Carnet de printemps – journal – 28 mars 2020

28 mars 2020

 

Je pense au début de l’épidémie SIDA. J’étais très jeune à l’époque. Mais je me souviens de la stigmatisation. Les malades étaient coupables – la responsabilité pointée du doigt : leur homosexualité. Les choses ont mis du temps. Au moment où les politiques se sont rendues compte – ainsi que la population – que ce n’était pas “que” les homosexuel.les qui étaient atteints, ils ont commencé à (un peu) se bouger. Recherches médicales (à quelle hauteur ? ), recherches de traitement. Mais lentement car “la méritocratie” pouvait quand même fonctionner. Et, contrairement au tabac, baiser ne rapportait (est-ce encore le cas ? ) rien au capitalisme (baiser réellement je veux dire). On ne pouvait plus (et on ne peut toujours plus) se toucher intimement sans protection.

 

Aujourd’hui, on ne peut plus se toucher socialement sans protection.

Certes, les politiques se bougent un peu plus. Parce que, comme me le disait un proche, un PDG peut autant être touché qu’un ouvrier. Un fumeur qu’un non-fumeur. Etc. Un riche qu’un pauvre. D’où (un peu d’) agitation dans les hautes sphères.

 

Alors il a fallu remettre de la méritocratie dans tout ça. Que ceux qui ont les moyens de se confiner le fassent – que ceux qui ont les moyens de le faire confortablement le fassent. Et que tous les autres soient verbalisés et culpabilisés.

Interdire les voyages en Italie dès janvier ?

Dans un monde où “tout le monde” a le droit à son “petit bonheur consumériste”, comment ne pas voir qu’une telle décision allait évidemment impacter ceux pour qui un tel voyage n’était pas anodin, ceux pour qui voyager est rare ? comment expliquer à la population à qui les politiques (de gauche et de droit)  apprennent depuis des décennies le consumérisme que tout à coup, pour une question sanitaire (encore floue à l’époque), on le prive de ce “petit plaisir” ?

Il n’y a pas de responsabilités individuelles – elle est collective – sur la tête de chaque politique, chaque entreprise, chacun d’entre nous impliqués jusqu’au cou dans ce “grand marché qu’est devenue la vie.

 

Ce n’est pas un appel à la désobéissance – parce qu’aujourd’hui, la désobéissance ne vaut malheureusement pas mieux que l’obéissance. C’est un constat que là où le hasard, la malchance agit, il a fallu remettre de la culpabilité. Et que le consumérisme continue son chemin.

 

On dit : on ne peut pas tout prévoir. Certes. Pourquoi avec la grippe H1N1, le matériel avait été acheté  ? Et cette décision fortemement critiquée, idem pour les vaccins ? Tirerons-nous les leçons de cette critique ? Ceux qui critiquent le manque de matériel aujourd’hui ont-ils critiqué les dépenses faites à l’époque pour ce qui n’est finalement pas arrivé ?

 

J’aimerais écrire sur autre chose.

Ma tête ne peut cependant pas aller ailleurs que dans ces questionnements.

Toi aussi tu  juges. Moi aussi.

La philosophe que j’écoutais il y a quelques jours disait : il n’y a plus de causalité. Elle voulait dire, selon moi, que la responsabilité n’est plus aussi (l’a-t-elle été un jour ? ) facile à attribuer. `Ce qui aurait le pouvoir de nous ligoter. Mais qui devrait plutôt nous libérer. Nous libérer des accusations vaines et simplistes. Nous libérer aussi de ce besoin de nous rassurer. Nous libérer enfin de ce muselage. Être sur la corde. Voilà peut-être la devise.

 

Être sur la corde – toujours. Trembler, certes mais ne pas basculer. Ni d’un côté. Ni de l’autre. Car pour être sur la corde, il faut avoir les yeux grand ouverts.

Auteur : celinelory

Pianiste le jour, auteure de chansons et de textes la nuit, toujours indéfinie mais heureuse

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