 21 décembre 2018

Les autres ne font que prononcer des mots. Rien de plus. Regarde-toi plutôt que les écouter. En fait on baise rien de plus. C’est toi qui entends des choses. La mer ne fait pas de musique.
 
pars loin en toi – là où personne ne peut frapper à la porte – et crie de jouissance –
 
Tu as mal partout mais tu vis – chaque jour tu apprends un nouveau mot ça agrandit ton ciel- ce que les autres disent, les mots qu’ils prononcent devient un brouhaha qui n’a pas plus d’effet qu’une musique d’ambiance dans une station de métro.
 
Tu es loin – mon.ma cher.e ! Bravo ! Tu as réussi à escalader le mur de l’indifférence. Et ce doigt dans ton cul n’y changera rien. J’ai la main douloureuse de n’avoir rien fait.
 
Je mange cette chanson comme un crouton de pain. Tout est loin. On croit toujours que c’est le temps qui est angoissant mais c’est l’espace qui l’accueille.
 
Bien sûr, tu me croiserais dans la rue tu ne me reconnaîtrais pas – à quoi bon ?
 
On m’a dit : toutes les C. ont les yeux qui sourient – c’était drôle – ça m’a fait rire – ce cul à l’envers, c’est pas mal, faudra que j’y repense – puis aussi de ne plus m’offrir qu’à moi-même – sais-tu qu’être seul.e – non rien.
 
Boris Vian avait dit j’irai cracher sur vos tombes. Artaud: chier ? Une idée qui passe. Sans doute nos numéros de téléphone seront interprétés comme nos identifiants plus tard – pourquoi y mettre encore un nom ? Y a-t-il autant de noms possibles que de numéros ? Sais pas – peut-être pouvons-nous oublier nos noms ? Jusqu’à nos noms ?
 
Se tromper de chemin et y aller quand même. Etre là comme une voleuse. Voleuse de pas. Voleuse de poussières. Voleuse de regards. Voleuse d’oxygène.
 
Tout est plus simple si on part que l’on est rien. Après ça, c’est facile, suffit de construire, d’emboîter, d’empiler, comme et autant qu’on veut. ou pas. Alors qu’être. Etre quelque part. Etre signifie qu’on ne sera plus tôt ou tard – je ne parle pas de la mort – ou alors je parle de ces petites morts qui s’accumulent tout au long de la vie et sur lesquelles on se plante comme un coq en mal d’inspiration. Putain faut arrêter. Un jour un ami (il y a longtemps) m’a dit : tu as deux chemins. Un ensoleillé, clair – l’autre noir, sombre – lequel tu prends ?
 
Et moi d’hésiter en riant…
(hommage qui ne sera pas reçu, l’ami disparu dans les méandres de la vie depuis longtemps)
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Ecriture automatique – 20 décembre 2018

Combien de fois dans ma vie n’ai-je posé la question « y a-t-il quelque chose à sauver ?  » et je connaissais la réponse – tout en ne sachant pas l’objet concerné – je me suis dit mille fois il n’y a rien à sauver – On me dit « sauve ta peau »  et je n’arrive qu’à en sauver la moitié – Je me promène à moitié nue – « ne reste donc pas toute nue tout le temps » – l’éternelle ritournelle d’être là où l’autre n’est pas et de ne plus y être quand il y vient – j’ai énormément chanté la comptine « lundi matin, le roi, sa femme et le p’tit princeeeee… » et le plaisir de dire  » laissez-moi me reposer » à la toute fin … comme une claque mais les claques, c’est à la main que ça fait mal. Donc il n’y a rien à sauver. C’est la seule solution. Celle qu’on peut diluer dans chaque minute , chaque heure que l’on passe à ne rien sauver – à sauver en ne sauvant rien. Ce sont des atomes qui sont inaccrochables –  Arrête de lancer toujours plus loin – l’autre moitié de ta peau se déchire – j’ai lu la peau, c’est le moi profond – quand on dit « ça s’enfonce comme des ongles dans la peau ». Et les ongles ? On dit le contraire de ce qu’on pense – comme ça, c’est plus drôle – et on regarde les autres danser – moi en l’occurence – c’est un jeu auquel ma fille adorait jouer plus petite – Dire oui quand c’est non, non quand c’est oui, la danse des oui-oui-non-non, jamais de peut-être c’est trop tiède.

Ca fait une semaine que je dois écrire cette phrase « combien de fois me suis je dit il n’y a rien à sauver » et le calme et le sommeil que cela procure ce n’est pas pour rien qu’on dit « sauve ta peau » ce moi profond, c’est pas pour rien qu’on se maquille, si jamais je touche ta peau je te pique, ma peau touche ta peau, moi profond contre moi profond, et parfois le néant, parfois du faux, la peau comme le jeu du contraire, la peau un mensonge volontaire, alors glissement, force gravité anéantie, il y a toutes les autres peaux qui font comme un tambour, ça fait boum boum, ce sont les coeurs,  ça berce ma peau, ma moitié de peau, mon quart de peau, ma peau de vache à ne pas sauver, tendus nous nous efforçons de ne rien sauver – comme des assoiffés qui arrêtent de creuser la terre voient leur soif disparaître, mec, c’est ça, ça disparaît, c’était juste un mirage, ma soif, car je vis dan l’eau, mec, je vis dans l’eau, je vis dans l’eau, je vis dans l’eau.

FIN DU CARNET

Photo JNG – https://www.instagram.com/jngphotographer/8O4A9921 copy

Ecriture automatique 8 décembre 2018

Tu m’as dit « mon amour » puis qu’il ne fallait pas que tu dises cela, qu’on te prendrait pour un fou. Tu avais raison. Je voyais ma mère se réveiller quand j’étais petite Elle ressemblait à une enfant. Les lèvres gonflées de sommeil. Toi aussi tu as parfois les lèvres qui gonflent. Et mes mains qui passent sur toi voudraient aussi ressembler à une enfant. Et que ta peau gonfle. Je ne sais être que moi. C’est-à-dire trop. Je pense avoir rêvé d’une araignée mais ça n’en était peut-être pas une. Les mots sont difficiles ce matin. Comme à chaque fois que je me trouve dans un tunnel trop étroit. Partir. Oublier le manque et le non-manque.  Je n’ai pas ma langue dans ma poche. Elle se ballade dans la tienne. Je n’y vais pas de main morte. Non mes doigts sont vifs et ma main les remercie. J’aimerais quelque chose que je ne sais définir. Ma mère a toujours eu cet air d’enfant. Je pense que c’est pour ça que je l’aimais autant quand j’étais petite. Elle était ma mère. Elle était ma soeur. Elle était très belle. Je reviens sur tes hanches qui me touchent. Parfois un corps entre complètement dans le corps de l’autre -je ne dis pas ce qui est – je dis : c’est possible. Toutes nos activités se résument à faire l’amour avec soi-même. Si ce n’est cela, à quoi bon ? Je deviens un appareil photographique car des images se sont imprimées en moi. C’est un vieil appareil. Parfois les images sont déformées. Parfois elles jaunissent. Je suis devant mon âme comme devant un précipice. C’est pour cela que j’aime toucher ton corps. Il y a un horizon. Et d’autres corps. C’est l’arbre qui cache la forêt. Je pense avoir aimé passionnément ma mère, enfant, moi, pas elle. Nos enfants s’aimaient passionnément. Il y avait quelque chose d’irrationnel dans cet amour-là. Quelque chose de l’ordre de l’incommunicable, quelque chose qui ne se construit pas, qui n’a aucune raison, qui est.
C’est pour cela que j’ai répondu que je ne savais pas pourquoi je t’aimais bien. C’est aussi pour cela que je ne t’ai pas traité de fou.

E.A. 29 novembre 2018 – explication

Quand j’étais enfant, j’aspirais à la liberté. L’enfance était une prison. Je pensais que l’âge apporterait ce à quoi j’aspirais: libre de mes mouvements, libre de mes choix, libre de mes actes, comme un cadeau que l’on me donnerait implicitement, arrivée à l’âge raisonnable.  Quand j’ai découvert la sexualité, en fait, je ne l’ai pas découverte,c’est elle qui m’a couverte, moi je la connaissais depuis toute petite, disons, quand je l’ai intégrée à ma vie sociale, je me suis rendue compte de deux choses. La première était que jamais on ne m’offrirait la liberté. Qu’elle n’était pas un dot de l’âge adulte. Qu’il me faudrait batailler sans cesse, sans cesse tenir à distance les murs de la prison – et que – la sexualité  s’y mêlant – en tant que fille, j’allais encore plus galérer. Que j’allais sans cesse devoir naviguer entre les risques du jugement – voire de l’exclusion – et le risque de crever vivante. Enfant, les années à venir me semblaient un immense paradis où je n’allais devoir que tendre la main pour cueillir ma liberté, je me suis alors rendue compte que le monde était un immense champ de bataille et qu’il me faudrait creuser la terre et crever le ciel pour mettre mon désir à sa juste place  – avec les années, je me suis aussi rendue compte que c’était depuis l’enfance que le monde m’avait envahie, insidieusement pour me faire ingurgiter son ciment infâme, que tous mes membres s’immobilisent et que le désir me quitte. Qu’en quelque sorte j’étais des deux côtés malgré moi et que la première bataille était intérieure. Il y a quelques nuits, j’ai rêvé que je rampais en-dessous d’un cheval, nue – j’avais pris un peu de poids, j’aimais bien – je me voyais ramper et je regardais cela comme si je faisais l’amour avec ce cheval – j’étais juste inquiète qu’il ne déplace un de ses sabots sur mon bras – La peau du cheval se confondait avec une peau humaine – et j’étais, moi, très blanche  nous étions sur du sable. Je ne me souviens plus d’avoir joui. Cela prenait du temps de ramper ainsi sous le cheval. Mes bras avaient un peu la forme de ses membres – mes muscles le même dessin. J’étais cheval. On rit. On rit pas. On s’aime. On s’aime pas.

 

Ecriture automatique – 20 novembre 2018

Inventaire des derniers mois. 5 déclarations d’amour dont 3 étaient fausses. J’ai rêvé cette nuit d’un chaton tombé d’un immeuble personne ne prêtait attention à ses plaintes, j’ai voulu le prendre, lui caresser la tête mais elle est restée entre mes doigts, il m’a fallu un certain temps pour me dire qu’il était mort, vu son corps et sa tête détachés.
Il me faut toujours un certain temps pour tout, dans un monde où tout doit aller vite cela confine à la connerie. Après le rêve, je suis sortie, il y avait des pigeons sur le trottoir qui mangeaient des légumes pourris, cela m’a soulevé le coeur, et continuant encore plus loin, un des leurs en charpie, chopé par une voiture peut-être. Oui je dois toujours aller plus loin même quand la route m’indique le sens interdit.
Après tout cela, le calme est revenu. Je fais la sourde oreille, tout ira mieux et le bénéfice du doute, je l’épingle au mur pour jouer aux fléchettes. Invent-aire.
Plus tard, dans la journée, je me suis acheté un cutter, je n’arrive pas à faire glisser la lame.
Cela doit bien avoir une explication.

 

Ecriture automatique – 9 novembre 2018

Je voudrais te dire que tout est posé sur un fil.
Un souvenir, presque un traumatisme, d’un passage dans ce film muet – vu dans ces salles où on les regarde encore avec un piano – Je pense qu’il s’appelle Les amants maudits, ce film, mais mes recherches sont vaines. Pas les amants puérils. Pas les amants lumineux. Ou était-ce les amants diaboliques ? Non. Dès le début du film, le réalisateur a pris soin de filmer l’héroïne de manière à ne pas la mettre en valeur – elle est laide – et seul le regard de son amant fait penser qu’elle est très belle.
Une histoire classique. Comme je m’en souviens:  elle est gérante d’une entreprise, lui arrive comme ouvrier, ils tombent amoureux mais leur amour n’est pas accepté par la société, les expulse, ils partent vivre dans la montagne, seuls, ont un enfant et c’est l’enfer. Tout finit mal.
Mais le moment le plus terrible, c’est lors d’une de leurs disputes, à la fin, quand il se retourne vers elle, la regarde et lui dit : « je n’avais jamais vu comme tu étais si laide ».
C’est éprouvant.
Je voulais te dire que tout est toujours posé sur un fil.
A quoi que tu penses, il peut basculer. Disparaître. Se désintégrer. S’envoler.
Je me parle. Pense à cela quand tu as les pieds sur terre.

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Ecriture automatique – 13 octobre 2018

Un autre amour est possible
L’eau, les feuilles, de loin
Les familles heureuses
Une odeur de chou cuit
Dans mes narines
Meurent
Chaque dimanche une goutte
Dans l’eau glacée
La nuit
Quand j’ouvre les yeux
L’odeur
Me prend à la gorge
La solitude
Ou la cuisson
/

L’eau tiède

débarque
Tous les dimanches en fête
Paradent
Si je te disais une autre floraison
Le temps me glace
Dans ces photos en promenade
N’être ni là ni ailleurs
Si jamais il faut être
Est-ce nécessaire d’ailleurs ?
La seconde ne suffit-elle pas
Celle d’il y a quelques années déjà
ou celle d’avant-hier –

Je ne sais pas –
/
Si les chansons sont bonnes

La vie ne raconte rien
Je ne sais comment
Un autre amour est possible
Traversait mon esprit
Des lendemains
On ne veut pas
Ainsi s’accumulent les pensées
Sur le trottoir  – des putes
Juste tolérées
Un autre amour est possible
s’acharne – un poivrot
Tentative de rentrer-maison

Contre tentation
/
Si je cède

La parole
La pensée
Le pas
Le passage
L’autre n’existera pas
Qu’importe finalement
Les dimanches existeront
– eux –
Malgré le verdict
Je pleure – ou pas –
un autre amour est possible
s’évanouit
Sous mes pas.
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