Le miroir

Encore aujourd’hui elle se souvenait de ce jour où passant devant le grand miroir – non pas un miroir spécial, bien fini et fait pour cet usage, mais un miroir sans bordure qu’on avait déposé là un peu par hasard, dans sa chambre, après l’avoir désencastré du meuble où il était jusque là – passant devant, donc, elle eut un choc, une surprise, ce fut la découverte de son corps ou plutôt l’image inversée de son corps, le même qu’elle avait trimballé presqu’inconsciemment, sauf pour la maladie, pendant toute son enfance, et là, elle devait avoir une douzaine d’années, elle le découvrait, il se découvrait, elle découvrait sa force – parce qu’il était sien – elle fit quelques pas, avançait, reculait, commença à danser – doucement– le regard à l’intérieur du miroir, ce fut son premier grand jeu. Elle ne cessa par la suite d’y revenir, jouer avec son corps était devenu une seconde nature, sa nature d’après l’enfance, elle avait jeté son dévolu sur ce bout de miroir – une glace disait sa mère – qui la plongeait dans un univers dont elle ne se fatiguait pas. C’était un jeu de cache-cache et un besoin de se retrouver, quoi qu’il arrive –, elle avait découvert la force de son corps, cet instinct de vie inébranlable et avait appris que lui seul lui appartenait – jusqu’à nouvel ordre. Ce jeu en était la preuve – et elle les chérissait tous deux pour cela, quels qu’ils soient et deviendraient.

 

Ecriture (semi-)automatique, 10 juillet 2016

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Ecriture automatique – 8 juillet 2016

Dans la vie il faut se déranger. Tout le temps. Dé-range-toi le jour. Dé-range-toi la nuit. Au réveil et au coucher, défais ton lit. Fous un bordel pas croyable dans ta vie, mélange-toi gaiement, mets le désordre à l’ordre de chacun de tes jours, et sur cet amas de sentiments contradictoires, règne en maître fou, joyeux, hilare, que sais-je ; résiste à l’enterrement permanent des bibliothèques bien rangées, mélange l’alphabet de ta vie et fabriques-en de nouveaux mots qui te guériront, peut-être, de celui de n’être que toi.

Ecriture automatique – 6 juillet 2016

Parfois quand je regarde devant moi je vois en oblique des amours déplacées je sens les perpendiculaires de la société. Je m’élance. Je suis toujours en mouvement. Le ciel est circulaire mais il prend la forme de la terre. Les hommes l’ignorent comme ils ignorent les regards qui ouvrent les rencontres. Parfois quand je regarde devant moi je vois en oblique mon passé disparaître comme la volute d’une cigarette mal éteinte. Je respire mais son odeur ne vient plus jusqu’à moi car mon regard est empli du ciel circulaire qui, un jour, me montrera le dessin de ma vie. Parfois quand je regarde devant moi je vois en oblique mes pieds, mes bras et mon âme a une forme à mille facettes et dans chacune d’elles je me vois en oblique, en oblique je me vois, je me vois, je me vois

Tu étais là – debout en face de moi

Tu étais là – debout en face de moi.
Nos iris aimantés.
Ton image entrait en moi.
Tu étais là – debout en face de moi.
On ne se touchait pas.
Nos corps expérimentaient l’arrêt du temps.
Tu étais là – debout en face de moi.
Les peurs étaient abolies.
Le désir inestimable.
Tu étais là – debout en face de moi.

Sur les astres, on ne peut pas vivre.
Il nous fallait redescendre, respirer.
Sur les astres, on se trouve mais on ne se garde pas.
Il nous fallait redescendre pour se regarder et avoir envie de remonter.
Je t’embrasse au fond de la bouche, on redescend, on retournera sur les astres.

Ecriture automatique (extraits) – 4 juillet 2016

Ecriture automatique, 3 juillet 2016

Le désir était un métal
Lourd dans nos coeurs solitaires
Léger dans nos corps brûlants – ou le contraire
Tellement présent que les murs respiraient
Je ne me tairai pas – dit-elle
Les mots me sauveront de ce paradis
Après avoir tant marché, elle revenait à la forme réelle d’un échange d’elle à un autre et y découvrait l’immensité

Ecriture automatique, 3 juillet 2016

Ce n’était pas prévu au programme

Ce n’était pas prévu au programme. Nous étions là tous les deux. Mais ce n’était pas prévu au programme. En fait, il n’y a pas de programme. C’est le programme aléatoire qui prime. Mais ce n’était malgré tout pas prévu. Là on prend un café ensemble. On se retrouve autour d’un café après s’être trouvés. On ne savait pas, on plaide l’ignorance – nul n’est censé ignorer les chemins du désir ? – on creuse cette trouvaille, heureux d’avoir perçu un trésor mais doit-on le déterrer, entrer dans la terre ? Ne vaut-il pas mieux rester en surface et regarder le ciel – ensemble (peut-être) ? Laisser le trésor à l’intérieur de la terre, savoir qu’il est là, sans devoir le mettre à nu, le dépouiller comme des charognards avides ? Non. Je sais qu’en face l’un de l’autre, sans cafés pour nous séparer, on se jettera dessus, rapaces perdus, incapables d’autre chose que de manger la chair de l’autre, on se bouffera sans boire, sans intermède. On se dégustera aussi, rapace reste oiseau, et on partira, aussi, oiseau toujours, chacun vers son pays de migration, pour revenir se dévorer, dévorer la vie à travers nos corps, se boire et abreuver notre soif sans fin de l’autre et de la promesse de son regard. Ainsi soit-il.

Ecriture automatique – 30 juin 2016