Ce n’était pas prévu au programme

Ce n’était pas prévu au programme. Nous étions là tous les deux. Mais ce n’était pas prévu au programme. En fait, il n’y a pas de programme. C’est le programme aléatoire qui prime. Mais ce n’était malgré tout pas prévu. Là on prend un café ensemble. On se retrouve autour d’un café après s’être trouvés. On ne savait pas, on plaide l’ignorance – nul n’est censé ignorer les chemins du désir ? – on creuse cette trouvaille, heureux d’avoir perçu un trésor mais doit-on le déterrer, entrer dans la terre ? Ne vaut-il pas mieux rester en surface et regarder le ciel – ensemble (peut-être) ? Laisser le trésor à l’intérieur de la terre, savoir qu’il est là, sans devoir le mettre à nu, le dépouiller comme des charognards avides ? Non. Je sais qu’en face l’un de l’autre, sans cafés pour nous séparer, on se jettera dessus, rapaces perdus, incapables d’autre chose que de manger la chair de l’autre, on se bouffera sans boire, sans intermède. On se dégustera aussi, rapace reste oiseau, et on partira, aussi, oiseau toujours, chacun vers son pays de migration, pour revenir se dévorer, dévorer la vie à travers nos corps, se boire et abreuver notre soif sans fin de l’autre et de la promesse de son regard. Ainsi soit-il.

Ecriture automatique – 30 juin 2016

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Je…

Faut-il toujours commencer par le je ? On pourrait commencer par autre chose que le jeu. On pourrait commencer par la guerre. Juste pour voir ce que ça fait. On prendrait la guerre comme un jeu avec des je qui s’entretueraient. Car c’est ça la guerre, la destruction de tous les je. Et ça finit toujours par tourner mal, sauf pour ceux dont le je est placé au-dessus, là où il y a des protections, où il ne se mouille pas, où « je » ne prend pas l’eau.

La mise en jeu du je, c’est l’histoire d’une vie.

Ecriture automatique – 23 juin 2016

Elle était là…

Elle était là à attendre mais ça sortait tout seul. Elle était là. Rien. Elle se remplissait comme une terre assoiffée mais fertile. Il faut que tout sorte se dit-elle. C’était toujours le mauvais qui sortait en premier de sorte qu’elle était obligée de l’accueillir pour pouvoir expérimenter le bon qui lui semblait meilleur. Les gens semblaient suer toutes leurs déceptions. Ils étaient laids et inintéressants, mais curieux. Elle les regardait et imaginait chacun d’eux dans une bulle. Leur bulle. Bien à eux. Que personne ne pouvait connaître. Et elle aussi. Quand deux bulles se rencontraient parfois elles explosaient, parfois elles faisaient une grosse bulle mais qui exploserait plus tard. Parfois les deux bulles se touchaient sans exploser ni s’unir. C’était ses préférées.

Ecriture automatique 22 juin 2016

Soyons dégueulasses

Soyons dégueulasses. Ce sera déjà ça de pris. Soyons dégueulasses, puons l’amour jusqu’aux orteils, jusqu’à nos ongles. Soyons dégueulasses jusqu’à nos regards. Soyons dégueulasses. Et puis après, que se passe-t-il ? Quand on est tout sale d’amour. Doit-on se laver ? Se rhabiller ? Soyons dégueulasses jusqu’au bout – ne nous lavons pas. Promenons-nous comme ça, dans notre puanteur d’amour et allons emmerder les autres qui lâchement nous éviteront mais sentiront, sentiront notre puanteur d’amour car l’amour ça pue toujours pour ceux qui n’en mangent pas – c’est comme le fromage – on puera d’amour jusqu’à la nuit où on s’écroulera de fatigue sur le trottoir des lendemains.

Ecriture automatique 21 juin 2016 – 21h.

Ecritures automatiques quotidiennes et autres mots – Céline Lory

 

Ecriture automatique
Automatique attraction de ma langue
Ecriture automatique
Parfois je n’arrive pas à parler
Mon corps est déjà en toi
Alors il faut que je marche pour scander ma pensée

Ecriture automatique
Quand j’en désire d’autres
C’est encore toi que je désire
J’ai besoin de te chercher

Ecriture automatique
Le silence s’impose à chaque fois
Rappelle le désir
Le met à nu
Le sol est métallique
J’y retournerai
Manger la terre
Boire le ciel
Vivre enfin

Ecriture automatique
Je suis sur un fil: moi-même
Et je tombe si facilement
Je remonte à regret
Sans rien emporter d’en bas

Ecriture automatique
A l’extérieur je deviens coquille
Le monde et moi
On est séparés

Je marche en rue
C’est comme une musique
J’aime le sol
Tout ce qui est autour de moi me contente
Mon corps est tel le monde en marche
Je parlerais sans m’arrêter
Comme un piano mécanique
Je suis en vie
Et elle entre en moi par tous les pores

Viens
Ne m’oublie pas
Je suis une peau
Qui a besoin d’un corps

Ecriture automatique; 2014