L’Amour Vin

L’Amour Vin, chanson pour voix, piano préparé et verre de vin. En lecture libre. In EN CORPS Y-BRIDE

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Ecriture automatique – 17.18 mars 2019

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Suis-je une petite fille ?
Ai-je le droit d’être encore une petite fille ?
Suis-je une petite fille quand je suis femme ? Quand je saigne ? Quand je fais l’amour ? Quand je me masturbe ? Puis-je l’être encore ailleurs que dans des contrées lointaines, des recoins comme des parties de soi qu’on oublierait de passer à la douche ?
Suis-je une petite fille quand j’atteins le plaisir ? Quand suis-je une petite fille ? Quand je jouis ou quand j’oublie le désir ? Quand je suis une femme ? Quand rien ne pèse ou quand la vie est dramatique ?
Quand ai-je le droit d’être une petite fille ?
Suis-je une petite fille, toujours en test, le pied fragile devant la piscine à la température incertaine,
Suis-je une petite fille, autocentrée, elle n’emmerde personne dans son imaginaire solitaire,
Suis -je une petite fille, merde juste bonne à baiser et puis ciao, suis-je une petite fille quand je suis face à la haine ? Suis-je une petite fille quand je vois le chaos du monde ? Suis-je une petite fille quand je ne le laisse pas entrer dans ma vie ? Suis-je une petite fille quand mes doigts cherchent l’orgasme ? Suis-je une petite fille quand mes doigts parcourent le clavier ? Est-ce cela que je cherche, redevenir une petite fille de pulsions et d’émerveillements, quelque part dans quelques secondes du jour ?  Suis-je une petite fille dans mes errements, dans mes enterrements – je ne porterai jamais le deuil – c’est pourquoi j’initie les enterrements de mon propre chef – oui de mon propre chef tant pis pour le reste de – suis-je une petite fille qui joue à la dînette all the day, every day, sine die, où est le sexuel, dis-moi ? La petite fille ou l’artiste ? Ou nulle part, partout, voilé toujours et je suis une petite fille impudique – ai-je été une petite fille ? Si je vais trop loin, tu m’arrêtes. Mais tu ne m’arrêtes pas, tu te barres, oui, tu m’adores, tu me l’as dit maintes fois, mais what ? c’est un plaisir de te rencontrer. La PETITE FILLE file file tout bas, tout bas son bas de coton et s’en va loin. Suis-je une petite fille, oui ou merde ? Râle, la réponse est ailleurs, elle a claqué la porte, encore ? Faire de la place sans cesse, toujours ce rangement incessant pour laisser jouer la petite fille.

Suis-je une petite fille quand je te regarde ?

retouche photo Frédéric Darras

Réflexion contre génuflexions

Aujourd’hui, j’ai répété plusieurs fois trois accords d’une petite pièce de John Cage. J’ai travaillé sur une photo. Sans succès. Puis encore répété ces trois accords – ce ne sont que trois accords tout simples – Et ma journée était remplie de cela. Ma journée d’artiste. Volée de bois vert. Hargne d’autres. Oeufs des troisièmes. Réflexions contre génuflexions.

Pourquoi je ne suis pas devenue une grande pianiste. Voilà ce qui m’est venu. Une espèce de titre involontairement prétentieux et provocateur. Mais au-delà de celui-ci, se pose la réelle question de la place du désir dans l’espace artistique que dessine, circonscrit, géomètre la société.

Quel.le artiste peut décemment, sans honte, affirmer qu’il ne cherche pas à être connu ? Et s’il.elle affirme cela, qu’est-ce qu’il lui en coûtera ?  Je pense tout-à-coup à cet éditeur venu vers moi pour publier mes écritures automatiques et qui, face à mon refus, ne comprenant pas, entre autres insultes, m’a dit d’un coup: « mais enfin, c’est un super bon plan marketing ! « . Et moi de rougir en lui répondant que le marketing ne m’intéressait pas, que ma démarche était artistique, pas marketing.

Oui, évidemment: il faut manger, payer le loyer, et cela devient impossible si on n’a pas derrière la tête un « plan marketing ». Je vais commencer le chemin vers le statut d’artiste et cela me laisse perplexe pour plein de choses que je vais essayer, pour certaines, d’éclairer d’une lumière pas trop aveuglante pour la « success story society ».

Quand j’étais gosse, j’ai mis mes mains sur un clavier et cela m’a procuré un plaisir immense. Immense. Oui, un plaisir immense. Ce n’est pas qu’a priori j’avais un amour particulier pour la musique mais cet amour de cette sensation-là, oui. Pour les mots, c’est autre chose mais soit. Alors souvent, je répétais ce plaisir – et après, j’ai appris à le rechercher – c’est pour cela que je travaillais, c’est comme cela que j’arrivais à jouer certaines choses. Parfois cela m’arrive encore, comme aujourd’hui, de répéter plusieurs fois les mêmes accords, de m’en « contenter », une journée, parce qu’ils nourrissent en moi cette jouissance et que, sans elle, en tant qu’artiste, si tant est que cela signifie quelque chose, je ne suis rien. Et il me semble que véritablement l’art réside là. Je me trompe peut-être, alors je parle en mon nom propre.

Or le monde nous demande d’être à la recherche d’une chose complètement différente, nous impose de rêver à quelque chose de tout-à-fait différent – de rêver et de travailler aux « succès ». Etre artiste, ici, devient alors plus le rêve que la jouissance.

Et nul doute que l’Onem me demandera avec un air de fourmi si j’ai assez chanté (été et hiver).

Je ne sais pas.

Est-ce un caprice d’enfant de vouloir sauvegarder ce désir-là ? cette jouissance qui je pense peut donner lieu à une rencontre, peut-être, de manière incertaine, sans doute, avec des entités éparses dans un public, entités qui seraient positivement altérées par cela et de demander de respecter cela ? De vouloir être sur scène (car là aussi se situe un certain désir, une certaine jouissance) sans pour autant tracer à tout prix une success story road, de ne pas en souffrir, de ne pas en rougir, de ne pas devoir se justifier (onem quand tu me tiens) ?

Je reviens à ces moments-là de répétition. Sans doute m’ont-ils coûté une meilleure trajectoire pianistique – qu’importe – si ce que j’ai à donner est dans cette capacité-là, dans ce désir-là ?

Tout cela est inaudible pour la plupart, artistes, non-artistes, onem et autres politiques qui s’attaquent à l’art comme on construit un mur de briques et au statut d’artistes comme un plan de réinsertion sociale. La plupart du temps, le politique fait du culturel monnayable, non de l’artistique. La plupart du temps, les lieux et les organisations font du culturel monnayable, non de l’artistique. La plupart du temps, les gens s’identifient dans le culturel monnayable et il est très difficile pour nous tous de garder ne fût-ce qu’une idée de l’artistique.

Cela peut sembler prétentieux. Pourtant ça n’est pas ce que j’essaie de dire. L’étalon est devenu le monnayable et cela ne peut pas s’accorder avec l’artistique. Cela peut sembler brouillon. J’essaie de dire que l’art est fragile et que ce qui mène à l’art est fragile. Et que c’est en complète contradiction avec ce qu’on essaie de faire bouffer aux artistes, la frustration de « ne pas être arrivé ».

Je considère ma jouissance comme une porte fondamentale – qu’importe si elle plaît ou ne plaît pas – doit-on vraiment aujourd’hui être tous des artistes internationaux pour être tout simplement ? Et si oui, à quel prix ?

Et puis, je veux du temps – tout citoyen devrait réclamer sa part – et si je ne le réclame pas en tant qu’artiste, qui d’autre pour tracer ce chemin ? Je veux du temps pour répéter 1000X en une journée les trois accords que John Cage a miraculeusement tracés sur du papier, qui ont éveillé en moi quelque chose que je nomme jouissance et que c’est mon chemin vers la scène. Que je ne vois pas les choses autrement.

Mais que dira donc l’employé de l’onem ? Que pensera telle ou telle personne du fait que je réclame (c’est ridicule, je sais mais soit) le droit à vouloir être une artiste inconnue – et de faire ce qui me semble que je DOIS faire ?

Que pensera-t-on du fait de ne pas avoir voulu (dans cette perspective-là, je ne parle pas de capacités) devenir une « grande pianiste » au prix de ma jouissance –  cela me prive-t-il d’être musicienne, une artiste si tant est que ces mots aient un sens, vraiment ? ?

Que pensera-t-on de cette revendication du droit à la fragilité de l’art ?

 

 

8 mars 2019

Ne me souhaitez pas bonne fête please.
C’est pas encore une fête. C’est une lutte. Positive. Mais une lutte quand même. Comme disait Gilles Deleuze, il n’y a pas de droits (humains) il n’y a que des questions de territoire et de jurisprudence. Comme disait Simone de Beauvoir, cette lutte ne sera jamais finie. Comme l’écrivait Virginia Woolf, avoir une chambre à soi. Comme le dit Virginie Despentes, la femme « comme la décrit la société » n’existe pas.
Qu’est-ce qui terrifient tant les hommes et les femmes dans la libération du corps féminin ( cette fois pris au sens propre) si ce n’est son immense jouissance ?
En cela, nous avons sans doute tous un corps féminin à découvrir en nous.
Je me réjouis de voir que cette journée a été littéralement prise d’assaut par les femmes, des groupes de femmes et toutes les personnes qui se reconnaissent dans ce manque de territoire. J’aimerais que tous les jours soient pris d’assaut. Par les femmes. Par les hommes. Par le vivant.

Ecriture automatique 6 mars 2019

Fermez les yeux et imaginez que vous êtes un chaton. Vous jouez avec un autre chaton. Quand quelqu’un vous dit je ne vous aime pas, il vous dit fais-moi confiance La vie est ailleurs. Vous êtes entre les pattes du chaton. Quand quelqu’un vous dit je n’irai pas plus loin il vous dit le chemin continue. Vous sentez les coussinets et la langue râpeuse mais vous aussi vous avez des poils. Quand quelqu’un vous dit je ne t’aime pas il vous dit je n’arrive pas à m’aimer à travers toi. A présent vous vous battez gentiment, une boule de poils et vous tenez entre vos pattes la gueule et les oreilles de votre compagnon quand quelqu’un vous dit je ne peux pas apporter ce que tu me demandes il vous dit va voir ailleurs car ailleurs cela existe. Petite mort contre Grand chemin. Petite blessure contre vaste Plaine. Quand quelqu’un ne vous voit pas, il est dans un autre monde que le vôtre et ceux-ci ne se rencontrent pas. Tout est parfait. Il faut confier sa vie à cette perfection. Quand quelqu’un vous dit je ne vous aime pas, il vous dit je vous aime sans moi. Vous êtes toujours en train de rouler en chaton avec l’autre, bientôt vous allez redescendre sur terre où il n’y a ni chaton, ni poils, ni douce bataille mais la terre ce n’est pas votre vie, je ne t’aime pas, fais-moi confiance, je ne t’aime pas, fais-moi confiance je ne t’aime pas, fais-moi confiance.

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Ecriture automatique – 24 février 2019

Je ne peux te donner que ce que tu as déjà. Mes mains ne peuvent aller plus profond que ton regard. Il faut mourir sans cesse pour ne pas mourir. Je l’ai souvent dit et écrit : mon désir qui rencontre parfois ma jouissance est un soleil vers lequel je me dirige, ferme – tout droit vers le soleil – et sans cligner des yeux – mes ailes ne brûlent pas, je n’en ai pas – la jouissance n’a d’yeux que pour elle-même et c’est bien cela qui est pour beaucoup insupportable – s’arrêter au chevet du désir de chacun, allumer un cierge pour sa survie, grelotter assise genoux à terre pour prier pour la paix de son âme – et quoi encore ? Mettre sans cesse de l’eau putride dans le vin de ma joie en raison de son indécence ?
Bref : je ne porterai les valises ni de la honte ni de la pitié – je porte ma jouissance comme un Sisyphe heureux de savoir que demain, tout sera à recommencer.

photo autoportrait « juste envie de dire »/retouche Frédéric Darras

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Ecriture automatique -18 février 2019

Ta peau entrait dans ma peau
Celle d’un cadavre se ramollit avant de se figer
Ici rien de la mort que cette capacité de la peau à fondre pour entrer dans un autre état, se figer dans la peau de l’autre.
On ne maîtrisait rien et c’était délicieux de ne jamais aller là où nous avions décidé d’aller.
J’avais envie de saisir des blocs de chair – tel Shylock amoureux – pour les mettre en moi, entre mes côtes, mon ventre, – le sang coulerait mais le mien. 
C’était de la douce dévoration.
Nous ne nous gavions pas.
Après, nous voguions sur un bateau en pleine mer calme – un peu perdus – les pieds bien sur terre – chacun jouissait de soi en l’autre – c’était infiniment doux malgré la violence de nos gestes – la terre restait humble – la distance parfaite – pleine lune dans un jour ensoleillé – mes doigts entraient à ton insu dans ton corps, à l’intérieur de tes bras, ce n’était pas des caresses, c’était une fouille de laquelle mes mains n’espéraient sortir qu’elles-mêmes. Ma langue que ma langue. Plus haut il n’y avait rien. On pouvait tout y mettre.
Je t’enfonçais profondément en moi – me cherchant – il n’y avait rien à dire d’autre que m’enfoncer en toi, mes doigts, mon ventre, mes épaules – complètement intégrés, comme dans un bain chaud.