E.A. 29 novembre 2018 – explication

Quand j’étais enfant, j’aspirais à la liberté. L’enfance était une prison. Je pensais que l’âge apporterait ce à quoi j’aspirais: libre de mes mouvements, libre de mes choix, libre de mes actes, comme un cadeau que l’on me donnerait implicitement, arrivée à l’âge raisonnable.  Quand j’ai découvert la sexualité, en fait, je ne l’ai pas découverte,c’est elle qui m’a couverte, moi je la connaissais depuis toute petite, disons, quand je l’ai intégrée à ma vie sociale, je me suis rendue compte de deux choses. La première était que jamais on ne m’offrirait la liberté. Qu’elle n’était pas un dot de l’âge adulte. Qu’il me faudrait batailler sans cesse, sans cesse tenir à distance les murs de la prison – et que – la sexualité  s’y mêlant – en tant que fille, j’allais encore plus galérer. Que j’allais sans cesse devoir naviguer entre les risques du jugement – voire de l’exclusion – et le risque de crever vivante. Enfant, les années à venir me semblaient un immense paradis où je n’allais devoir que tendre la main pour cueillir ma liberté, je me suis alors rendue compte que le monde était un immense champ de bataille et qu’il me faudrait creuser la terre et crever le ciel pour mettre mon désir à sa juste place  – avec les années, je me suis aussi rendue compte que c’était depuis l’enfance que le monde m’avait envahie, insidieusement pour me faire ingurgiter son ciment infâme, que tous mes membres s’immobilisent et que le désir me quitte. Qu’en quelque sorte j’étais des deux côtés malgré moi et que la première bataille était intérieure. Il y a quelques nuits, j’ai rêvé que je rampais en-dessous d’un cheval, nue – j’avais pris un peu de poids, j’aimais bien – je me voyais ramper et je regardais cela comme si je faisais l’amour avec ce cheval – j’étais juste inquiète qu’il ne déplace un de ses sabots sur mon bras – La peau du cheval se confondait avec une peau humaine – et j’étais, moi, très blanche  nous étions sur du sable. Je ne me souviens plus d’avoir joui. Cela prenait du temps de ramper ainsi sous le cheval. Mes bras avaient un peu la forme de ses membres – mes muscles le même dessin. J’étais cheval. On rit. On rit pas. On s’aime. On s’aime pas.

 

Auteur : celinelory

Pianiste le jour, auteure de chansons et de textes la nuit, toujours indéfinie mais heureuse

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