Ecriture automatique – 12 avril 2019

Tuer. Tu seras.
Coeurs pendus haut et court.
Un long long regard d’elle
Qui t’accuse – qui accuse
Qui rit et pleure
– indéfinissable ce regard-là –
Il raconte.
Tuer. Tu seras.

Tu as levé la tête
Et tu es tombé.e dessus.
A t’y perdre. Tu ne décroches pas.
Un serpent parcourt ton dos
Pendant que ta main s’accroche
Là où tes yeux ne décrochent pas.
Tuer. Tu seras.

Ca fait des semaines que
La fatigue du monde t’accable – Comme un hiver qui ne passe pas –
Des semaines où les mots s’autodétruisent, s’entrechoquent, se volatilisent dans la moiteur âcre, vieille, moribonde du monde.

Des semaines où tu te dis pourquoi ?
Et voilà que tu lèves les yeux et trouves la réponse.
Tuer. Tu seras.

Le monde est comme toute chose :
Il faut qu’il meure.
Et si certaines parties sont encore vives,
Ce regard te dicte le constat.
Tuer. Tu seras.

De toutes les guerres,
Les horreurs que ton esprit ne peut accueillir
Les pleurs, le sang, la bile,
Des enfances qui n’en sont pas,
Des possessions dont personne n’échappe
– toute cette machinerie qui vue d’en haut ne fait plus rire aux éclats –
Le regard tombe sur toi et tout lui tient tête – tout dans ta tête –
Tu l’observes comme pour la première fois, dans ce tram
– petit petit petit point de nulle part – ce regard qui absorbe tout et le régurgite à ta face –
Tuer. Tu seras.

Il rebobine tout, tout à la fois –
car il est le temps – en avant, en arrière –
le temps qui te suit pas à pas –
Tuer. Tu seras.
Derrière ce regard ce sont tes yeux qui voient.
Tuer. Tu seras.

Publicités

Ecriture automatique – 27 mars 2019

Faisons-nous jamais autre chose que jouer à l’amour incapable de le faire. Survivrai-je ? Les voix s’embrument – 1/4 d’heure que je cherche cette putain de bic. Alors que les putains, ça devrait toujours être dispo, là, faire acte de présence. Un quart d’heure que les mots mâchonnent dans ma bouche jusqu’à ne plus avoir aucun goût, vieille chiclette – au suivant s’est-il sûrement dit, le nom, je vais m’extirper de ma vie comme d’un mauvais pas, aller à la rencontre de tout ce que tu n’es pas, emmène-moi danser, à défaut d’amour, quelques pas, même dans la vie hors de l’amour, on mime l’amour, je préfère aller right to the point – j’adore sentir ces mots danser dans ma bouche, pour dire, eux, ils savent danser, c’est pas comme nous, les violets, à ton idée, d’appeler une couleur ainsi, on se balance les uns les autres on se chevauche, mais danser c’est autre chose, car peut-être si on dansait, ça serait ça aimer, y a que ça, à la bouche, aimer, cette chose impossible, alors à quoi bon en parler ? Parlons de la guerre, parlons de la faire,  parlons de la pauvreté, de la méchanceté et de la bêtise, voilà de vrais sujets réels, profonds et accessibles, le bout de gras, que celui-là s’est octroyé, l’admiration cachée des mauvais coups, mais alors l’amour, arrêtez, on a une overdose, tellement qu’on doit foutre la merde dans le monde pour s’en protéger, parler de cette chose impossible, quel gavage inutile, on arrache les arbres, on affame les vieux, on bousille les enfants what else ( ah j’aime aussi ces deux mots dans ma bouche sorry sorry) voilà des activités utiles, dignes d’intérêt, votre nombrilisme amoureux, ras-le-cul,  meeeeeeeeerde – quoi que sait-on de l’arbre qu’on arrache ? de la plante qu’on torture ? Savons-nous qu’il et elle envoyent des messages à ses pairs pour les prévenir, vraiment, mais qu’est-ce cela ? Penchez-vous, penchez-vous, plus près encore, qu’est-ce cela sinon sinon sinon l’amour ? (Renaître de ses cendre vraiment ? ) non mais rien à foutre hein, vraiment que les arbres continuent à s’aimer pendant que nous les violets, on se fait la guerre – car c’est le prix de notre supériorité – que dis-je? – le cadeau, le trophée, la richesse – de courir après le néant, de cultiver l’indifférence comme un jardinier masochiste, rien à battre tant que tout est à abattre, ça fait du boulot, on ne voit pas le temps passé, parce que quand même, le temps, c’est le pire ennemi, ça bouffe tout, quoi que tu fasses, le temps le bouffe comme un nouveau pauvre de nos pays développés en grosse marmite. Le temps c’est bien là que se logent toutes les horreurs et les sentiments, pouah, prends ton téléphone et passe ton carnet d’adresses, y en aura bien un.e qui sera prêt.e à creuser la cruauté du monde – non je rigole, j’aime la vie, les gens, le printemps, le monde le mmmmmmmmmmmmonde, ça me rend bègue, j’aimmmmmmmmmmme le mmmmmm …. les gens, mes voisins, ceux plus loin , puis parfois non , on ne va pas recommencer. Si ça t’amuse, recommence au début de cette logorrhée.

Ecriture automatique – 17.18 mars 2019

received_1123217591182587

Suis-je une petite fille ?
Ai-je le droit d’être encore une petite fille ?
Suis-je une petite fille quand je suis femme ? Quand je saigne ? Quand je fais l’amour ? Quand je me masturbe ? Puis-je l’être encore ailleurs que dans des contrées lointaines, des recoins comme des parties de soi qu’on oublierait de passer à la douche ?
Suis-je une petite fille quand j’atteins le plaisir ? Quand suis-je une petite fille ? Quand je jouis ou quand j’oublie le désir ? Quand je suis une femme ? Quand rien ne pèse ou quand la vie est dramatique ?
Quand ai-je le droit d’être une petite fille ?
Suis-je une petite fille, toujours en test, le pied fragile devant la piscine à la température incertaine,
Suis-je une petite fille, autocentrée, elle n’emmerde personne dans son imaginaire solitaire,
Suis -je une petite fille, merde juste bonne à baiser et puis ciao, suis-je une petite fille quand je suis face à la haine ? Suis-je une petite fille quand je vois le chaos du monde ? Suis-je une petite fille quand je ne le laisse pas entrer dans ma vie ? Suis-je une petite fille quand mes doigts cherchent l’orgasme ? Suis-je une petite fille quand mes doigts parcourent le clavier ? Est-ce cela que je cherche, redevenir une petite fille de pulsions et d’émerveillements, quelque part dans quelques secondes du jour ?  Suis-je une petite fille dans mes errements, dans mes enterrements – je ne porterai jamais le deuil – c’est pourquoi j’initie les enterrements de mon propre chef – oui de mon propre chef tant pis pour le reste de – suis-je une petite fille qui joue à la dînette all the day, every day, sine die, où est le sexuel, dis-moi ? La petite fille ou l’artiste ? Ou nulle part, partout, voilé toujours et je suis une petite fille impudique – ai-je été une petite fille ? Si je vais trop loin, tu m’arrêtes. Mais tu ne m’arrêtes pas, tu te barres, oui, tu m’adores, tu me l’as dit maintes fois, mais what ? c’est un plaisir de te rencontrer. La PETITE FILLE file file tout bas, tout bas son bas de coton et s’en va loin. Suis-je une petite fille, oui ou merde ? Râle, la réponse est ailleurs, elle a claqué la porte, encore ? Faire de la place sans cesse, toujours ce rangement incessant pour laisser jouer la petite fille.

Suis-je une petite fille quand je te regarde ?

retouche photo Frédéric Darras

Réflexion contre génuflexions

Aujourd’hui, j’ai répété plusieurs fois trois accords d’une petite pièce de John Cage. J’ai travaillé sur une photo. Sans succès. Puis encore répété ces trois accords – ce ne sont que trois accords tout simples – Et ma journée était remplie de cela. Ma journée d’artiste. Volée de bois vert. Hargne d’autres. Oeufs des troisièmes. Réflexions contre génuflexions.

Pourquoi je ne suis pas devenue une grande pianiste. Voilà ce qui m’est venu. Une espèce de titre involontairement prétentieux et provocateur. Mais au-delà de celui-ci, se pose la réelle question de la place du désir dans l’espace artistique que dessine, circonscrit, géomètre la société.

Quel.le artiste peut décemment, sans honte, affirmer qu’il ne cherche pas à être connu ? Et s’il.elle affirme cela, qu’est-ce qu’il lui en coûtera ?  Je pense tout-à-coup à cet éditeur venu vers moi pour publier mes écritures automatiques et qui, face à mon refus, ne comprenant pas, entre autres insultes, m’a dit d’un coup: « mais enfin, c’est un super bon plan marketing ! « . Et moi de rougir en lui répondant que le marketing ne m’intéressait pas, que ma démarche était artistique, pas marketing.

Oui, évidemment: il faut manger, payer le loyer, et cela devient impossible si on n’a pas derrière la tête un « plan marketing ». Je vais commencer le chemin vers le statut d’artiste et cela me laisse perplexe pour plein de choses que je vais essayer, pour certaines, d’éclairer d’une lumière pas trop aveuglante pour la « success story society ».

Quand j’étais gosse, j’ai mis mes mains sur un clavier et cela m’a procuré un plaisir immense. Immense. Oui, un plaisir immense. Ce n’est pas qu’a priori j’avais un amour particulier pour la musique mais cet amour de cette sensation-là, oui. Pour les mots, c’est autre chose mais soit. Alors souvent, je répétais ce plaisir – et après, j’ai appris à le rechercher – c’est pour cela que je travaillais, c’est comme cela que j’arrivais à jouer certaines choses. Parfois cela m’arrive encore, comme aujourd’hui, de répéter plusieurs fois les mêmes accords, de m’en « contenter », une journée, parce qu’ils nourrissent en moi cette jouissance et que, sans elle, en tant qu’artiste, si tant est que cela signifie quelque chose, je ne suis rien. Et il me semble que véritablement l’art réside là. Je me trompe peut-être, alors je parle en mon nom propre.

Or le monde nous demande d’être à la recherche d’une chose complètement différente, nous impose de rêver à quelque chose de tout-à-fait différent – de rêver et de travailler aux « succès ». Etre artiste, ici, devient alors plus le rêve que la jouissance.

Et nul doute que l’Onem me demandera avec un air de fourmi si j’ai assez chanté (été et hiver).

Je ne sais pas.

Est-ce un caprice d’enfant de vouloir sauvegarder ce désir-là ? cette jouissance qui je pense peut donner lieu à une rencontre, peut-être, de manière incertaine, sans doute, avec des entités éparses dans un public, entités qui seraient positivement altérées par cela et de demander de respecter cela ? De vouloir être sur scène (car là aussi se situe un certain désir, une certaine jouissance) sans pour autant tracer à tout prix une success story road, de ne pas en souffrir, de ne pas en rougir, de ne pas devoir se justifier (onem quand tu me tiens) ?

Je reviens à ces moments-là de répétition. Sans doute m’ont-ils coûté une meilleure trajectoire pianistique – qu’importe – si ce que j’ai à donner est dans cette capacité-là, dans ce désir-là ?

Tout cela est inaudible pour la plupart, artistes, non-artistes, onem et autres politiques qui s’attaquent à l’art comme on construit un mur de briques et au statut d’artistes comme un plan de réinsertion sociale. La plupart du temps, le politique fait du culturel monnayable, non de l’artistique. La plupart du temps, les lieux et les organisations font du culturel monnayable, non de l’artistique. La plupart du temps, les gens s’identifient dans le culturel monnayable et il est très difficile pour nous tous de garder ne fût-ce qu’une idée de l’artistique.

Cela peut sembler prétentieux. Pourtant ça n’est pas ce que j’essaie de dire. L’étalon est devenu le monnayable et cela ne peut pas s’accorder avec l’artistique. Cela peut sembler brouillon. J’essaie de dire que l’art est fragile et que ce qui mène à l’art est fragile. Et que c’est en complète contradiction avec ce qu’on essaie de faire bouffer aux artistes, la frustration de « ne pas être arrivé ».

Je considère ma jouissance comme une porte fondamentale – qu’importe si elle plaît ou ne plaît pas – doit-on vraiment aujourd’hui être tous des artistes internationaux pour être tout simplement ? Et si oui, à quel prix ?

Et puis, je veux du temps – tout citoyen devrait réclamer sa part – et si je ne le réclame pas en tant qu’artiste, qui d’autre pour tracer ce chemin ? Je veux du temps pour répéter 1000X en une journée les trois accords que John Cage a miraculeusement tracés sur du papier, qui ont éveillé en moi quelque chose que je nomme jouissance et que c’est mon chemin vers la scène. Que je ne vois pas les choses autrement.

Mais que dira donc l’employé de l’onem ? Que pensera telle ou telle personne du fait que je réclame (c’est ridicule, je sais mais soit) le droit à vouloir être une artiste inconnue – et de faire ce qui me semble que je DOIS faire ?

Que pensera-t-on du fait de ne pas avoir voulu (dans cette perspective-là, je ne parle pas de capacités) devenir une « grande pianiste » au prix de ma jouissance –  cela me prive-t-il d’être musicienne, une artiste si tant est que ces mots aient un sens, vraiment ? ?

Que pensera-t-on de cette revendication du droit à la fragilité de l’art ?

 

 

8 mars 2019

Ne me souhaitez pas bonne fête please.
C’est pas encore une fête. C’est une lutte. Positive. Mais une lutte quand même. Comme disait Gilles Deleuze, il n’y a pas de droits (humains) il n’y a que des questions de territoire et de jurisprudence. Comme disait Simone de Beauvoir, cette lutte ne sera jamais finie. Comme l’écrivait Virginia Woolf, avoir une chambre à soi. Comme le dit Virginie Despentes, la femme « comme la décrit la société » n’existe pas.
Qu’est-ce qui terrifient tant les hommes et les femmes dans la libération du corps féminin ( cette fois pris au sens propre) si ce n’est son immense jouissance ?
En cela, nous avons sans doute tous un corps féminin à découvrir en nous.
Je me réjouis de voir que cette journée a été littéralement prise d’assaut par les femmes, des groupes de femmes et toutes les personnes qui se reconnaissent dans ce manque de territoire. J’aimerais que tous les jours soient pris d’assaut. Par les femmes. Par les hommes. Par le vivant.