Ecriture automatique – 7 octobre 2018

ADRESSE

Mon amant,

Je te quitte
Parce que je ne te manque pas

Et qu’il m’est inconcevable d’être au monde dans un rapport autre que celui de nécessité.
Il m’est impossible de me dire que tu m’aimes si, quand tu ouvres les yeux, tes premières pensées ne sont pas vers moi, si tes premières paroles ne me sont pas adressées, si les heures peuvent s’écouler sans que tu n’aies besoin de m’entendre ou de me voir, si le soir tu ne fermes pas les yeux pour me regarder dans tes rêves, pour m’y inviter, sans quoi tu ne trouverais pas le sommeil.

Mais tout cela n’est pas. Et je n’ai pas envie ni de t’en vouloir, ni de renoncer à ce besoin-là d’être aimée, ni de m’inventer une histoire, des excuses, des raisons à tout ce qui me manque.
J’ai longtemps pensé qu’une femme quittait son compagnon quand elle ne l’aimait plus. Je me trompais. Elle quitte son compagnon quand elle sait, expérimente, le fait de ne pas en être assez aimée. Ou d’en être mal aimée.

La nuit passée j’aurais voulu être avec toi – et je ne l’étais pas – qu’importe avec qui tu étais – et ce fut comme une rupture.
Tu m’as dit que tu aurais adoré que je sois là, que tes doigts… pendant que les étoiles seraient apparues. A combien l’as-tu dit ? Et puis le souhait qui n’a de conséquence que lui-même, c’est-à-dire un peu de fumée…

Tu n’as touché qu’une infime partie de moi parce que, je ne sais pas pourquoi les choses sont ainsi faites, il y a toute une part de moi qui demande un effort – et pour la voir et pour l’accepter.
Je ne suis pas facile – comme disent les hommes pour qui les femmes doivent rester des jouets, des terrains de jeu.

Et toute cette part – noire, complexe, ambiguë, vivante – crie. Plus je l’écarte de ma vie et plus elle crie, plus elle devient noire et plus elle prend une place comme une eau qui s’infiltre malgré les colmatages.

Je suis vide d’avoir écrit tout cela. Comme si je ne voulais pas l’écrire, mais je l’ai écrit quand même – et donc, au fond de moi, pensé. Je voudrais ne pas penser tout cela. Depuis enfants, on nous dit ce qu’il est bon. bien. de penser alors que nous savons tous que s’il y a une choses qui échappe à notre contrôle, ce sont nos pensées et nos émotions. Alors oui j’ai pensé tout cela.
Je ne sais pas si j’aurai le courage ( le courage ? ) , Disons l’envie de mettre mes pensées en actes.
Écrire est si simple. Vivre si compliqué.

Longtemps cette phrase de Paul Eluard m’a poursuivie :  » je suis dans la vie comme dans un bain d’eau glacée ». Elle était partie – vers d’autres horizons – et voilà qu’elle me revient – je ne la veux pas. Je ne l’accueillerai pas avec toute la gentillesse dont je peux faire preuve. Je l’accueille mal.
Car j’ai pris goût aux matins clairs et aux soirs chauds. Je ne sais pas comment les perpétuer tout en n’étant pas exigeante – de cette exigence-même qui me conduit au soleil noir – notre besoin essentiel, fondamental, absolu d’être aimé se heurte violemment avec notre désir incontrôlable, permanent, tyrannique d’aimer.

Mon amant
Je ne te quitte pas.
Je ferme les yeux pour sentir tes doigts.

Photo La Voyeuse/terr.3

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Auteur : celinelory

Pianiste le jour, auteure de chansons et de textes la nuit, toujours indéfinie mais heureuse

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