Ecriture automatique – 20 octobre 2017

Et alors. Je me suis trompée. Vraiment ? Je devais sortir. Grosse fatigue. Envie de péter en pleine foule comme si j’étais seule au monde. A croire que j’ai des yeux sur tout le corps. Il faut se taire. Se taire. Se terrer.
Oui ce serait plus facile si je découpais seule le contour de mes yeux.
Je suis la coupeuse de têtes. Ma profession. Ma vocation. Couper la tête du professeur. Du père. Du maître. Je voudrais rendre mon tablier tâché de sang mais non, ma tâche est sans fin. Je suis la coupeuse de têtes et je porte mon corps comme un cadeau empoisonné que je déguste à grands coups de haine et d’admirations, la première se confondant avec la deuxième dans un seul miroir vétuste mais tenace. Je suis la coupeuse de têtes. Celle qui se sait condamnée et qui continue à se lever chaque matin. Si je suis seule, c’est que les baisers étaient répugnants, maladroits, viandesques avant d’être carnivores. Hors de moi tout cela et que le vide me comble. Je suis la coupeuse de têtes et je danse le ventre vide et la bouche pleine de mots qui ne veulent pas sortir. D’autres obstruent le passage, tous les mots qui ont des yeux et devant qui on baisse lamentablement les nôtres. Je suis la coupeuse de têtes. Je porte en moi l’impossibilité des mots partagés et des ponts. Je suis la coupeuse de têtes. Tous les jours, il en sera de même. Nous savons bien que plus tard ne fais pas cela, tu es, tu es, tu es, tu ne peux pas, je ne te suis plus, tu as râté, tu le mérites, tu n’avais qu’à, pourquoi n’as-tu, je suis la coupeuse de têtes qui parlent en moi, qui sont entrées en moi, je suis la coupeuse de têtes pour qu’il n’y ait plus de paroles, plus de coupures.
Avec quelle force je m’arrache d’un rêve où je glissais onctueusement mais d’un faux pas. Je reste la coupeuse de têtes, elles qui envahissent notre espace d’un pas lourd et parce que je refuse d’effacer leurs traces, je coupe les têtes. Leurs traces persistent c’est pourquoi les têtes coupées sont indifférentes, mon professeur disait « jouer comme une poule sans tête », je lui coupe la tête, s’il me plaît de me laisser aller dans mon corps sans plan, sans carte, sans destination, sans itinéraire. Je suis la coupeuse de têtes, j’ai deux jambes qui avancent, un tronc dur comme de l’acier, deux bras pour m’agripper, je n’ai plus de visage, je suis la coupeuse de têtes, une faux l’a remplacé, et sa lame entre dans ma gorge et forme des mots. Je suis la coupeuse de têtes, la solitaire la meurtrière de la mort, libre, aurais-je choisi un autre chemin ? mais qu’est-ce que la liberté sinon un néant ou un mensonge ?
Je suis la coupeuse de têtes, celle qu’on ne voit pas et qui sourit, seule devant la montagne.

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Auteur : celinelory

Pianiste le jour, auteure de chansons et de textes la nuit, toujours indéfinie mais heureuse

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