Carnet de printemps

17 mars.
J’ai commencé un carnet il y a 15 jours. Je l’ai intitulé Carnet de Printemps. Car depuis décembre, je suis en mutation. Et il me semblait qu’une nouvelle peau allait apparaître sur moi. Le premier texte est :
Carnet de Printemps.
toi tu ne doutes de rien
tu avances sûr de toi
alors qu’en moi
le doute est toujours là
il est même
je dirais
la
source
de
tout
Je pense à mes 13 ans. J’étais en secondaire. Et il y a eu un grève des profs. Pendant 6 semaines selon mes souvenirs. 6 semaines sans école. 6 semaines de journées où je pouvais m’organiser comme je l’entendais. Passer de la lecture au piano. C’est là que j’ai aimé travailler mon piano. C’est là que j’ai commencé à lire énormément. C’est là que j’ai commencé à savoir ce qu’était la liberté. Et à aimer ça.
Je te regarde et les écoles sont fermées également à présent. Mais la liberté ne se donnera pas aussi facilement qu’à mes 13 ans. Il faudra la chercher. En soi. La mienne, je la trouve aussi en te regardant. Car avec ton visage et ton corps entre l’enfance et l’adolescence, tu es remplie d’avenir.
Je pense à mon père. Qui en aurait profité pour lire. Ca ne l’aurait pas dérangé. Moi aussi j’ai lu énormément depuis janvier. Et voilà que tout se prolonge. Cette rupture, ce changement s’étend au-delà de moi. Et tous ces moments de lecture, je n’arrive pas à les classer du côté de la vie ou de la mort – je n’arrive pas à y voir encore une différence – bien-être, hors de soi, ailleurs.
Carnet de printemps : le soleil revient dans le jardin, il conquiert le jardin tous les jours un peu plus, un peu comme cette maladie dans le monde, le jardin va se transformer, le monde doit se transformer, tout repoussera. Tout repousse déjà.
J’ai écrit d’autres choses dans mon carnet – depuis 15 jours. Je ne suis quasiment pas sortie depuis janvier. Quelque chose se transformait en moi – je ne savais pas qu’en fait quelque chose se transformait à l’extérieur. Tout se transforme très vite. Dans tous les sens. La nature reprend très vite ses espaces. La liberté se faufilera-t-elle facilement, elle aussi, entre les murs ?
Carnet de printemps. Il est vert, tirant vers le jaune. Il est beau. Il est en tissu. On dit qu’après le printemps , vient l’été.
Je pense à ce bout de lettre à un jeune poète de Rilke : Être artiste, c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps, sans craindre que l’été puisse ne pas venir. L’été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils avaient l’éternité devant eux.
Je me dis que tout le monde doit être artiste en ce moment.

Auteur : celinelory

Pianiste le jour, auteure de chansons et de textes la nuit, toujours indéfinie mais heureuse

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