La femme-artbre

​Je suis toujours debout

Le sol m’y oblige

Je nourris et je couvre les fragiles

Je dois garder les bras ouverts

J’absorbe ce qui rend malade

Je suis nue et je ne l’ai pas choisi

Je suis toujours là

Et je dors dehors pour veiller au sommeil des oiseaux

On me regarde mais peu me touchent.

Publicités

Lignes – E.A. 20 septembre 2016

Je rêve

De lignes fines et tendues

Jusqu’à une courbe

Un triangle qui me perturberait

Dans ma trajectoire

Avec un axe bien défini

Qui me montrerait le ciel

Je rêve

D’un carré

Qui entrerait dans ton rectangle,

Au frottement de leurs angles

– un chant rauque et jouissant –

Où tes longueurs contenteraient mes largeurs

Je rêve 

D’une ligne

Où ton point viendrait se poser

Je rêve 

D’un point à exploser.

Écriture automatique – 18 septembre 2016

On se boit. Comme ça. D’où nous vient une telle soif ? Je te boirai, des litres et des litres durant, il doit y avoir une faille en moi par où tu t’échappes. On se boit et l’eau est dans ma bouche. Je suis la source et cette bouche avide. Et ma bouche est la source. On a glissé dans la rivière – de l’eau jusqu’aux genoux – , – non, jusqu’au menton – on ne voit plus nos corps et pourtant ils s’attirent encore. On se boit comme du petit lait. On se boit jusqu’à la lie, chacun le calice de l’autre où on voudrait se glisser – tel un génie. 

Écriture automatique – 14 septembre 2016

Elle se laissait complètement aller, dans cette contemplation de son désir à lui qui reflétait son désir à elle, ne sachant qui, de l’un ou de l’autre, était né en premier. Ensemble peut-être – des désirs jumeaux. Elle laissait son corps se détendre jusqu’à l’absolue immobilité où plus aucun désir de mouvements ne lui venait autrement que par lui, par ses gestes à lui. N’être plus – c’est ce qu’elle se disait. La douce, enivrante, terrassante sensation de n’être plus. C’était cet espace-là qu’elle avait tant convoité, l’espace de la non-existence, et qui, à présent, s’offrait à elle à perte de vue. 

Une bonne nouvelle – e.a. 2014/2015

​Une bonne nouvelle

Ecritures automatiques 2014 – 2015
En décembre 2013, j’ai reçu un carnet intitulé « Attaquer le soleil », qui provenait d’une exposition éponyme sur Alphone Donatien de Sade.

En 2014 et en 2015, je l’ai rempli de ces quelques lignes, automatiquement.

***

Il ne faut jamais regretter d’avoir vécu le passé. C’est déjà ça. C’est déjà ça de pris. De pris qu’on ne pourra pas nous reprendre. Que le futur ne pourra pas nous prendre. Les visages changent. Quand tu m’apprivoises je te trouve beau. Quand tu me blesses je te trouve laid. D’autant plus si je me suis laissée prendre. Tout cela est moche. Heureusement qu’il y a les moments où on s’apprivoise. Et puis il faut oublier pour aller vers le futur sans regarder le passé. Devant soi. Toujours. Je n’arrive pas à vivre plus rapidement.
***
Faire l’amour sur la ligne d’horizon.
***

1. La femme
Tout-à-coup elle a compris pourquoi il ne la désirait pas. C’est qu’elle ne cachait rien. Pour elle, le costume était toujours trop lourd à porter et qu’importe si le désir devait y passer, elle voulait toucher, rencontrer mais cela signifiait renoncer au désir de l’autre. Car l’autre ne désirait que ce qui n’était pas désirable, ne convoitait que ce qui lui était caché, privé, interdit même. Et elle, elle qui voulait être aussi proche que possible, elle, il ne la désirait pas.
Et si du désir il y avait eu, au début de leur rencontre, il s’était épuisé en une étreinte qui avait tout dit, tout dévoilé, une étreinte dont la trace survivait dans son dos (comme on arrose une graine sans trop y croire), une de celles trop fortes, trop brusques, trop absolues pour qu’il puisse en sortir quoi que ce soit.
Elle avait aussi compris de la sorte son horreur de la ressemblance. Ressembler à quelqu’un, son père, sa mère ou même un inconnnu  c’était bien plus que perdre son unicité. C’était être engloutie par le désir de l’autre, la preuve irréfutable qu’elle n’existait pas – ou si peu  en dehors de ce désir,  c’était l’impossibilité d’y échapper, marquée à jamais sur son visage  et qu’elle ne pouvait fuir qu’en s’oubliant. 
Et, enfin, elle apprit à désirer tout homme. Comme un jeu de cartes où l’on apprend à jouer avec n’importe quelle combinaison ainsi distribuée et à ne pas regretter d’en avoir abandonné d’autres.  Tout homme devint désirable dès lors qu’il posait les yeux sur elle. Car elle ne pouvait plus désirer quelque chose qu’elle ne voyait pas. Elle apprit cela rapidement comme une nouvelle langue dont ses rêves se seraient remplis pendant des nuits et qui un matin serait là, présente, dans sa bouche. Elle apprit que ce qui était le plus hautement désirable, c’était le désir de l’autre.
Cela ne signifiait pas qu’elle ne voulait pas jouer,  bien au contraire,  mais elle jouerait toujours de manière spéciale, décalée, sans doute  était-ce la condition, que la mise soit en scène afin qu’elle puisse se prendre au jeu.

Si tout cela ne lui avait pas épargné la souffrance, du moins elle avait échappé à l’ennui. L’ennui d’un bonheur partagé,  complet et tragiquement éternel.

Souvent à présent elle s’endormait le soir en parlant anglais  cette langue qui ne voulait pas d’elle. Elle s’endormait baignée dans ces sonorités voluptueuses, la main sur un ventre imaginaire et doux. Et elle se réveillait le lendemain en sortant de son sommeil comme on quitte sa place au soleil. Elle était bien. Incroyablement bien. Et cet état l’étonnait toujours. Car rien ne le justifiait que le sang qui coulait dans son corps et ses yeux qui regardaient le plafond à la rencontre d’un rayon de lumière.

La vie n’était donc pas cette forme compacte, elle était deux, trois, des milliers de formes, et dans sa tête, cela représentait l’image d’un cube se divisant une multiplicité de fois en des formes diverses et inattendues.

En attendant, ces périodes d’intenses bonheurs insensés la basculaient toujours dans des épisodes de brouillard, de mélancolie et d’inaction. Tout cela, nul ne le savait. Elle ne partageait pas le timbre de sa vie avec d’autres voix, même amicales. Cela lui était tout simplement impossible.

Elle avait tant eu peur d’oublier la vie,  sa vie, qu’elle ne s’était laissée troubler par rien ni personne, ni finalement la vie elle-même.

Cela ne l’effrayait pas de quitter ce monde aussi désemparée qu’elle n’y était arrivée.

Elle l’avait rencontré par hasard. Un jour elle avait fait un détour et il avait croisé son chemin. C’était un scénario qu’ils avaient répété pendant plusieurs mois. Elle hésitait à en parler maintenant qu’il avait rejoint le commun des mortels. Elle voyait cela comme une bobine qui se déroule parfaitement jusqu’à ce qu’elle, pour des raisons bien trop justes et obscures, dévie de sa trajectoire et fasse en sorte qu’aucune histoire, aucune musique ne pouvaient plus être entendues. Même celle antérieure à l’accident. Cela brouillait l’écoute. Modifiait les images. 

C’était bien cela rencontrer quelqu’un : perdre petit-à-petit l’image que notre être avait construit de l’autre. Mais à côté de ceux-là, d’autres prenaient de la consistance  insoupçonnée, insoupçonnable jusque là. Les ressorts de la séduction la surprenaient et peu à peu elle se laissait gagner par la facilité de s’y laisser entraîner.

Elle voyait toutes ces années comme un long questionnement sur ce qu’elle était, ce qu’elle voulait et, comme elle était femme, sur sa féminité. La féminité. Car dans ce mot, se mélangaient ce qui lui était imposé de l’extérieur –  absolument  –  et sa nature, de telle sorte qu’elle était de plus en plus convaincue que la féminité n’existait pas  ou pas de manière aussi compacte. La féminité était toujours ce qui était extérieur : elle voyait des traits féminins chez les femmes, elle sentait les attentes des hommes  mais elle aurait été incapable de dire en quoi elle était femme ni où la féminité résidait chez elle. Elle ne se regardait pas, ne pouvait pas se regarder,  ne pouvait regarder les autres femmes  et dès lors la féminité lui venait toujours du dehors, de l’altérité, douloureusement ce qu’elle n’était pas, et cette chose qui lui manquerait à jamais – comme à toute femme – , elle était décidée à la rechercher chez les hommes, tous, et chacun, pour ce qu’il aurait à en peindre dans son carnet intime, un journal intérieur qu’elle relisait patiemment tous les soirs.

Elle avait toujours été étonnée de regarder des écrivaines en photos. Souvent elles semblaient des enfants sages. Ce que pouvaient en dire les hommes, elles n’y accordaient que peu de crédit : elles triaient les miroirs comme une belle-mère.

Non la féminité, décidement, elle ne savait pas ce que c’était, à part quelque chose de sans cesse inaccessible, sans cesse reproché, et qui lui laissait un terrible goût d’échec.

Finalement cela ne l’intéressait guère si c’était un analyse méthodique et froide qu’il fallait ensuite ingérer.

Si cela paraissait plus inconfortable et insécurisant de prime abord, mieux valait se laisser guider par ses désirs qui, eux, avaient un nom, une forme, des images et supplantaient de très loin ce vague concept de féminité, réducteur et castrateur.
Non décidement il ne lui servait à rien de définir la féminité  – comme il ne lui servirait à rien de vouloir se définir – elle laissait cela aux autres pour se plonger dans la jouissance de l’être. 

 Cela ne la protégeait pas des difficultés à vivre. Notamment à vivre la fuite des hommes. Parce que s’il lui fallait tout de même donner une définition personnelle de la féminité, c’était ce qui oblige un homme à être un homme. Et cela le faisait fuir à coup sûr. Ainsi sa féminité, elle la mesurait à cette capacité qu’elle avait à faire fuir les hommes, mis devant ce qu’ils considéraient à juste titre comme le devoir d’en être un. Plus elle devenait femme, plus les hommes éprouvaient pour elle du désir et plus ils la fuyaient.

Elle riait avec ses pensées, comme des amies.

2. L’amant.

Il lui avait fallu longtemps pour se laisser aller à son désir. Elle aimait son amant parce qu’il la cajolait comme personne ne l’avait cajolée depuis l’enfance et son premier amant – une si courte histoire que son impact n’était compréhensible que par la nature de sa personne à elle.
Être cajolée et désirée absolument par un homme  – voilà tout ce qu’il lui fallait – elle ne voulait pas plus  – ni plan familial ni retraite en amoureux  – elle chérissait trop son indépendance  – toujours en danger  – pour supporter un lien affectif socialement acceptable.

Elle en avait été étonnée pour la première fois de leur intimité. Elle y était retournée mais oui, c’était bien cela,  ce débordement de désir et d’affection alors même qu’elle n’en était pas amoureuse et qu’a priori jamais elle n’aurait fait le choix de cet homme-là. Elle aimait son corps, son visage ne lui disait rien. Ses baisers et ses caresses si emplis de désir, arrivaient à la conquérir. Oui, c’était bien cela dont elle avait besoin  un homme qui l’attend –  attend sa venue et lui consacre toute son attention le temps de leur rencontre, sans que cela n’altère sa vie à elle.

Elle aimait son amant parce qu’il était gentil. Non qu’elle ait une préférence pour la gentillesse –  ce serait même plutôt le contraire  – mais lui, elle ne le tolérait comme amant que parce qu’il était gentil  – une condition sine qua non. 

Et bizarrement sa gentillesse la faisait bander. Elle aimait beaucoup son cul, son trou du cul et sa bite. Une des plus bellesqu’elle n’avait vues. Car oui, cela pouvait être joli –  elle le découvrait.

Et ce qu’elle appréciait le plus, c’est que leurs rencontres n’envahissaient rien dans sa vie. Quand elle l’avait vu, elle pouvait passer à autre chose très facilement, il n’y avait aucune perte d’énergie. C’était comme s’il n’existait pas.

Elle passait des moments avec lui – courts  – et ensuite, il disparaissait de ses pensées. Il l’énervait très vite. Elle se sentait ingrate et délicieusement glaciale.

3. Soi

 Elle se disait dans ces moments de mélancolie inexpliquée : Il suffit dun mauvais aiguillage et tu te retrouves seul. Mais non ce n’était pas une erreur, pas un faux pas, c’était son chemin. Le seul. Elle avait sans doute une âme de photographe. Contempler. Observer. Imaginer. Fantasmer. Mais là aussi, tout était en l’état. 

Terre fertile où rien n’avait poussé.

Parfois elle essayait de savoir qui elle était. Cela lui demandait un effort considérable. 
C’était une belle photo d’elle à moitié abandonnée où elle semblait dire « pourquoi me regardez-vous ? »  Et c’était bien cette moitié de non-abandon qui la rendait d’aspect fragile, qui relevait sa fragilité. Il n’y avait que sur papier ou par les images qu’on faisait bien l’amour, se dit-elle. Un média était décidément nécessaire, la réalité lui échappait toujours, malgré qu’elle l’aie attendue  – qu’elle l’attende encore – ces moments arrivaient toujours trop brusquement. La prenant de court, elle, ne sachant tout-à-coup les gestes, les paroles, perdant sa voix.

C’était cela sa vie –   se projeter dans des moments, travailler pour les vivre, qu’importe si l’excitation du premier ne rencontrait pas le deuxième – le souvenir y mettrait sa dose d’enluminures. Qu’importe la réalité – elle savait toujours la rêver !

4. Les ruptures
Ils étaient devenus ennemis en un seul regard, regard animal, de celui qui n’a pas attrapé sa proie. Il était retourné parmi le commun des mortels et elle, était sortie de ses pensées. Les histoires ne durent qu’un temps. Elle continuerait son chemin, à le tracer selon les sinuosités du paysage, autant que possible.

Elle ne l’avait pas quitté parce qu’elle ne l’aimait plus. Elle l’avait quitté pour ne plus voir ce désamour. Elle l’avait quitté pour qu’il l’aime, enfin !

5. Rencontrer

 En un sens, elle aimait trop les corps pour arriver à s’attacher à l’âme de quiconque. Elle ne savait d’ailleurs pas ce que cela signifiait, non pas qu’elle n’aimat personne mais cela passait toujours par le corps. Elle était peut-être une romantique déchue. Petit-à-petit, elle avait appris non pas à demander peu – ce qui aurait été synonyme de renoncement mais à prendre conscience qu’en dehord de ces moments il n’y avait rien. Le vide, c’était cela, le vide. Demander « plus » aurait été un geste fatal, orphéique – et cela ne l’intéressait plus de tenter les dieux de sa vie – et le vide avait cessé de la tenter, elle. 

Finalement tout cela ne la concernait pas. Elle ressentait parfois lourdement la solitude de ne pas entrer dans ce jeu mais elle se savait incapable d’être réellement de la partie. C’était un jeu particulier où tout donnait l’illusion d’être vrai et simple – je t’aime, tu m’aimes – mais où le temps avait un effet néfaste sur ces peintures de mauvaise qualité. 

Finalement elle préférait sans doute les chemins plus ardus mais où les rayons de soleil arrivaient directement.

6. Et si tu meurs, je ressusciterai 

Il l’agaçait, c’était certain. Elle la regardait. Elle les regardait et voyait cette éternelle image de l’homme et de la femme qui, passé le moment de l’éblouissement, s’ennuient, pire, se gênent. A sa manière d’éviter de le toucher, de détourner les regards et les attouchements, elle voyait, le sentait dans sa chair, que la femme ne le désirait pas, qu’elle ne le désirait plus.

***

Écriture automatique – 11 septembre 2016

A certains moments, elle ressentait une telle force en elle que cela la rendait fragile. Elle portait sa sensualité comme on porte un fardeau délicieux. Ses pas, dans ces brefs instants, s’enfonçaient dans le sol devenu sable. Elle aurait envie qu’il l’absorbe comme un argile la sueur. Elle s’enfoncerait doucement dans une matière qui remplirait chaque creux de son corps et de ses pensées. 

Écriture automatique – 9 septembre 2016

Un instant, elle se souvint qu’au tout début de leur rencontre, elle avait mis un temps fou à trouver chaussure à son pied. Littéralement. Elle ne les avait d’ailleurs jamais trouvées – après trois achats infructueux-, rester sans chaussures adéquates pendant tant de temps, c’était évidemment compromettre – ridiculement – son chemin. Sa marche avait donc été, pendant toutes leurs années, incertaine, mal assurée. De l’extérieur, on aurait juré qu’elle dansait.