Écriture automatique – un jour d’octobre

On fait souvent semblant de rien. On fait comme s’il n’y avait rien mais le semblant de rien est là, au fond, qui attend pour rejaillir. Ou alors, à force de faire semblant de rien, il n’y a plus rien. Souvent on préfère qu’il n’y ait rien. C’est plus facile à gérer que quand il y a quelque chose. Car ce quelque chose, on ne sait jamais ce que c’est. On ne sait pas comment le prendre. Peut-être n’est-il rien ? Pour le rien, c’est clair, on ne se pose plus la question. Alors on fait semblant de rien. Mais personne n’est dupe. Le semblant de rien cache tout. Cache le tout. La plupart d’entre nous risqueraient tout pour sauvegarder le semblant de rien. 

Ou alors. Ou alors. Le semblant de rien est-il tout ? 

Est-il tout ce qu’il nous reste ? 

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Écriture automatique – 14 octobre 2016

L’eau coule dedans

Mes pensées

Brillante la nuit

des mains sur moi

Mon corps 

qui se rappelle à moi

Mes doigts 

Actifs

Mes doigts

Où se loge ma vie

Tous les mouvements qui me créent

Je n’existe pas

Si mon corps reste à l’intérieur

Les papillons mes doigts je parcours

Les courbes de mes ressentis

Et je sors du tableau

Pour te rencontrer.

Où suis-je ?

Le saurai-je un jour ?

Je m’assieds et crée

Et me crée en créant

Je modèle

Et je m’apparais

Sans mouvement je n’ai aucun corps

Rêver d’autre chose

De soleil la nuit

De partir

De marcher infiniment

Sans but sans destination

Que celle de sentir son corps

En mouvement perpétuel.

Écriture automatique – fin septembre

Tu me demandes qui fait la loi ici. C’est la vie qui fait la loi. On peut faire semblant de régner, d’être maître de la situation, c’est la vie qui prend les décisions. On peut courir, s’agiter dans tous les sens, se laisser aller de tous côtés, la vie tire les fils. On est fait comme des rats. On est fait comme des chaussettes. La vie tricote et jette à la poubelle. On peut la remplacer par des règles, de la morale, de l’ambition ou du vernis social, elle nous laissera peut-être la vie sauve mais on sera mort. On peut se laisser aller au théâtre social, quand la vie revient, on se retrouve analphabète, le costume redevient feuille – et c’est joli les feuilles.

Écriture automatique – 6 octobre 2016

On ne vit jamais la même histoire. 

Même côte-à-côte.

Tu ne vis pas la même histoire

Je ne vis pas la même histoire

C’est à cause des intérieurs.

De ce qui se passe à l’intérieur

Pendant que les choses se passent à l’extérieur.

Mais il y a une chose qui est toujours la même

Qui ne diffère jamais, qui est toujours là:

Chaque jour est un temps qui finit.

Parfois on aimerait échanger

Me mettre dans ton intérieur

Te glisser dans mon intérieur

Ou se passer des intérieurs. 

Vivre sans.

Ne faire qu’exister

N’être qu’extérieur – c’est-à-dire l’intérieur de quelqu’un d’autre

Mais il fait froid jusqu’au fond des yeux

Alors chacun rentre chez soi.

Sans chemin – écriture automatique 2 octobre 2016

On ne sait jamais ce qui nous attend au tournant. On va peut-être quitter la route et tracer un nouveau chemin. Mais c’est difficile de tracer un nouveau chemin car pendant ce temps-là, que le chemin n’est pas fait, on flotte. Alors on se donne la main, on se fait quelques caresses mais impossible de se coucher. Pour aller plus loin, faut tracer le chemin. Même un transparent. Que personne ne verra. La paix sur le chemin. C’est pour ça qu’on vole au début d’une histoire. Au début d’une histoire, c’est pour ça qu’on flotte. Après, le chemin est tracé, alors on peut s’asseoir, on peut se coucher. On peut se reposer. On peut se reposer sur le chemin et on n’avance plus. Le chemin s’arrête. On regarde le chemin. On voit tous les défauts. Les défauts du chemin. Les faux du chemin. Le faux chemin. On perd l’habitude de tracer et juste après où le chemin n’est plus, c’est le vide. Ne traçons pas le chemin. 

Ne traçons pas le chemin. N’attendons rien au tournant. Prenons-le sauvagement et ne traçons pas de chemin. Ne traçons aucun chemin. Aucun chemin. Aucun chemin. Chemin. Chemin. min. min. min. min. min. 
Donne-moi seulement ta main et allons sans chemin. Allons sur le sans chemin. Allons sur le sans faux chemin.

Écriture automatique – 1 octobre 2016

Précaution : Enfants en tout genre, s’abstenir
S’il faut crever, autant crever d’amour. S’il faut toucher le fond, mieux vaut que tu touches le mien. Au plus profond. Autant crever de baiser. Si on doit crever, autant se crever les yeux et crever le ciel. Autant baiser comme des bêtes. S’il faut crever, autant crever la gueule ouverte sur ton sexe. S’il faut crever, on crèvera comme des bêtes. S’il faut crever, crevons ensemble. Crevons l’abcès de la vie. S’il faut crever, dégonfle-moi une bonne fois, baise-moi jusqu’à dégonflement total. Alors je ne crèverai plus, plus de fuite, car je serai plate, aplatie contre la terre, je n’aurai plus de surface propre, je serai sale car on aura crevé comme des bêtes, on aura baisé la terre au point de se mettre à plat contre elle, de se confondre avec elle, je ne serai plus qu’un tapis, alors ils pourront toujours essayer de me crever, ils n’y arriveront pas car tu m’auras vidée, la baise m’aura crevée, la vie m’aura vidée, quittée, ils en seront quittes à me marcher dessus, mais je m’en fouterai car vidée, aplatie, je ne sentirai plus rien et alors lentement je me déplacerai et je les conduirai en enfer, là où tout le monde baisera sous leurs yeux remplis d’horreur. Oui S’il faut crever, autant crever en enfer, autant crever l’abcès tout de suite : je crèverai pas pour vos beaux yeux, je crèverai pour moi, pour mon désir de crever dans ta bouche, je crèverai d’avoir crevé notre rencontre. Je crèverai toutes les bouches de mots obscènes venus de l’enfer où vous resterez. S’il faut crever, autant crever tout de suite, autant baiser comme des bêtes et on n’en parle plus. S’il faut crever, je crèverai pas avant d’avoir dit mon dernier mot.