Cri automatique

Ceci n’est pas une écriture automatique mais un cri sorti automatiquement d’un trop-plein. Des mots en trop, des gestes déplacés, des abus, des insultes, de l’envie de disparaître, d’effacer ce corps, qu’on le cache, qu’on ne le cache pas, qui ne suscite que l’envie de possession, des paroles bien entendues malheureusement, des envies sourdes, des corps utilisés puis jetés, des corps abusés, des vies mises au placard, des corps exposés comme autant d’objets possédés, des corps associés à de la marchandise ad nauseam, des sourires commandés, exigés, des contraintes de montrer son corps, de le cacher, des corps utilisés pour tout, pour rien, pour un oui ou un non, tout cela est acceptable, même respectable, du moins respecté par la majorité. Mais. Mais qu’une femme montre son corps, l’utilise selon ses désirs et ses propres fins, sa propre liberté et son propre plaisir, cela est insoutenable pour nombre encore de personnes. Narcissisme, hystérie, égocentrisme, exhibitionnisme, voire nymphomanie. Quand cela va-t-il cesser ?

Ecriture automatique – 25 mai 2019

il est temps d’être moche
C’est le moment sinon après ce sera trop tard
Il est temps de se donner le droit d’être moche. Il est temps d’avoir une sale gueule, d’être moche, d’être pas comme on veut, même pas comme tu veux, il temps.

Elle savait tout cela. Elle voulait s’attarder des petites choses, elle voulait accrocher son cerveau sur des détails extérieurs – qu’il s’éparpille, butine, ressuscite, brûle, se pâme, disparaît dans le microcosme. Elle n’en pouvait plus du monde grandeur nature. Elle voulait de l’infime, elle voulait des mondes en miettes elle voulait des gestes qui ne se voient pas elle voulait quelque chose de si petit qu’on ne peut le vouloir, il était temps d’être moche, il était temps d’être ce qu’on ne veut pas, il était temps d’être poussière, après il sera trop tard.

Elle savait tout cela. Les bulles que l’on crée et qui éclatent sans raison apparente, c’était le microcosme qui voyage, comme des doigts sur une peau glissent et partent ailleurs, elle savait la paroi fine, les couleurs qu’elle fait naître et leur éphémérité.

Il était temps d’être moche, présente, ailleurs, d’éclater la bulle, d’en voir sortir de ses mains, de plonger la tête dans , et d’être sourd au monde grandeur nature.

Ecriture automatique – 29 mai 2019

Déclaration à un vieil ami

Nos montres n’étaient pas de la même année
Nos heures couraient les unes après les autres
Le temps des amours décalés avait sonné

Tu étais à midi, j’étais à minuit
Illusion de la superposition
Nos heures couraient les unes après les autres
Après la pluie, la pluie
S’en allait vers ton après-midi
J’étais encore dans la moiteur de l’aube
Le temps des amours décalés
Avait sonné
On pouvait se toucher – le décalage aidant –
nous serrions des ombres et des futurs
Nos montres ne pouvaient se parler
Qu’entre deux éternités
C’était le temps
Le temps des amours décalés

Tu glissais dans mon passé
Je m’accrochais au futur
Nos montres se regardaient
En haussant les épaules

C’était le temps
Le temps des amours décalés

Mon corps était ailleurs
Mon coeur traînait derrière
Un vieil amour
Non déclaré
Pendant que le tien réglait
L’heure de sa montre

C’était un leurre
De vouloir accorder nos sentiments avec un temps
A jamais ils claqueront à contre-temps
Dans un espace sans gravité

C’était le temps
Le temps des amours décalés.

Ecriture automatique – 28 mai 2019

On dit A bientôt. Mais on sait ce que c’est. On dit rien à foutre. Mais on sait ce que c’est. On dit je ne t’aime pas. Mais on sait ce que c’est. On dit libre. Mais on sait ce que c’est. On dit si on veut. Mais on sait ce que c’est. On dit Je suis là. Mais on sait ce que c’est.  On dit mon amour. Mais on sait ce que c’est. On dit je t’aime. Mais on sait ce que c’est. On dit pas de souci. Mais on sait ce que c’est. On dit ça va. Mais on sait ce que c’est. On dit comme tu veux. Mais on sait ce que c’est. On ne dit rien. Mais on sait ce que c’est.

Ecriture automatique – 26 mai 2019

Elle ne sentait plus la différence entre elle et l’extérieur, il n’y avait plus de frontières, l’infiniment grand se confondait avec l’infiniment petit, l’amour avec l’indifférence, le rien se mélangeait au tout, elle voulait crier mais son cri se perdait dans le silence, elle voulait toucher mais ses doigts étaient poussières, la joie elle-même fleurissait dans la tristesse et la tristesse s’invitait à chaque dîner de la joie, il n’y avait plus de bulles possibles, cette paroi infime, fine ou elle ne savait comment la qualifier, qui la protégeait et la séparait du monde, n’était plus, elle pouvait se mettre dans toutes les positions possibles, rien ne la recréait, elle avait touché quelque chose qui l’avait fait éclater et ne connaissait pas ce que le monde manipulait avec aisance, elle n’avait jamais voulu jouer un rôle et se retrouvait malgré tout dans un spectacle où les bouches gesticulaient sans produire de sons, il n’y avait plus de différence entre la musique et le silence, entre l’explosion qu’elle appelait et le calme plat, elle voyait les malentendus qui la pressaient au silence, elle entendait toutes les trahisons qui la poussaient à fermer les yeux, elle ne savait plus ni le chemin ni la plaine, ni le plein ni le vide, ni le ciel ni la terre.

Ecriture automatique – 12 avril 2019

Tuer. Tu seras.
Coeurs pendus haut et court.
Un long long regard d’elle
Qui t’accuse – qui accuse
Qui rit et pleure
– indéfinissable ce regard-là –
Il raconte.
Tuer. Tu seras.

Tu as levé la tête
Et tu es tombé.e dessus.
A t’y perdre. Tu ne décroches pas.
Un serpent parcourt ton dos
Pendant que ta main s’accroche
Là où tes yeux ne décrochent pas.
Tuer. Tu seras.

Ca fait des semaines que
La fatigue du monde t’accable – Comme un hiver qui ne passe pas –
Des semaines où les mots s’autodétruisent, s’entrechoquent, se volatilisent dans la moiteur âcre, vieille, moribonde du monde.

Des semaines où tu te dis pourquoi ?
Et voilà que tu lèves les yeux et trouves la réponse.
Tuer. Tu seras.

Le monde est comme toute chose :
Il faut qu’il meure.
Et si certaines parties sont encore vives,
Ce regard te dicte le constat.
Tuer. Tu seras.

De toutes les guerres,
Les horreurs que ton esprit ne peut accueillir
Les pleurs, le sang, la bile,
Des enfances qui n’en sont pas,
Des possessions dont personne n’échappe
– toute cette machinerie qui vue d’en haut ne fait plus rire aux éclats –
Le regard tombe sur toi et tout lui tient tête – tout dans ta tête –
Tu l’observes comme pour la première fois, dans ce tram
– petit petit petit point de nulle part – ce regard qui absorbe tout et le régurgite à ta face –
Tuer. Tu seras.

Il rebobine tout, tout à la fois –
car il est le temps – en avant, en arrière –
le temps qui te suit pas à pas –
Tuer. Tu seras.
Derrière ce regard ce sont tes yeux qui voient.
Tuer. Tu seras.

Ecriture automatique – 27 mars 2019

Faisons-nous jamais autre chose que jouer à l’amour incapable de le faire. Survivrai-je ? Les voix s’embrument – 1/4 d’heure que je cherche cette putain de bic. Alors que les putains, ça devrait toujours être dispo, là, faire acte de présence. Un quart d’heure que les mots mâchonnent dans ma bouche jusqu’à ne plus avoir aucun goût, vieille chiclette – au suivant s’est-il sûrement dit, le nom, je vais m’extirper de ma vie comme d’un mauvais pas, aller à la rencontre de tout ce que tu n’es pas, emmène-moi danser, à défaut d’amour, quelques pas, même dans la vie hors de l’amour, on mime l’amour, je préfère aller right to the point – j’adore sentir ces mots danser dans ma bouche, pour dire, eux, ils savent danser, c’est pas comme nous, les violets, à ton idée, d’appeler une couleur ainsi, on se balance les uns les autres on se chevauche, mais danser c’est autre chose, car peut-être si on dansait, ça serait ça aimer, y a que ça, à la bouche, aimer, cette chose impossible, alors à quoi bon en parler ? Parlons de la guerre, parlons de la faire,  parlons de la pauvreté, de la méchanceté et de la bêtise, voilà de vrais sujets réels, profonds et accessibles, le bout de gras, que celui-là s’est octroyé, l’admiration cachée des mauvais coups, mais alors l’amour, arrêtez, on a une overdose, tellement qu’on doit foutre la merde dans le monde pour s’en protéger, parler de cette chose impossible, quel gavage inutile, on arrache les arbres, on affame les vieux, on bousille les enfants what else ( ah j’aime aussi ces deux mots dans ma bouche sorry sorry) voilà des activités utiles, dignes d’intérêt, votre nombrilisme amoureux, ras-le-cul,  meeeeeeeeerde – quoi que sait-on de l’arbre qu’on arrache ? de la plante qu’on torture ? Savons-nous qu’il et elle envoyent des messages à ses pairs pour les prévenir, vraiment, mais qu’est-ce cela ? Penchez-vous, penchez-vous, plus près encore, qu’est-ce cela sinon sinon sinon l’amour ? (Renaître de ses cendre vraiment ? ) non mais rien à foutre hein, vraiment que les arbres continuent à s’aimer pendant que nous les violets, on se fait la guerre – car c’est le prix de notre supériorité – que dis-je? – le cadeau, le trophée, la richesse – de courir après le néant, de cultiver l’indifférence comme un jardinier masochiste, rien à battre tant que tout est à abattre, ça fait du boulot, on ne voit pas le temps passé, parce que quand même, le temps, c’est le pire ennemi, ça bouffe tout, quoi que tu fasses, le temps le bouffe comme un nouveau pauvre de nos pays développés en grosse marmite. Le temps c’est bien là que se logent toutes les horreurs et les sentiments, pouah, prends ton téléphone et passe ton carnet d’adresses, y en aura bien un.e qui sera prêt.e à creuser la cruauté du monde – non je rigole, j’aime la vie, les gens, le printemps, le monde le mmmmmmmmmmmmonde, ça me rend bègue, j’aimmmmmmmmmmme le mmmmmm …. les gens, mes voisins, ceux plus loin , puis parfois non , on ne va pas recommencer. Si ça t’amuse, recommence au début de cette logorrhée.