Chez moi à l’oeil nu – Ecriture automatique 22 août 2020

Chez moi

Il y a un meuble pour toutes les chaussures – il y a des garde-robes incomplètes – des garde-robes en mini-jupe – j’ai changé l’emplacement aujourd’hui, je ne sais plus, mon corps se perd et retourne toujours à l’ordre ancien, comme un thème qui ne passe pas, chez soi, on fait en sorte de ne pas se cogner, on fait en sorte que ce soit facile, agréable, pendant longtemps, j’ai fait en sorte que ce soit compliqué, j’obstruais les passages, se mouvoir devenait une souffrance, chez moi, il y a un meuble dont il manque une petite porte, comme un oeil qui manque, la porte est arrachée pour mieux voir, une fois qu’on a vu, il faut partir absolument, sans attendre, dehors le passage est toujours dégagé, chez soi ça doit être dehors, abolir les murs.
Chez moi, j’aime rester – longtemps – j’aime regarder – longtemps – les murs, les lumières, les fenêtres – parfois de jolies rencontres, quand on déplace les choses, c’est une transposition, il faut que le corps s’habitue – chaque fois aussi, il faut que le corps s’habitue – l’expression du visage, les paroles – il n’y a plus de positif ou de négatif, qu’un corps qui s’habitue, si tu viens chez moi, il y a des choses qu’il faut que tu saches, par exemples, les pieds fragiles d’un meuble, ou des espaces qui ne sont pas les miens, entre chez moi et le monde, il n’y a pas de différence, il y a des choses à savoir, des choses auxquelles il faut faire attention, qui ne se voit pas à l’oeil nu, l’oeil nu est toujours accompagné mais par qui, l’oeil nu n’a aucun intérêt, à l’oeil nu on ne voit rien, nu de toute histoire, chez moi, il faut que tu saches, il y a des angles coupants, et rien n’est orphelin – j’avais de jolies histoires de chez moi mais elles sont sorties, chez moi, je ne dors pas dans la chambre car elle se repose – un repos d’au moins un an, chez moi il y a plein de portes de sortie, qui ne sont pas des portes de secours, il y a du whisky qui s’appelle writer’s tears, du pastis ardent, du vin de pissenlit; l’histoire oublie systématiquement les erreurs des gens connu. Quand ils se trompent pourtant à l’oeil nu, on pourrait les connaître mieux que par tout autre moyen mais on ne veut pas les connaître – on veut juste les admirer, pouvoir y déposer notre besoin d’aimer – déposer notre envie d’être au monde – il faut avoir en vie d’être au monde – chez soi – chez moi chaque garde-robe a son parfum – il fait trop en ordre – l’ordre c’est l’anorexie de chez soi – si tu viens chez moi il faut que tu saches qu’on peut facilement se cogner la tête bien que les plafonds soient hauts, chez moi, il faut que tu saches que le ménage ne se fait qu’en accord avec les araignées, que le jardin a un corps qu’on peut caresser, chez moi, si tu viens, il faut que tu saches que l’espace se remplit – toujours quoiqu’on fasse – on peut y rester longtemps – très longtemps et se sentir bien, on passe à présent d’une pièce à l’autre facilement – le lit a grandi – d’un coup – chaque nouveau miroir est accueilli avec fastes – il faut que tu saches, chez moi qui est une extension de ma vie – il y a un escalier qui a perdu son importance, des rideaux qui manquent, des vêtements qui ne prennent pas une ride, il y a une chose à laquelle il faut faire attention mais j’ai oublié quoi, il y a le silence qui coule précieusement, l’air qui ne s’attarde jamais et aucune perle.

Auteur : celinelory

Pianiste le jour, auteure de chansons et de textes la nuit, toujours indéfinie mais heureuse

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