Écriture automatique – 10 février 2017

Rompre les rangs du passé
Passer la rampe
Repasser la rampe
Sans cesse
Et ancrer les traces

Rompre les rangs du passé
Passer la rampe du souvenir
Venir vers l’avenir
Las d’attendre le présent

Rompre les rangs du passé
Assez d’ancrage
Ne plus lui obéir
Être insolente, debout
devant le souvenir
Qui tient la rampe

Rompre les rangs du passé
Rien n’a été
Que ce que tu ranges
Au fond de toi
Demain-aujourd’hui désobéissent
Au souvenir – suis-les

Rompre les rangs du passé
Rance est le souvenir
Qui n’a pu être rangé

Rompre les rangs du passé
Que ça se mélange
Jouons cartes du passé sur table de l’avenir

Rompre les rangs du passé
Rien n’obéit
Que toi

Rompre les rangs du passé
Apprends l’adultère, la trahison, l’infidélité
Rien n’est plus hideux
Qu’un visage fermé
Sur un passé
Qui n’a pas été
Dérangé

écriture automatique – 8 février 2017

Rompre le silence. Hurlez s’il le faut !
Ce fut un amour parfait et donc mortel.
N’est en vie que ce qui meurt.
Un jour je mourrai de ce peu de vie qui me restera. En attendant je vis sur cette mort plus petite que moi.
Rompre le silence. Embrassez le monde,s’il faut !
Le regard de ces nomades obligés me transperce et me fige dans le cadre limité de ma vie.
Il y a quelque chose à casser.
Il y a quelque chose à rompre.
Une accroche.
Au-delà, je serai sans amour -comblée.
Rompre le silence. Dites n’importe quoi s’il le faut !
Car la laisse du passé s’amincit devant les hurlements du présent.

Écriture automatique – 22 janvier 2017

Tu me soulèves et je ne résiste pas. Mon corps aimerait rapetisser. Devenir minuscule. Tu me retournes. Je suis dans cette pensée-là. Mon corps quasi inerte. Sans défense. Mon corps a la taille d’un fruit. Mon esprit est déconnecté. Je ne suis plus que tes mains qui me suivent, sur la peau. Tu m’embrasses. Je voudrais que tu me manges. Et doucement à pas de loup, l’idée tant rejetée, l’image honteuse, le fantasme enterré, surgit. Un jouet entre tes doigts. 

Écriture automatique – 15 janvier 2017

Et ce fut la douce bataille. Celle qui ne finit jamais. Ton désir contre le mien. Confrontés. Je ne voulais pas ce que mon désir voulait. Tu voulais mon désir. Tout s’emmêla. Et à present que je regarde ce tableau, suspendue au plafond, je sens la violence et la douceur unies, retenues, dans nos corps ignorants, aveugles, cherchant une sortie dans le tunnel de nos désirs. 

Écriture automatique – 2 janvier 2017

Sauver sa peau. Son seul cuir. Il ne comprend pas. Mais moi je sauverai ma peau, si je te demande ton cuir, c’est ta peau que je veux. Sauver son cuir, se faire la peau, oui, entre ma peau et celle de l’autre quelle différence ? Un univers,  un fossé, une faille, justement. Sauver son cuir c’est toujours voir plus loin, c’est refuser de se mettre dans la peau de l’autre – s’y cacher, s’y oublier, s’y perdre – chacun sauve sa peau comme il peut, à sa manière. Certains la laissent au vestiaire. D’autres s’en contrefoutent, et de leur peau et de la mienne – C’est l’indifférence qui garantit la survie – que faire sinon la coller à celle d’un autre ? Peau-contre-peau contre le temps. Peau-à-peau petit-à-petit  – contre les crasses de la vie. Sauver sa peau, si c’était possible. Personne ne sauve sa peau, on la met aux enchères puis on abandonne. On sauve sa peau en la vendant à un autre ? Peut-être. Mais il faut garder en tête :On sauve sa peau sans sauver sa vie. On sauve sa vie en vendant sa peau. Sa peau. Pourquoi y tenir tant, et à sa vie et à sa peau ? On se sauvera car il n’y a rien à sauver. 

Écriture automatique – 29 décembre 2016

Il y a un avant et un après. Chaque jour. Mais certains jours plus que d’autres. Un matin. Une parole. Un sourire. Un regard. Une nouvelle. Et l’après prend diverses couleurs. Après, le goût est particulier. Il faut s’y habituer. Ce n’est plus le goût d’avant. Il y a à nouveau les premières fois. Les premières fois que tu marches dans la rue, après. Les premières fois que tu parles, après. Les premières fois où tes pieds touchent le sol, après. La vie est plein d’après. Une collection d’après et d’avant. Les avant tu les abandonnes. Tu ne regardes que les après et tu t’efforces de les rendre légers. Les après s’intègrent dans ton corps, ils deviennent toi, ce n’est pas la peine de lutter, ils entrent par tes pores, ils modifient tes pensées, tes regards, ils te façonnent mais toi, toi tu es la joie, alors ces après ne peuvent, ne doivent que la nourrir, qu’augmenter sa faim sans fin d’aller vers le prochain «après».

Tu me dis que tu m’aimes -septembre 2016

Tu me dis que tu m’aimes. Et moi je me dis :que vas-tu me faire subir au nom de ton amour. 

Toutes les histoires sont-elles perdues ? Quand tu jongles, si tu rattrapes une quille qui dévie, tu perds toutes les autres. 

Les hommes écrivent au sujet des femmes. Des fameuses salopes paraît-il. Et les femmes, que font-elles ? Qu’elles arrêtent de torcher le cul de leurs mômes en regrettant qu’on ne lèche pas le leur. Que les choses soient claires. Si la solidarité féminine existait, on n’en serait plus au même point. 

Si je te plais, je n’y peux strictement rien. Pas la peine d’y voir une salope, juste parce que toi, tu ne me plais pas. Je crache dans la soupe mais la soupe est infâme, refroidie, insipide. 

Tu veux faire un bout de chemin avec moi ? Il n’y a aucun souci, je partagerai ce moment avec plaisir. Mais si tu te mets devant moi, si tu empêches mes pas, si tu me demandes de suivre et ton rythme et ta trajectoire, ça ne me dit strictement rien. Or c’est ce qu’on voit tous les jours devant nos yeux. Tu en connais des hommes qui s’occupent de l’administratif de leur femme ? Des hommes de femmes médecins qui s’occupent de leur secrétariat ? Et des femmes qui atteignent la célébrité en volant la découverte de leur mec ? Et la liste est non-exhaustive. 

Quand je montre mon cul, on dit que je l’instrumentalise. Quand j’ouvre ma gueule, on dit que je suis hystérique. Mon corps est toujours en trop. 

Je te dérange. J’en suis désolée.

Parfois on aimerait oublier notre statut de femmes. Pas qu’on est femme, mais ce statut qui nous pèse sur les ovaires. J’aimerais rendre la pareille. Voir comment les mecs se démerderaient si au moindre sourire, ils devaient rendre des comptes à la première perverse qui passe… 

Mais… 

Tu me dis que tu m’aimes et j’ai pas envie d’être une salope. Ça ne m’intéresse pas, il y a trop de choses à faire dans la vie. 

J’ai pas envie d’être une salope mais tant que les choses seront telles qu’elles sont, la salope qui vit en moi se battra pour avoir son mot à dire.

***

Texte-performance voix piano, dans le cadre d’un projet-hommage à toutes les femmes qui, un jour, se sont fait traiter de salopes.